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Dix ans après Fukushima, le Japon revient au nucléaire Abonnés

ARTICLE. À peine dix ans après la catastrophe de Fukushima, le nucléaire fait débat dans beaucoup de pays industrialisés. À la fin du mois de juillet, le réacteur n°3 de la centrale japonaise Mihama reprendra son activité après une décennie de suspension. Un revirement justifié par la lutte contre le réchauffement climatique.

Dix ans après Fukushima, le Japon revient au nucléaire
Publié le 24 juin 2021

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Le 28 avril, le gouverneur de la préfecture de Fukui, Tatsuji Sugimoto, a donné son accord sur la reprise des opérations du réacteur numéro 3 de la centrale nucléaire Mihama (Japon). La réouverture de la centrale marquera la première fois qu’un réacteur nucléaire de plus de 40 ans est remis en service au Japon depuis la catastrophe Fukushima en 2011.

Les retombées de Fukushima

Mihama n°3 est entrée en exploitation commerciale en 1976 et a été fermée en 2011, lorsque les coûteuses mises à niveau de sécurité instaurées pour prévenir un autre accident nucléaire ont fait mettre au rebut 24 des 54 réacteurs du Japon. Mais aujourd’hui, après une suspension de 10 ans, le réacteur vieillissant ainsi que les réacteurs 1 et 2 de la centrale de Takahama vont reprendre leur activité.

Depuis l’accident de Fukushima, la durée de vie des réacteurs nucléaires a été réduite à 40 ans au Japon. Mais, supposant qu’ils passent un examen préalable donné par l'Autorité de régulation nucléaire, les réacteurs peuvent être autorisés à fonctionner jusqu'à 20 ans de plus. Le régulateur a approuvé la réouverture des trois réacteurs de la préfecture de Fukui à condition de doubler le nombre de travailleurs pour le redémarrage et que les autorités locales envoient du personnel en plus pour surveiller le processus. Un processus qui a commencé le 20 mai et mènera à une pleine exploitation, dans le courant des inspections finales fin juillet.

Changement de stratégie, donc, et retour à la raison scientifique. Alors que la part du nucléaire dans la production électrique japonaise était passé de 30% en 2011 à 6,2% en 2019, le Japon mise aujourd’hui sur le nucléaire pour atteindre son objectif de neutralité carbone d’ici 2050. Dix ans après la catastrophe qui a forcé le pays à réévaluer le niveau de sécurité de ses centrales, le gouvernement japonais a donc réalisé que le risque minime d’accident et les difficultés de stockage de déchets ne rivalisent pas avec les bienfaits écologiques de cette énergie propre.

Le risque d’accident est tellement bas que les trois projets de réouverture ont obtenu le consentement local. Le maintien de vieux réacteurs étant aussi nettement moins coûteux que leur fermeture totale, le Japon a pris la décision d’investir dans l’avenir, tout en prenant les précautions nécessaires pour éviter une répétition des événements de 2011. Rappelons que l’agence onusienne UNESCEAR qui étudie les effets de la radiation atomique a produit des rapports sur Tchernobyl et Fukushima et que le rapport sur Fukushima est clair : il n’y a pas eu de morts à cause du surplus de rayonnement ionisant.

La France mène le pas

La Japon n’est pas le seul pays à investir dans ses réacteurs délaissés. En février de cette année, alors que le maire de Mihama donnait son accord pour la reprise de l'unité n°3, l'Autorité de sécurité nucléaire (ASN) a approuvé la poursuite de la vie de quelques-uns des plus vieux réacteurs de France, âgés de 40 à 50 ans. L’ASN a enjoint EDF de prendre en charge les travaux nécessaires. « Un premier objectif est de réduire les conséquences des accidents et notamment des accidents graves, avec une fusion du cœur du réacteur », affirme Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN, à l’AFP.

Trois autres grands volets d'amélioration reposent sur le confinement de la radioactivité à l'intérieur de l’enceinte du réacteur, le renforcement des agressions externes et internes (séismes, inondations, mais aussi incendies ou attentats) qui pourraient survenir aux installations, et la consolidation des piscines de refroidissement, où sont entreposés les combustibles usés.

La mise en œuvre des améliorations va s'étendre sur des années et sera accordée au cas par cas à chacun des 32 réacteurs de 900 MW concernés par la décision récente. Ces réacteurs ont été mis en service entre les années 1970 et 1980 et sont en grande partie identiques. Les spécificités de chacun des réacteurs et de leurs sites seront prises en compte lors de visites décennales. L’Angleterre rejoint la France et le Japon avec la prolongation de durée de vie de sa centrale à Dungeness, qui était à l'arrêt depuis 2018.

Prenant le contre-pied de l’appel à réduire l'énergie nucléaire – ce qui est le cas du projet de loi Climat, en France - et face aux enjeux économiques de fermer des centrales qui ont à peine atteint leur date limite, certains pays prennent la décision de prolonger la durée de vie des réacteurs qu’ils ont déjà de 10 à 20 ans. Une décision qui repose sur l’approbation des organismes de surveillance nucléaire nationaux, l'autorisation locale, et un rehaussement des mesures de sécurité.

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