Menu
Nation
LAÏCITÉ
Enseignants et laïcité, le péril jeune Abonnés

ARTICLE. Les enseignants, de moins en moins attachés à la laïcité ? Dans son étude « Les enseignants, la laïcité et la place des religions à l’école », l’Ifop fait le constat d’une mutation inquiétante chez les moins de 30 ans, de plus en plus attirés par un multiculturalisme à l’anglo-saxonne.

Enseignants et laïcité, le péril jeune

Sur la laïcité, l’Éducation nationale se fissure de plus en plus. Mécompréhension du principe – qui acte la relégation des pratiques religieuses à la sphère privée –, montée des fondamentalismes, américanisation des mœurs ? Quelles qu’en soient les causes, l’enquête Ifop « Les enseignants, la laïcité et la place des religions à l’école », réalisée à la demande de l’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean-Jaurès, peint un tableau particulièrement alarmant du paysage éducatif français : celui d’un corps enseignant plus divisé que jamais sur la question de la laïcité et sur l’intrusion du fait religieux à l’école.

Quelques chiffres, d’abord. Les professeurs interrogés livrent parfois des réponses étonnantes : il se trouve encore 21 % d’enseignants pour prétendre que « la remise en cause de la mixité dans les cours » ne représenterait pas une attaque à la laïcité. 15 % pensent la même chose du « refus de suivre les cours de sciences naturelles ». Pire encore, ils sont 15 % à prétendre que « la remise en cause du contenu d’un enseignement pour des raisons religieuses » ne représenterait pas « une remise en cause de la laïcité dans les collèges et lycées ».

59% des professeurs de moins de 30 ans favorables au burkini

Dans cette étude, la fracture générationnelle est saisissante. Pour une partie non négligeable du corps professoral – notamment chez les plus jeunes –, la laïcité n’est plus vue comme un universalisme nécessaire, mais comme un concept à modeler pour coller à une tolérance multiconfessionnelle déguisée en « inclusivité ». La loi de 1905 sur la laïcité ne convient plus à un professeur sur quatre de moins de 40 ans. Ils sont 40 % des « non catholiques », mais s’estimant liés à une religion (l’Ifop a ici fait preuve d’une pudeur malvenue en ne distinguant pas les confessions) à être favorable à l’évolution de la loi. Pour 32 % des moins de 30 ans, la laïcité est avant tout ici pour « mettre toutes les religions sur un pied d’égalité ». Une position défendue par 31 % de « non catholiques ».

La fracture générationnelle explose sur les questions de société qui traversent notre pays : 59% des professeurs de moins de 30 ans sont favorables au burkini. Ils sont également 51 % à se prononcer en faveur des horaires réservés aux femmes à la piscine. 56 % (contre 32 % pour les plus de 60 ans) acceptent le port de signes religieux ostentatoires par les accompagnateurs scolaires. 57 % ne sont pas dérangés par le port du voile islamique chez les étudiants. Enfin, ils sont 38 % à être favorables au port de signes religieux par « les agents des services publics ».

Sur ces questions, les réponses de la majorité des enseignants se situent autour de 35 % d’adhésion. Preuve s’il en est d’une réelle fracture générationnelle au sein du corps professoral.

La France Insoumise mène la danse

D’un point de vue politique, il n’est guère surprenant de voir que la France Insoumise est le camp idéologiquement le plus ouvert à une « évolution » de la laïcité. Ainsi, d’après l’étude, 53 % des sympathisants insoumis ne considèreraient pas les demandes alimentaires spécifiques (viande halal ou casher) dans les cantines comme une remise en cause de la laïcité.

Autre chiffre éloquent : là où 36 % du corps enseignant pense que les parents d’élèves accompagnant bénévolement les enfants lors d’une sortie scolaire devraient pouvoir arborer des signes religieux, les sympathisants LFI sont 43 % à le désirer. Pire, 41 % d’entre eux se déclarent favorable au port de signes religieux par « les agents des services publics ». Fini, le temps de la France insoumise républicaine et laïcarde ?

La laïcité, appelée à disparaître ?

Il faut le rappeler :  les professeurs de moins de 30 ans sont ceux qui enseigneront aux enfants de demain. Ils sont à l’avant-garde des mutations de la laïcité, modelée en un système plus « inclusif ». Mais qu’est-ce que l’ « inclusivité », sinon un système d’apposition de cultures et de pratiques, un moule anglo-saxon dans lequel pousseront les fondamentalismes ? L'attachement à la laïcité décline ; comment enrayer la machine ?

commentaireCommenter