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Baptiste Rappin : "Pour les déconstructeurs, toute idée d’origine est synonyme d’oppression" Abonnés

ENTRETIEN. Baptiste Rappin est philosophe, chercheur et Maître de Conférences à l’IAE Metz School of Management. Après notre critique de son Abécédaire de la déconstruction (éditions Ovadia), nous avons voulu l’interroger sur cette galaxie de pensée pour mieux cerner ses implications.

Baptiste Rappin : "Pour les déconstructeurs, toute idée d’origine est synonyme d’oppression"

Front Populaire : La déconstruction regroupe des penseurs souvent contemporains entre eux, mais des œuvres différentes. Quel est le plus petit dénominateur commun, le noyau atomique qui permet de les ranger dans cette catégorie ?

Baptiste Rappin : Vous avez raison de pointer l’hétérogénéité de cette nébuleuse de penseurs (Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Michel Foucault, Jacques Rancière, Judith Butler, Giorgio Agamben, etc.). En quoi est-il donc légitime de les regrouper sous cette étiquette de « déconstruction ». En premier lieu, le terme est utilisé et même brandi par l’un d’entre eux, Derrida, pour désigner sa méthode philosophique. En outre, ce mot de déconstruction me semble bien résumer l’entreprise commune à l’œuvre : faire fi de la tradition métaphysique qui se pense comme architecture de la pensée ou encore comme « architectonique ». L’importance du thème de la fondation et du fondement témoigne de la puissance structurante de cette analogie. D’où le rejet, par les déconstructeurs, de la philosophie grecque en général, et de la pensée platonicienne en particulier, puisqu’ils y voient la source de la construction philosophique.

FP : À vous lire, la déconstruction semble être une gigantesque entreprise de sape du « sens ». Pouvez-vous expliquer cela ?

BR : Le sens provient d’une ligature, toujours précaire, qui relie l’âme au monde : et c’est justement le rôle du logos, que l’on traduit à la fois par « raison » et « langage », que d’opérer ce nouage. Pour les déconstructeurs, toute liaison est une chaîne, si bien que la philosophie, qui ne cesse d’enchaîner les propositions pour produire un discours articulé à propos du monde, s’avère être au fond, selon eux, une geôle deux fois millénaire. S’en libérer, s’en émanciper, cela revient à refuser le besoin de sens, et même à réfuter le concept de sens ;...

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