Menu
Europe
Bruxelles
Retraites: comment le piège européen se referme sur les Français Abonnés

ARTICLE. Alors que les débats sur la réforme des retraites font leur grand retour dans le paysage politique, le plan de relance français obtient le feu vert de Bruxelles. Dix mois avant les présidentielles, la reprise des “réformes structurelles” suspendues par la crise sanitaire aura bien conditionné les 40 milliards du plan de relance promis à la France.

Retraites: comment le piège européen se referme sur les Français
Publié le 3 juillet 2021

C’est officiel. L’Union européenne a donné son accord sur le plan national de relance et de résilience (PNRR), en prenant soin de vérifier sa pertinence au regard de la stratégie européenne. Comprenez :  l’importance portée à la croissance verte et numérique  – l’effort produit en faveur du numérique et de l’écologie ayant été jugé satisfaisant par Bruxelles –, autant que la mise en place de ces fameuses “réformes structurelles”. Hasard de calendrier ou agenda politique, le porte-parole du gouvernement confirme que la réforme des retraites aura bien lieu, “à l’automne” ou “l’année prochaine” d’après ses propos recueillis dans Les Échos.

Seulement, les Français n’ont pas la mémoire courte. “L’Union européenne, dans le décaissement de ces 40 milliards d’euros, veillera à ce que la France maintienne un certain nombre de réformes structurelles”, assurait déjà le patron de Bercy en septembre dernier. Force est de constater qu’en Macronie, le hasard de calendrier n’est pas crédible: si la réforme est présentée comme nécessaire, puisse-t-elle faire oublier le revers des régionales et départementales et redorer l’image d’un président réformateur, la voilà qui répond en tous points aux exigences de l’Europe maastrichtienne.

Une victoire de plus pour l’État maastrichtien

À l’occasion de sa tournée des capitales européennes, Ursula von der Leyen venait nous annoncer ce mercredi la bonne nouvelle. Depuis le Palais d’Élysée, la présidente de la commission brandit avec son homologue Français le dossier d’approbation du plan de relance: “Je suis heureuse d’annoncer que la Commission soutient le plan de relance français !”. Ronds de jambe et bouche en cœur, le président Macron faisait de belles photos. Et pour cause. Depuis les jardins du Palais, l’État maastrichtien remportait une nouvelle bataille. Mais à quel prix ? Le remboursement des subventions européennes pourrait bien coûter près de 70 milliards d’euros au contribuable Français, d’après les estimations fondées en fonction de la contribution actuelle de la France au budget.

L’arbre qui cache la forêt

Impossible de nier qu’un vent de réforme souffle sur la France. Selon certains proches de l’Élysée, le Président veut engager la France dans l’après 2022 – et par-là enjamber la présidentielle. Difficile de prédire ses ambitions, “Macron est un ruminant. Il n’aime pas trancher, il arbitre au dernier moment quand il est acculé”, confie un ministre de premier plan au Point. “Je ne peux pas gérer l’été en pente douce”, affirmait le Président lui-même en déplacement (campagne ?) dans le Lot. Ainsi le déséquilibre dans les recettes des caisses de retraite, fruit des confinements successifs, pourrait être l’argument tout trouvé pour justifier la réforme des retraites  – à l’heure où la reprise économique offre une belle marge de manœuvre à l’exécutif. Une fois de plus, le président Macron impose aux Français l’agenda de Bruxelles. Une fois de plus, le “souverainisme européen” relève de l’oxymore. L’Europe d’abord, la France après.

commentaireCommenter