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Quand le gouvernement s’improvise régie publicitaire Abonnés

ARTICLE. Mardi 29 juin, le compte officiel du gouvernement sur Twitter faisait la promotion, vidéo et entretien à l’appui, de l’entreprise de taxis à hydrogène Hype… Mais est-ce bien le rôle de la communication d’État ?

Quand le gouvernement s’improvise régie publicitaire

Est-ce bien là l’esprit de la start-up nation ? Devenir une simple régie publicitaire ? Mardi 29 juin, le gouvernement s’est fendu d’un bien étrange tweet. Le but ? Promouvoir l’entreprise (privée) de taxis à hydrogène Hype – et par là son patron Mathieu Gardies –, aux dépens de la majorité des compagnies de taxis relégués avec mépris au rang de « pollueurs ». La société des taxis d’Hysetco (Hype) roule à l’hydrogène, carburant que souhaite développer le gouvernement et le ministère de l’Écologie. Quitte à passer par une promotion indigne du compte gouvernemental ?

Au-delà même de ce message, le tweet renvoie sur une vidéo du fondateur de Hype. Puis dirige les lecteurs sur un article posté sur le site — tout aussi officiel — du gouvernement. Enfin, un article… plutôt, un véritable panégyrique. Voyez donc : « Silencieux, on ne les entend pas, mais on les voit de loin », « les taxis Hype offrent les mêmes services qu’un taxi classique, mais ne polluent pas», «Un avantage environnemental plus qu’appréciable « «C’était sans compter sur la volonté du PDG d’Hype, Mathieu Gardes», «Coïncidence, hasard ? Non, l’aventure des taxis Hype est en filiation directe avec les problématiques environnementales « «La société se fixe un challenge de 10 000 véhicules en 2024»…

Une concurrence déloyale avalisée par l'État ?

À se demander si le texte a été écrit par un communicant du gouvernement, un militant, ou tout simplement, par le PDG de la société lui-même, Mathieu Gardies, qui a eu le droit, en plus de ce qu’il convient de considérer comme un communiqué d’entreprise, aux faveurs d’un entretien par le site de Matignon. Dans un échange de bons procédés, à la question «Est-ce que le plan du Gouvernement français est une bonne chose, pour vous ?», le patron de Hype la répondu : « Je ne peux être que ravi des efforts du gouvernement et de l’ensemble des États au niveau européen pour faire accélérer l’émergence de la filière»

Les taxis parisiens (puisque Hype est implanté uniquement dans cette ville) seront ravis de voir l’État les qualifier de « taxis polluants », et de savoir que le gouvernement considère que le choix des usagers de Hypecorrespond à « un moyen de faire un geste concret et facile». La volonté affichée de la Macronie de dénigrer la filière a de quoi interpeller. D’autant que pour exercer leur activité, les taxis qui ne peuvent attendre que les mairies leur délivrent une licence doivent s’endetter pour en acheter une à un taxi vendeur – une plaque de taxi pouvant coûter entre 100 000 € et 300 000 €. Cela fait cher le permis de rouler et de se faire insulter par le gouvernement.

"Taxis à l’hydrogène : laissez-vous transporter !"

La concurrence déloyale provoquée par ce coup de com’ ne s’arrête pas ici. Hype bénéficie de subventions dans le cadre d’un financement de la Banque des territoires. L’entreprise est pourtant en partenariat avec des entreprises peu connues pour leur vertu écologique. Les 700 et quelques véhicules de la flotte sont de la marque Toyota. À noter que Total détient 20 % des parts de Hype

En janvier, Hype a annoncé une levée de fonds de 80 millions d’euros, dans le but d’acquérir la société Slota et ses 600 licences de taxis parisiens. Créée en 2015, poussée par l’élan de la COP 21, l’entreprise de Mathieu Gardies entend devenir la troisième société de taxis de la capitale. Elle se fixe également un objectif ambitieux de 10 000 véhicules à hydrogène d’ici aux Jeux olympiques de Paris en 2024.

Sur son site, le gouvernement conclut son échange avec le PDG des taxis à hydrogène : «Taxis à l’hydrogène : laissez-vous transporter !». Une chose est sûre, Hype, en cas de difficulté, pourra toujours appeler le gouvernement pour bénéficier d’une publicité à très peu de frais.


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