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Amazon ou l’écologie ? La Macronie a choisi Abonnés

ARTICLE. La majorité LREM vient d’accorder une faveur à Amazon. La loi climat prévoit la limitation de l’artificialisation des sols à 10 000 mètres carrés, mais la contrainte ne concernera pas les sites de vente en ligne. Un manque de cohérence et un cadeau considérable à une entreprise au chiffre d’affaires déjà dantesque.

Amazon ou l’écologie ? La Macronie a choisi

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Les députés de la « Macronie » vendus au géant Amazon ? C’est en tout cas le débat que pose la lecture de l’article publié par Challenge le 22 juin. L’hebdomadaire s’interroge sur la volonté pressante de la majorité à vouloir exonérer l’entreprise de Jeff Bezos des futures contraintes votées dans le cadre de la loi climat. Les entrepôts des vendeurs en lignes comme Amazon ou bien encore Cdiscount ne seraient pas concernés par l’article 52, à savoir la limite d’artificialisation des sols à 10 000 mètres carrés. Une mesure combattue par l’ensemble des autres groupes de l’Assemblée, y compris même par une cinquantaine de députés LREM.

« Inscrire l’urgence climatique dans la Constitution : c’est un acte fort, nous y tenons ! » twittait le président du groupe La République En Marche à l’Assemblée nationale, Christophe Castaner le même jour. La Loi climat, censée être l’un des marqueurs forts du mandat présidentiel, est survendue par la « Macronie » depuis plusieurs mois. Mais alors, comment expliquer ce volontarisme militant et surtout cette concession faite au géant américain ?

Le gouvernement enterre un rapport défavorable

Challenge évoque le puissant lobbying effectué par Amazon sur les députés LREM. Or, on le sait, ces derniers sont particulièrement sensibles à ces groupes d’influences. Dans cette même loi climat, les députés de la majorité ont par exemple voté la taxation des Smartphones reconditionnés. Une mesure pourtant particulièrement contre-productive d’un point de vue écologique. En soi, les députés ne font que suivre les directives gouvernementales.

Or le gouvernement s’est évertué à enterrer un rapport commandé à France Stratégie (organisme dépendant de l’Inspection générale des finances) par sept ministres. Les conclusions ne sont pas allées dans le sens de ce que voulait entendre Bercy : le commerce en ligne est bien destructeur d’emploi. Le document a même appelé à un rééquilibrage fiscal, mais également réglementaire, au point de devenir gênant pour le gouvernement. Et on peut voir à quel point les députés, guidés par Bercy, l’ont pris en considération quand il a fallu voter un cadeau « écologique » à Amazon.

Amazon ne serait pas « mature »

Interrogé par Challenge, l’ancien secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, résume à lui seul la schizophrénie du gouvernement : “Nous sommes dans un moment de transition, il est encore trop tôt pour taxer le e-commerce qui est encore en phase de développement et d’investissement (…) La question n’est pas de savoir si nous allons taxer le e-commerce, mais quand. »

Soyons sérieux un instant : en 2020, le chiffre d’affaires d’Amazon a atteint 320 milliards d’euros. Une progression de 40 % par rapport à l’exercice précédent ! En quoi un marché aussi juteux et rémunérateur ne serait-il pas « mature » ? La stratégie tentaculaire d’Amazon, qui vise à multiplier les espaces logistiques, fait déjà du géant de la vente en ligne un acteur indispensable de la vie économique mondiale et en l’occurrence française. Dans sa folie néolibérale, la « Macronie » approuve cette stratégie destructrice pour l’emploi local et qui ne favorise que des emplois peu qualifiés.

Il est intéressant de constater que Mounir Mahjoubi a fait évoluer son discours entre novembre 2019 et aujourd’hui. Dans une note publiée à l’époque, il fustigeait Amazon, l’entreprise détruisant « plus d’emploi qu’elle n’en crée ». Et d’ajouter : « Amazon crée des emplois en France (…), mais personne ne s’est posé sérieusement la question de savoir combien d’emplois et de commerces de proximité fermaient du fait de la concurrence d’Amazon ». Quel dommage que « personne » n’ait pensé entre temps à… prendre en compte les conclusions du rapport France Stratégie.

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