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De Matignon à Zaroubejneft, l’étrange parcours de François Fillon Abonnés

ARTICLE. François Fillon aurait été nommé au conseil d’administration du groupe pétrolier public russe Zaroubejneft. Une nomination qui sonne comme la récompense de plusieurs décennies de postures pro-russes de la part de l’ancien premier ministre.

De Matignon à Zaroubejneft, l’étrange parcours de François Fillon

D’après l’agence de presse russe Interfax, François Fillon aurait été nommé au conseil d’administration du groupe pétrolier public russe Zaroubejneft. Cette nomination serait effective depuis le 28 juin. L’ancien premier ministre entrerait au sein du groupe russe via sa société de conseil Apteras Sarl, qu’il a fondé depuis 2017. Une société qui travaille avec des entreprises françaises implantées en Russie, désireuses de bénéficier du carnet d’adresses avantageux qu’a su se constituer l’ancien candidat à la présidentielle tout au long de sa vie politique.

François Fillon n’arrive pas dans l’anonymat au sein de Zaroubejneft. Sa nomination a été validée par le Premier ministre russe Mikhaïl Mishustin dans un arrêté gouvernemental datant du 10 juin 2021. Le groupe pétrolier étant détenu à 100% par le gouvernement fédéral, nul doute que Vladimir Poutine soit à la baguette. L’ex-chef du gouvernement français va donc exercer le rôle de « représentant de la Fédération de Russie »… soit plus ou moins celui  de représentant commercial de cette compagnie pétrolière d’État russe qui construit des infrastructures pétrolières à l’étranger (Algérie, Vietnam, Inde…) et qui cherche à étendre ses activités dans les Balkans ou encore en Amérique latine.

Circulez, il n’y a rien à voir

Cette nouvelle a fait grincer quelques dents en France. « L’argent qui pourrit tout, qui corrompt jusqu’à la conscience des hommes », a ainsi commenté Olivier Faure, paraphrasant François Mitterrand. « Quand vous avez été un responsable public de premier plan et que vous affichez de cette manière que vous êtes sous la coupe d’un puissant État étranger, il y a quelque chose qui moi, me heurte », a surenchéri François Bayrou sur RTL dimanche 4 juillet.

François Fillon balaie d’un revers de main ces critiques : « Aujourd’hui, j’ai quitté la vie publique et je développe mes activités de conseil international. J’ai accompagné plusieurs entreprises françaises en Russie ces derniers mois et c’est à ce titre que je suis sollicité par plusieurs entreprises russes pour siéger à leur conseil d’administration », explique-t-il au Monde, dans un discours qui évoque tout de même plus l’homme d’affaires avide que l’homme d’État qui se dit séguiniste, attaché son indépendance vis-à-vis des capitaux et influenceurs étrangers.

François Fillon, un lobbyiste pro-russe ?

Il n’est guère étonnant de voir l’État russe proposer un tel poste à François Fillon, qui a tissé d’étroites relations avec Vladimir Poutine ces deux dernières décennies. Le Sarthois a souvent fustigé François Hollande et défendu son ancien homologue russe comme dans cette tribune d’août 2012, publiée dans le Figaro, où il a écrit, « Au lieu de recevoir Poutine avec des pincettes, le gouvernement français devrait faire preuve d’un peu de courage pour construire une relation de confiance avec la Russie ! ». Par ailleurs, dans son programme à la primaire de la droite, François Fillon appelait à la levée des sanctions économiques du pays consécutives à l’annexion de la Crimée, ainsi qu’à la coopération sur la question syrienne. Autant de prises de position anti-atlantistes qui auraient pu être louables, si elles ne provenaient pas de l’un des principaux artisans du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN en 2009…

L’homme d’État français a parfois été épinglé pour ses relations mercantiles avec la Russie. En décembre 2016, François de Rugy, alors député écologiste, évoquait sur Europe 1 les activités lucratives de François Fillon à l’étranger : « On sait depuis quelques jours qu’il a une activité de conférences, de conseils, qui lui a rapporté quatre fois plus que ce que lui rapporte son indemnité (parlementaire) depuis 2012 (…) Ces conférences peuvent être financées par des États étrangers, on sait qu’il a fait des conférences en Russie ». En mars 2017, le Canard enchaîné accusait François Fillon d’avoir touché 50 000 dollars pour avoir servi d’intermédiaire entre Total et Vladimir Poutine. Une information vivement démentie par les deux partis. Mais Total est par ailleurs un partenaire commercial et industriel notable de Zaroubejneft…

Imagine-t-on le général de Gaulle...

Il se rêvait président, le voilà réduit à jouer du carnet d’adresses pour un autre État. François Fillon se sert donc de son expérience d’homme politique d’envergure, non pas pour servir son pays — avec lequel il entretient quelques relations judiciaires houleuses, il est vrai — mais pour « représenter » la Russie. Voilà une certaine vision de la politique qui tranche avec la posture prétendument gaullienne que voulait incarner le candidat déçu à la présidentielle. Qui imagine un seul instant le général de Gaulle représenter la Russie à l’international ?

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