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Un DJ ségrégationniste invité au « bal des migrants » à Paris Abonnés

ARTICLE. Le député François Jolivet a envoyé à la ministre Marlène Schiappa un courrier dénonçant les propos du DJ Fanaya. Invité à un « bal des migrants » organisé le 13 juillet à Paris, l’artiste ne voulait jouer que pour les personnes « non blanches ». Défendu par les organisateurs de l’événement, le DJ a toutefois préféré annuler sa présence.

Un DJ ségrégationniste invité au « bal des migrants » à Paris
Publié le 12 juillet 2021

« Je joue pour les personnes non blanches  ». Voilà ce qu’a écrit sur le réseau social Instagram le DJ Fanaya, invité à se produire lors du bal des migrants mardi 13 juillet, à Paris. Des propos qui ont été relayés par le député LREM, François Jolivet, qui s’en est scandalisé sur Twitter. Il a ensuite adressé un courrier, le 9 juillet, à Marlène Schiappa, ministre déléguée chargée de la citoyenneté, pour lui demander « d’étudier les voies de recours pour interdire à cet artiste de se produire dans ces conditions », tout en s’interrogeant sur la capacité des organisateurs à « se conforter aux principes de la république. »

Au cœur de la polémique se trouve donc un artiste. “DJ Fanaya” est un habitué de la scène antiraciste et décoloniale. Ses propos ne sont guère étonnants, tant ils empruntent au vocabulaire si spécifique de cette mouvance qui considère qu’un racisme systémique opprime les personnes non blanches. Mais ces propos n’en sont pas moins choquants pour autant : « Je joue pour les personnes non-blanche et surtout pour les personnes noires », écrit-il sur Instagram. Plus loin, il enfonce le clou pour ne laisser aucune ambiguïté à ses propos : « les 2h où je mixerais : les blanc. he. s (sic) allez derrière et les autres (surtout les personnes noires), je vous invite à occuper la place et tout l’espace qui vous revient de droit. »



Elisabeth Moreno défend le bal

Des propos dont on s’étonne qu’ils puissent encore être tolérés comme une sorte de folklore, une sorte de racisme doux, acceptable, car venant de prétendus “opprimés”. Dimanche matin, Élisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances était invitée dans l’émission de Christophe Beaugrand Le Brunch de l’info sur LCI. Interrogée à propos de cette polémique, la ministre a eu une réaction peu virulente : « Il ne faut pas séparer, parce que c’est complètement contre-productif », a-t-elle déclarée d’un ton placide. Pourquoi tant de pincettes ? La réponse se trouve sans doute dans l’introduction de son propos, quelques secondes plus tôt : « Je trouve ça très regrettable qu’un événement qui part d’une si bonne intention finisse dans une telle polémique. »

Malgré cette réaction pourtant guère virulente, l’association organisatrice BAAM a dénoncé sur Twitter une « présentation biaisée ». Car selon l’association d’aide aux migrants, fondée en 2015, « l’expérience de non-mixité sur le dancefloor proposé par Fanaya ne concernait pas le bal des migrant·es, mais un autre évènement ». Des propos difficiles à confirmer, le compte Instagram du DJ ayant disparu. Quoiqu’il en soit, face à ceux qu’elle qualifie de « chiens de garde de l’extrême droite qui font des appels au meurtre », BAAM le martèle : « Oui le bal est mixte. »

Les organisateurs soutiennent pleinement le DJ

Une position louable, mais ce n’est pas pour autant que BAAM ne cautionne pas les propos du DJ Fanaya. Tout d’abord sur les espaces ségrégationnistes : « nous reconnaissons pleinement la pertinence de l’existence d’espaces en non-mixité », puis sur l’homme de la polémique, qu’elle soutient avec virulence. « Full support à Fanaya ! Nik (sic) les racistes, en particulier quand ils ont du pouvoir », ont écrit les organisateurs sur Twitter, le soir de la polémique. En réalité, elle ne cautionne pas, mais approuve. Comme le démontre ce tweet ambigu de présentation de l’artiste, datant du 8 juillet : « DJ Queer, Noire et Malgache, Fanaya (il/elle) mixe pour une décolonisation du dancefloor (et des espaces) et invite toute personne non-blanche, meuf, queer, trans à occuper l’espace qui leur revient. »

Contrairement à son habitude, Marlène Schiappa n’a pas jugé bon de réagir sur les réseaux sociaux. Mais face à la pression des réseaux sociaux, DJ Fanaya s’est retiré du bal des migrants. Anne Hidalgo, également sollicitée par François Jolivet, avait répondu par la voix d’Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la mairie de Paris : « Il (ndlr : le bal) soulève de graves atteintes à l’esprit républicain. Nous allons diligenter une enquête, nous ne tolérons et ne supportons aucune discrimination, d’où qu’elle vienne ».

Une mansuétude des autorités intolérable

Alors que les thèses décoloniales ou indigénistes ne cessent de grignoter l’espace intellectuel et public de notre pays, les réponses apportées pour y faire face restent d’une tiédeur confondante. Quel tollé n’aurait pas déclenché un DJ quelconque, qui aurait interdit la piste de danse à des personnes noires, musulmanes ou juive… La tempête médiatique et judiciaire aurait été — à raison — immense. Mais las, il est des racismes qui semblent définitivement plus tolérables que d’autres.

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