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Après le Covid, le grand retour de la réforme des retraites Abonnés

ARTICLE. Momentanément balayé sous le tapis le temps de la pandémie, le projet de réforme des retraites refait surface. Est notamment envisagé un report (de 62 à 64 ans) de l’âge légal de départ à la retraite. Cette proposition est sur le bureau d’Emmanuel Macron, qui multiplie les signes d’une volonté de mettre en œuvre ce (très contesté) chantier d’ici la fin de son mandat.

Après le Covid, le grand retour de la réforme des retraites

À un an des présidentielles, le sujet est particulièrement épineux. Pourtant, Emmanuel Macron multiplie les signes de sa volonté de réformer le système des retraites français. Oubliés, les mouvements sociaux de l’hiver 2019-2020. Le Covid, les confinements et les couvre-feux ont enterré la réforme initiale voulue par le gouvernement. Lundi 28 juin, Les Échos évoquaient un nouveau projet qui serait « en haut de la pile » des dossiers du président de la République : un document qui appellerait de ses vœux le report de l’âge légal du départ à la retraite à 64 ans, contre 62 ans aujourd’hui.

Le projet serait inscrit dans le budget de la Sécurité sociale pour 2022, avec une application rapide dès 2022-2023. Les personnes nées entre 1961 et 1964 verront leur âge minimum de départ à la retraite s’allonger de six mois par an, de 62 jusqu’à 64 ans. Pour Les Échos, cette réforme appliquée au pas de charge permettrait de réaliser 14 milliards d’euros d’économie à compter de 2026. Un gain qui permettrait des mesures sociales essaimées ici et là : minimum de pension rehaussé à 1 000 euros, ou bien encore une réforme sur le grand âge…

Une réforme inéluctable ?

Le précédent projet de réforme des retraites avait déclenché la plus forte mobilisation sociale depuis le mouvement des Gilets jaunes. Autant dire que pour bien des Français, le sujet est plus que sensible. Pourtant, malgré l’échéance électorale des présidentielles en 2022, plusieurs membres de gouvernement et de la majorité présidentielle sembent tenir à tout prix à la (très sensible) réforme. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, en tête. Pour autant, le quotidien relève que « même le Medef ne veut pas d’une réforme à la va-vite ».

Emmanuel Macron a relancé ce sujet dès l’enclenchement de sa tournée dans les régions. En déplacement dans le Lot le 3 juin, il avait déclaré que, si la réforme de la retraite avortée ne pouvait pas être reprise en l’état, il fallait s’interroger : « est-ce que nous pouvons ne rien faire sur la retraite dans les mois qui viennent “? Il attendait alors la remise du rapport sur les ‘défis économiques’ du pays, piloté par Olivier Blanchard (macro-économiste français, spécialiste de l’économie du travail) et par le Nobel Jean Tirole (polytechnicien directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales).

Une manœuvre politique

Remis le 25 juin, ce rapport se veut alarmiste et préconise une grande réforme des retraites pour faire face aux enjeux du vieillissement de la population. Il souhaite l’instauration de la retraite à points, et la fin d’un ‘âge pivot’ universel. ‘Aucune réforme du système de retraite ne peut se faire sans qu’il y ait des perdants’, alertent les auteurs, sans préciser combien — et qui — seront les « perdants » de ce nouveau système. Lequel exclut d’office, et sans expliquer pourquoi, l’augmentation des cotisations sociales et patronales. Si le rapport n’a pas obtenu les faveurs de Bruno Le Maire (favorable à l’allongement de la durée de cotisation), le ministre n’en considère pas moins que la réforme est prioritaire.

Si les retraites deviennent à nouveau un sujet urgent à traiter, cela ne doit rien au hasard. Car au-delà de la volonté affichée de lutter contre les déficits, la manœuvre est bien évidemment politique. La gauche est fracturée entre LFI, EELV et ce qui reste du PS, n’est que peu menaçante pour la majorité à l’heure actuelle. Mais la droite dite « de gouvernement » a démontré qu’elle avait toujours des atouts à jouer (notamment sa forte assise locale et régionale, nous l’avons pu voir aux dernières élections) et la capacité de siphonner l’électorat LREM. En donnant ce coup de barre à droite, Emmanuel Macron compte bien la fracturer à nouveau. Cette dernière sera alors tiraillée entre son dogme néolibéral, qui appelle de ses vœux cette réforme, et sa volonté de passer pour une force d’opposition. Et, quel que soit le camp qui l’emportera, ce seront les Français qui trinqueront.

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