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D’après Libération, Cnews déroule un tapis rouge à l’extrême droite Abonnés

ARTICLE. Libération a analysé les invitations de politiques sur les émissions de radio ou de télévision. Le quotidien s’indigne de voir CNews accorder 36% d’audience (politique) à l’extrême droite. Une indignation à géométrie variable ?

 D’après Libération, Cnews déroule un tapis rouge à l’extrême droite

CNews privilégierait les hommes politiques de l’extrême droite. C’est la constatation qu'a faite le quotidien Libération cette semaine. Selon les journalistes, qui s’appuient sur les données de politiquemedia.com, CNews aurait invité 36% de personnalités politiques affiliées à l’extrême droite sur la dernière année. À titre d’exemple, Jean Messiah aurait été invité 138 fois.

Une statistique impressionnante, mais qui interpelle à plusieurs titres. Qui se cache derrière ces 36% ? Comment distinguer les hommes politiques des chroniqueurs ou intervenants réguliers de la chaîne ? Car si Jean Messiah, par exemple, a été membre du Rassemblement National, il l’a quitté le 4 novembre 2020. Or Libération semble le comptabiliser quand même. À ce compte-là, que fait-il des autres chroniqueurs politiques ? Quid d’Amine El Khatmi, intervenant régulier de la chaîne, président du Printemps républicain et proche du PS ? Sa voix est-elle comptabilisée à gauche ? Ou Libération ne cherche-t-il pas volontairement à grossir le pourcentage de l’extrême droite ? Et d’ailleurs, à partir de quels critères est-on d’extrême droite ?

Sur-représentativité de la droite LR

Deux autres aspects de leurs statistiques interpellent. D’une part, la sur-représentativité de la droite traditionnelle, à savoir les Républicains. Les hommes politiques de ce parti sont d’ailleurs plus souvent invités que les membres ou sympathisants du Rassemblement national. Leur poids politique s’est considérablement réduit depuis l’échec de François Fillon à franchir le premier Tour des présidentielles 2017. Pourtant, à l’exception de CNews (et encore, il faudrait voir sans Messiah), ce parti est systématiquement plus interrogé par les 16 chaînes ou radios retenues par Libération.

L’autre problème vient de l’indignation à géométrie variable. Car, sauf à considérer LREM comme faisant partie du groupe de droite, la gauche et l’extrême gauche sont globalement plus invitées que la droite et l’extrême droite. Si LREM est le groupe majoritairement interrogé dans les médias, le groupe de gauche semble occuper une place démesurément importante eu égard à sa représentativité électorale, notamment si l’on prend la présidentielle comme point de référence. Il n’est guère étonnant de voir France Inter, radio peu reconnue pour son pluralisme idéologique, LCP et Public Sénat, sous représenter le RN au profit de la gauche et de la LFI. Le service public a toujours eu du mal avec le pluralisme.

Le problème n’est-il pas ailleurs ?

Moins spectaculaire et moins mis en avant, Libération a, par le biais de son organe de vérification de l’information Checknews, analysé la situation sur ces trois derniers mois. Entre le 5 avril et le 10 juin 2021, la part des invités politiques d’extrême droite dans les matinales d’info de CNews est descendue à 26,5 %. À l’inverse, chez France Inter et Public Sénat, elle est inférieure à 3 %.

Un sondage publié le 16 juin par l’IFOP et Le Point place le RN en tête des intentions de vote à la présidentielle 2022, à 28 %. Dès lors, qui y a-t-il de si choquant de voir ce parti en tête des invitations sur CNews ? Le problème n’est-il pas ailleurs ? La droite LR ne bénéficie-t-elle pas de trop d’importance (Xavier Bertrand est crédité de 13 % d’intention de vote) et à l’inverse, la gauche de trop d’expositions ? Sinon quel est le message : oui à la représentativité, sauf quand elle ne nous arrange pas ?

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