Menu
Nation
Racialisme
Emmanuel Macron, l’universalisme à la carte ? Abonnés

ARTICLE. Dans une interview accordée à Elle, le président de la République s’est inquiété de voir la société se « racialiser ». Il s’est ensuite livré à un vibrant plaidoyer pour l’universalisme à la Française. Des propos qu’on ne peut que louer, mais qui tranchent avec ses déclarations d’ancien candidat à la présidentielle, ou à l’international.

Emmanuel Macron, l’universalisme à la carte ?

Dans le cadre du forum Génération Égalité de l’ONU Femmes qui se tient à Paris, le chef de l’État a accordé une interview au média Elle. Questionné sur la nature de son féminisme – « universaliste ou intersectionnel  ?» –, Emmanuel Macron s’est défini comme « humaniste », avant de déclarer : « Je suis du côté universaliste. Je ne me reconnais pas dans un combat qui renvoie chacun à son identité ou son particularisme ».

Emmanuel Macron, côté pile

De l’inquiétude, ensuite. « Je vois la société se racialiser progressivement », regrette le chef d’État. Et de développer : « On s’était affranchis de cette approche et voilà que l’on réessentialise les gens par la race, et ce faisant on les assigne totalement à résidence ». Enfin, il a attaqué le néoféminisme directement importé des États-Unis, « la logique intersectionnelle fracture tout. L’illégitimité de quelqu’un qui est autre que moi à me représenter, moi et ma sous-catégorie, que l’on peut décomposer en autant de sous-genres », avant de conclure « c’est la négation de quelque chose d’universel dans l’aventure républicaine, nationale et humaine ».

Des propos que l’on ne peut qu’approuver en soi. D’autant qu’en France, le président Emmanuel Macron a affirmé à maintes reprises son attachement à ces valeurs. Mais des zones d’ombres demeurent…

Emmanuel Macron, côté face

Dans le discours, déjà. Interrogé le dimanche 18 avril par Mararet Brennon, journaliste dans Face the Nation sur CBS News, le président de la République s’était livré à un exercice bien différent. Interrogé sur la question raciale, thème privilégié des médias américains, il avait rappelé la différence entre les histoires des deux pays, l’une ségrégationniste puis multiculturaliste, l’autre à la fois assimilationniste et coloniale. L’entretien étant également, pour la communication présidentielle, une entreprise diplomatique, il lui a fallu donner des gages idéologiques à son interlocutrice : « Nous devons déconstruire notre propre histoire », avait-il alors déclaré. Mais difficile de prôner l’universalisme français, tout en prônant la destruction de l’histoire sur laquelle il repose.

Puis il y a eu les différents propos du candidat LREM à l’élection présidentielle de 2017. Le 5 février 2017, il avait déclaré en meeting : « Il n’y a pas de culture française, il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse ». Quelques semaines plus tard, il assénait à Londres : « L’art français, je ne l’ai jamais vu ». Des propos qui dévoilaient une pensée bien moins universaliste que celle exprimée le 1er juillet dans Elle.

Alors, la fonction a-t-elle fait grandir le candidat Macron ? Ou le discours, qui varie en fonction du drapeau de son interlocuteur ne serait-il que de façade ? Avec l’apôtre du en même temps, tous les doutes sont permis.

commentaireCommenter