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L’Arménie a choisi son destin Abonnés

OPINION. Malgré la défaite militaire, les Arméniens ont voté et choisi de rester dans le camp des démocraties. Ils ont choisi de reconduire leur Premier ministre, Nikol Pachinian, plutôt que de se jeter dans les bras des anciens oligarques.

L’Arménie a choisi son destin

Nos élections régionales et départementales ont éclipsé un autre scrutin dimanche : les élections législatives en Arménie. Celles-ci étaient particulièrement importantes après la défaite dans le Haut Karabakh, face aux troupes azéro-turques. Cela aurait pu tourner à la débâcle électorale pour le Premier ministre sortant Nikol Pachinian accusé par les uns d’avoir trop rapidement signé la trêve avec les Azéris, de s’être contenté de sauver l’essentiel de ce qui était encore sauvable pour les autres. Le peuple arménien en a décidé autrement.

Attaché à la démocratie, à l’esprit de la « révolution de velours de 2018 », le peuple arménien a choisi de redonner sa chance à l’équipe dirigeante. Certes la guerre débutée en novembre dernier a été perdue, mais dimanche, le parti « mon pas » de Nikol Pachninian a réuni 54% des suffrages dans une élection où un Armenien sur deux a participé. Victoire nette puisque le deuxième parti, le « Bloc Arménie », de Robert Kotcharian qui se veut toujours proche des Russes n’arrive qu’à 21%. Cette victoire électorale a été validée par les observateurs internationaux ainsi que la Russie. Une validation essentielle dans un pays où la sécurité dépend beaucoup encore de ce grand voisin.

Les familles humiliées par la guerre, les déçus du revers militaire, ceux qui s’accrochent encore à l’idée de se battre jusqu’au dernier souffle pour « l’artsakh » ne se sont pas jetés dans les bras des anciens présidents Kotcharian ou Sarkissian, toujours perçus comme étant les responsables historiques des années de corruption, des années de non-préparation à l’avenir, des années où le peuple a été méprisé et écrasé par la botte soviétique, puis russe.

Que faut-il retenir de ce scrutin ? Tout d’abord que la démocratie a été sauvée. Le peuple arménien s’est mobilisé pour aller voter sans jeter le système qui avait permis l’arrivée sans violence de Nikol Pachinian au pouvoir avec l’eau de la défaite militaire. Dans le Caucase, les régimes démocratiques ne sont vraiment pas légion et ici « ce grand petit peuple » comme l’a écrit Michel Onfray, choisi de poursuivre son destin singulier, celui de rester une démocratie et refuse de croire à l’homme fort.

Blessés, martyrisés par la guerre et les humiliations toujours actuelles du régime azéri, les Arméniens ont fait le choix de rester parmi les nations démocratiques quand bien même elle est totalement encerclée par des dictatures (La Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Iran, etc.). Un choix d’autant plus courageux qu’on se souvient de l’indifférence des Européens, de l’Allemagne (soucieuse de ne pas froisser sa minorité turque sur son territoire), de la France (qui a choisi d’envoyer de l’aide humanitaire à tous les belligérants, aux Arméniens comme aux Azeris, choisissant ainsi de ne pas choisir entre la victime et le bourreau). Le peuple arménien a donc choisi de ne pas brader sa liberté et de ne pas se jeter dans les bras musclés des oligarques russophiles.

Ensuite, il faut retenir que le peuple arménien a préféré poursuivre avec l’un des leurs, Nikol Pachinian, plutôt que de voir le retour d’un oligarque prorusse, et ce en dépit des distributions d’enveloppes pour acheter de l’influence. L’odeur de l’argent n’aura pas influencé le scrutin.

Côté français, peu de réactions officielles. Le mouvement arménien de France de Rémy Makinadjian, qui représente la diaspora arménienne en France, a salué « l’avance de Nikol Pachinian » et estimé que « la démocratie est la seule voie pour une résilience de l’Arménie après des temps d’infortune et d’impréparation » et annoncé vouloir « continuer à travailler sans relâche avec le gouvernement ». Quoi d’autre ? Rien, si ce n’est le silence embarrassé des autorités. C’est trop souvent ainsi : l’Arménie avance seule et dans le silence, quand elle n’est pas seule et martyre dans le silence.

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