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Développer une agriculture écologique et souveraine à l’horizon 2050 Abonnés

ARTICLE. Selon une nouvelle étude du CNRS, l’établissement d’une agriculture biologique à grande échelle à l’horizon 2050 serait compatible avec une souveraineté alimentaire de l’Europe et de la France. Parmi les solutions avancées : l’agroécologie, le changement de régime alimentaire, et les circuits courts.

Développer une agriculture écologique et souveraine à l’horizon 2050


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Dans une étude publiée le 18 juin dans la revue scientifique One Earth, plusieurs chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) montrent qu’il est possible de développer une agriculture à la fois suffisamment productive pour garantir une souveraineté alimentaire et respectueuse de l’environnement.

Une nécessité alimentaire et écologique

Les chercheurs souhaitent, par cette étude, répondre à la possibilité d’atteindre deux objectifs majeurs : conserver une souveraineté alimentaire en Europe (que les pays européens soient capables de se nourrir par eux-mêmes) et lutter contre le changement climatique. Plus spécifiquement, les chercheurs identifient plusieurs problèmes structurels dans notre modèle actuel en matière d’agriculture : une présence trop importante des excédents d’azote – l’azote permet la croissance des cultures mais est polluant s’il n’est pas fixé dans les sols – dans l’eau et dans l’atmosphère, une augmentation de la population européenne et une augmentation de la part des importations de produits agricoles en Europe.

La France a par exemple toujours été une grande nation agricole mondiale capable d’assurer sa sécurité alimentaire et exporter des biens agricoles. Depuis les années 1990 cependant, la France a commencé à perdre des parts de marché en raison de la mondialisation, de l’élargissement de l’UE aux pays de l’Est et à la signature de traités de libre-échange.

De fait, l’agriculture décline et la France risque bientôt d’importer plus qu’elle n’exporte selon un rapport du Sénat : « En cinq ans, le solde a été divisé par deux, passant de 11,4 milliards d'euros en 2011 à 5,5 milliards d'euros en 2017. Les exportations françaises ne progressent pas aussi vite que dans d'autres pays. La France était le 3e exportateur mondial en 2005. Elle a chuté à la 6e place. » La France importe aujourd’hui environ 20% de son alimentation : 1 fruit ou légume consommé sur 2 n’est pas produit dans l’Hexagone, 25% du porc et 34% de la volaille.

Sur l’aspect écologique, l’emploi massif d’engrais et de pesticides synthétiques depuis la fin de la Seconde guerre mondiale a considérablement dégradé la qualité des sols, de l’eau et de l’air, déstabilisant la biodiversité et augmentant les gaz à effet de serre.

Des réformes profondes et ambitieuses

Afin de remodeler le système productif agricole en Europe et de pouvoir atteindre des objectifs écologiques pertinents à l’horizon 2050, le CNRS recommande donc « une transformation structurelle profonde » par trois grands « leviers ».

Le premier levier « impliquerait un changement de régime alimentaire, avec une consommation moindre de produits animaux, ce qui permettrait de limiter l’élevage hors sol et de supprimer les importations d’aliments pour le bétail ». Le bétail consomme 75 % de la production européenne de protéines végétales et consomme d’énormes volumes de maïs américain et de soja importé d’Amérique du Sud (et qui contribue énormément à la déforestation).

Par rapport au régime actuel, le CNRS recommande donc une forte réduction (50%) de la consommation des produits animaux notamment des produits laitiers et de la viande bovine – laissant la volaille et le porc comme principaux produits animaux ; « l'apport calorique correspondant pourrait être remplacé par une consommation accrue de céréales. » En plus de ce changement de consommation humaine, les auteurs de l’étude suggèrent un recyclage massif (70% !) des excréments humains pour remplacer les engrais chimiques et pour restaurer et entretenir la qualité des sols par les nutriments qu’ils contiennent.

Le deuxième levier propose « l’application des principes de l’agroécologie, avec la généralisation de rotations de cultures longues et diversifiées intégrant des légumineuses fixatrices d’azote, ce qui permettrait de se passer des engrais azotés de synthèse comme des pesticides. » Contrairement aux rotations courtes et aux monocultures, les rotations longues (4 à 8 ans) et les polycultures ou permacultures permettent d’améliorer la fertilité des sols. Les légumineuses – fourragères ou à graine – sont des engrais verts qui n’ont pas besoin d’apport d’azote et fixent l’azote dans le sol, ce qui permet de réduire les ajouts d’engrais et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le troisième levier « consisterait à rapprocher culture et élevage, souvent déconnectés et concentrés dans des régions ultraspécialisées, pour un recyclage optimal des déjections animales ». Concrètement, il s’agirait de nourrir les troupeaux uniquement avec des cultures locales et pas avec des grains importés, et le fumier obtenu doit retourner à la terre sous forme d’engrais pour ces mêmes cultures : un modèle circulaire bénéfique pour l’environnement, pour la qualité des sols ainsi que pour l’économie locale.

Voici le schéma récapitulatif des recommandations du CNRS pour une agroécologie en Europe à l’horizon 2020 :


Par conséquent, allier agroécologie et souveraineté alimentaire est possible en Europe. En particulier, la France possède des terres en quantité et en qualité pour nourrir sa population de manière écologique. Reste à savoir si un tel scénario est imaginable à l’échelle mondiale – seule manière, selon le CNRS, d’avoir un impact suffisant pour lutter contre le changement climatique.

Sources illustrations : © Gilles Billen, Chercheur CNRS

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