Menu
Analyses
Environnement
Voitures électriques : des lions menés par des ânes Abonnés

OPINION. Stimulées par l’engouement pour les voitures électriques, de plus en plus d’entreprises développent leurs bornes de recharge, avec l’écologie en toile de fond marketing. Mais derrière, la question de l’infrastructure est plus complexe...

Voitures électriques : des lions menés par des ânes

Stimulée par l’engouement administré pour la révolution mobilité électrique, la start-up Electra ambitionne de mettre à disposition des conducteurs 10 000 bornes de recharge d’ici à 2030, capables de fournir jusqu’à 300 kWh d’énergie à la demi-heure, appelant par conséquent en quasi permanence une puissance globale de 6 GW, ou 6 millions de KW. Ce serait bien le diable si, d’ici là, l’intouchable Tesla, totalisant aujourd’hui 800 bornes d’une puissance unitaire moyenne d’environ 400 KW, ne portait pas son réseau à quelque 4000 bornes appelant globalement et en continu une puissance de 1,6 GW.

Ainsi, une demande de recharge promettant d’être constamment supérieure à l’offre, sur ces deux seuls pôles, se dispose-t-elle à appeler en permanence, vers 2030, une puissance de plus de 7 GW, soit la puissance produite par 7 à 8 de nos réacteurs électronucléaires… ou par 18 000 à 20 000 éoliennes de 2 MW représentant trois fois le parc d’aérogénérateurs actuellement installé en France !

Or, si l’on en croit certains, la principale conséquence d’ampleur d’une révolution industrielle réputée spontanée sera loin de ne concerner qu’Electra et Tesla, le règne de la voiture électrique étant inéluctable et les grands constructeurs annonçant les uns après les autres l’arrêt de la production des modèles thermiques… Ne croyez surtout pas que le principe « direct producteur-consommateur » va ici s’imposer, par la grâce de la miraculeuse transition énergétique. Une station de recharge de 10 bornes de 300 KW appelant, à peu de choses près, la production totale d’une seule éolienne moderne, à pleine puissance (!), on aurait pu penser économiser la construction de (très) nombreux km de réseaux, en s’efforçant de raccorder directement l’une à l’autre, partout où c’est possible. Autant dire que, ce faisant, les usagers de nombres des stations concernées ne seraient pas encore rendus à destination !

Non, la cruelle preuve que le caractère décentralisé des productions soi-disant renouvelables est un leurre ruineux de plus ne tardera pas à éclater au grand jour, quand nous découvrirons qu’une ligne électrique ayant rigoureusement les mêmes caractéristiques physiques devra être construite à la fois pour l’alimentation d’une station de recharge et pour le raccordement de toute éolienne au réseau. Mais le leurre le plus dangereusement véhiculé par la scélérate loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV), en tout cas celui duquel les Français auront peu ou prou à pâtir, se décèle à la lecture des surréalistes dispositions ci-après de la Programmation pluriannuelle de l’énergie et à leur confrontation à ce qui vient d’être exposé. À savoir, une baisse de 7 % de la consommation finale d’énergie en 2023 et de 14 % en 2028, par rapport à 2012 ; une baisse de 20 % de la consommation primaire d’énergies fossiles en 2023 et de 35 % en 2028 par rapport à 2012, des capacités de production des énergies renouvelables portées à 74 GW en 2023, soit +50 % par rapport à 2017, et entre 102 à 113 GW en 2028, soit un doublement par rapport à 2017 ; des capacités de production électronucléaire, 4 à 6 réacteurs nucléaires fermés d’ici 2028, dont ceux de Fessenheim, 14 autres le seront d’ici 2035, afin de ramener à 50 % la part d’électricité nucléaire dans le mix électrique français.

Vous vous demandez peut-être comment une élite portée aux plus hautes responsabilités publiques sur la foi de prérequis d’omniscience peut réaliser aussi cyniquement un travail pratique d’une stupidité pour laquelle des lycéens de seconde auraient été sévèrement sanctionnés dans les années 50-60. Le brillant ouvrage Des lions menés par des ânes, auquel cet article emprunte le titre, de l’économiste Charles Gave éclaire cette prégnante question.

Bref, la seule spontanéité de la révolution mobilité électrique, garante de viabilité, sera économique et commerciale ou ne sera pas. C’est pourquoi il y a plus qu’urgence à ôter la béquille de la subvention à tout le secteur industriel, sans quoi la marche outrancièrement forcée du Gosplan bruxellois actuellement imposée au continent pourrait bien déboucher sur la plus grande catastrophe socioéconomique connue en temps de paix depuis les années 30… Et c’est un utilisateur de voiture électrique et de voiture hybride rechargeable depuis 2011 qui vous le dit !

commentaireCommenter