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Régionales 2021 - Fiasco Adrexo : quand l’inefficacité du privé influence les scrutins Abonnés

ARTICLE. Hier, les résultats du premier tour des élections régionales 2021 sont tombés. Au-delà des batailles entre candidats, ce qui a marqué est l’énorme taux d’abstention (entre 66,1 et 68,6%). Parmi les causes de cette abstention, certains ont pointé du doigt la mauvaise distribution des professions de foi par la société privée Adrexo…

Régionales 2021 - Fiasco Adrexo : quand l’inefficacité du privé influence les scrutins

La Poste et Adrexo ont été convoquées ce lundi à 10h par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Les deux sociétés étaient en charge de la distribution des professions de foi et des bulletins de vote pour les élections régionales. Or nombre d’entre elles ne sont tout simplement pas arrivées dans les boîtes aux lettres des citoyens. Régions, départements et communes ont fait le même constat à la veille du scrutin : les documents de propagande électorale n’ont pas tous été distribués . Le secrétaire général du ministère de l'Intérieur Benoît Albertini, le jour même de l’élection, a reconnu des « dysfonctionnements majeurs ».

« Privé » ne rime pas avec « qualité »

Adrexo, qui avait remporté l’appel d’offres pour effectuer cette mission, a été particulièrement montrée du doigt, car la partie du territoire national qui lui était attribuée – c’est le cas le cas de l’Orne, de la Loire-Atlantique, du Nord, de la Haute-Loire, de la Marne ou encore de la Mayenne – a subi plus de dysfonctionnement que la partie allouée à La Poste. Dès le jeudi 17 juin au Sénat, le ministre de l’Intérieur avait accusé l’entreprise d’avoir « particulièrement mal distribué une partie de la propagande électorale ».

Adrexo est le premier opérateur privé de distribution d’imprimés publicitaires en France, elle distribue chaque année environ 9 milliards de prospectus et autres publicités dans près de 24 millions de boîtes aux lettres. Appartenant au groupe français Hopps Group, la société a en outre régulièrement dû faire face à des difficultés financières…

En septembre 2019, Marsactu rapportait que les syndicats s’inquiétaient de l’état de santé de l’entreprise lorsqu’elle avait été contrainte de payer ses salariés en deux fois et d’hypothéquer son siège social. Pire, Les Échos soulignait en février 2020 comment Hopps Group avait échappé in extremis au redressement judiciaire grâce à un nouvel emprunt exceptionnel à six banques différentes. Depuis plusieurs années en effet, l’entreprise accuse une perte nette de plusieurs millions d’euros.

Surexploitation et travail au noir

Mais Adrexo est aussi tristement connue pour ses contrats précaires et pour ses conditions de travail jugées « inadéquates et indélicates ». En avril 2017 en effet, un article de La Dépêche faisait état du désarroi de nombreux salariés qui se plaignaient de la société qui « impose des contrats dégradants et exploite la misère sociale ». Ils doivent distribuer dans les boîtes aux lettres des tonnes de publicités, à voiture, à scooter ou à vélo, sur des secteurs larges, contraints par le temps : un véritable « retour à l'esclavage » selon certains d’entre eux. Un salarié témoignait au journal : « Nous n'y arrivons pas. Nous travaillons du lundi au dimanche sans arrêt et nous sommes contraints de demander à nos proches de nous aider, car tout doit être mis en boîte le mercredi midi. Nos familles servent de main-d'œuvre gratuite et nous sommes seuls à ramener l'argent du ménage. » Un observateur du dossier expliquait au Figaro que les quelque 18.000 salariés de la filiale de distribution de prospectus sont des « Gilets jaunes en puissance ». On ne peut que les comprendre.

En plus de ces contrats précaires, un sous-traitant d’Adrexo a également pu embaucher des sans-papiers et des demandeurs d’asile « au noir » pour distribuer des tracts à Paris pour la campagne d’Europe-Écologie-les-Verts – comme le révélait Mediapart en août 2020. Daniel, demandeur d’asile nigérian, avait alors expliqué avoir « vu chez d’autres sous-traitants des sans-papiers ne pas recevoir d’argent pendant trois mois »

Déléguer à une entreprise privée une mission d’intérêt général aussi importante pour le pluralisme démocratique que la distribution des professions de foi s’est donc avéré une nouvelle fois catastrophique. Dont acte ?

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