Menu
Analyses
bretagne
La Brière au fil de l’eau Abonnés

OPINION. Cet été, Front Populaire propose à ses lecteurs de partager un morceau de France. Aujourd’hui, l’auteur nous emmène en Brière, au nord de l’estuaire de la Loire. Une région où se mêlent culture saline, promenades en chaland et culture bretonne.

La Brière au fil de l’eau
Publié le 20 juillet 2021

46° Nord, 2° Ouest. Cap sur le Parc naturel régional de Brière de plus de 6000 hectares, singularité géographique qui est un marais situé au nord de l'estuaire de Saint-Nazaire, plein ouest des Pays de la Loire « Atlantique ». Le Brivet, affluent du grand fleuve précité irrigue la Brière verdoyante mais fait aussi la pluie et le beau temps des Briérons qui ont un caractère bien trempé comme le marais, appuyé par un dialecte qui se perd avec l’eau qui ne cesse de couler sous les ponts.

La Brière est un patrimoine de verdure, de végétation, avec la prédominance du roseau dont les Briérons sont les propriétaires. Par les lettres patentes accordées par le roi Louis XVI, le 28 janvier 1784, les habitant se voient reconnaître la « propriété et jouissance publique » de la Grande Brière Mottière, c’est-à-dire une propriété originale, puisqu’elle est collective, indivise et inaliénable, et où l’exploitation de la tourbe s’y est pratiquée jusqu’au XXe siècle.

Extrait des lettres patentes
Extrait des lettres patentes

Excepté un particulier, qui probablement avec « de bonnes relations », a réussi à fermer une propriété dans une partie du marais (quelques hectares) entre Saint-Joachim, Camérun et Crossac pour entre autres parties de chasse et de pêche privées. Même signées par le(s) roi(s), les lois ne seraient-elles pas les mêmes pour tout le monde?

Aujourd’hui, les Briérons appartenant aussi à La Brière continuent d’exploiter cette propriété et de gérer eux-mêmes leurs marais avec l’élevage, la pêche, la chasse et les activités de tourisme qui se sont accrues à la fin du XXe siècle, notamment les promenades en chalands dans ces paysages renouvelés à chaque saison. Les habitations typiques sont les chaumières et l’artisanat perdure pour fabriquer ces couvertures en roseau selon les traditions, tandis que les chaumiers sont à la manœuvre sur les charpentes. Le roseau ne manque pas dans le Parc naturel régional de la Grande Brière, mais il est aujourd’hui protégé, donc importé (des Pays Bas entre autres) pour répondre à la demande des nouvelles habitations.

Les Briérons sont les timoniers et manœuvriers des chalands, embarcations qui permettent de se déplacer sur les canaux et de s’isoler dans ce bel espace vert naturel parmi les joncs bien loin du monde qui se lit, qui s’écoute, qui se regarde, qui s’agite et qui s’« Empire » dans l’Europe. Inodore, Incolore, Indolore pour les Briérons.

Pas de gouvernail sur le chaland, et pas comme nos élites à la manœuvre, les Briérons ne perdent jamais le Nord, ne vont pas ou le vent souffle et poussent le bateau à la perche pour maintenir le cap. Sur le marais, ils s’orientent avec leurs points cardinaux matérialisés par les clochers « du coin » des communes qui bordent la Brière de ce plat pays.

Entre autres pêches traditionnelles, ils vont lever les bosselles, nasses d’environ un mètre de long ou pêcher au carrelet, filet maintenu à l’horizontale par des alarmes, le tout levé avec un treuil dans le but de prendre des pimpeneaux, les anguilles noires de Brière.


La curée
La curée


Beaucoup d’eau a passé sous les ponts de la commune de Saint-Joachim et on ne peut pas y venir sans en passer un puisque les canaux bordent les « levées ». La levée est une étroite bande de terrain reliant la zone d’habitation et la curée. Elle est en zone inondable, elle est donc propice à la culture potagère. Fruits, légumes, fleurs, plantes et arbustes sont bien nourris par les sols fertiles briérons et les levées se découvrent par la navigation sur les canaux. La curée ou chalandière est un canal qui ceinture l’île et permet la navigation en chaland et l’accès au marais. Elle est large de 3 à 6 mètres, dessine les formes de Saint-Joachim et contourne les sept îles de ce village.

Si on pousse le cap à l’Ouest, les paludiers du sel Guérandais conjuguent aussi nature et culture dans les œillets pour tirer la fleur de sel à la lousse en maîtrisant le cycle de l’eau. Même esprit, même combat, le marais, salant cette fois, reflète le triomphe des traditions : la maîtrise des vents, de la gestion d’eau douce des pluies, des marées, de l’ensoleillement et de l’irrigation est une preuve d’un savoir-faire traditionnel.

Marais salants
Marais salants

Encore à l’Ouest du pays de l’or blanc, on fait escale à La Turballe, port de pêcheurs de l’Atlantique qui offre une vue sur le grand large et le littoral de la Côte d’Amour. Là aussi, force, fraîcheur et tempérament caractérisent les marins pêcheurs et les gens de la côte. La presqu'île du Croisic et les communes avoisinantes comme Batz-sur-mer et Le Pouliguen marquent une consonance bretonne, reflet d’un passé d’appartenance à la Bretagne par la culture, l’architecture, la côte sauvage, l’identité des gens et la gastronomie.

Quelques miles nautiques sur la même latitude, on passe la pointe du Croisic pour descendre et mettre le cap à l’Est cette fois, pour que le périple de l’eau se termine dans le chenal de la Loire et on rentre au port de de Saint-Nazaire, dernière escale pour apercevoir le pont du même nom qui traverse ce grand fleuve à l’embouchure. On aperçoit aussi les paquebots et le portique des Chantiers de l’Atlantique, là où la plupart des Briérons ont « filé » après le certificat d’études.

Le mode de vie des Briérons a changé au milieu du XIXe siècle, avec l’abandon croissant des activités traditionnelles, dont l’exploitation des terres pour des emplois dans les industries de la région nazairienne. Il en a découlé une élévation appréciable du niveau de vie mais le plaisir de naviguer sur les canaux, pointe avant dirigée vers les grands espaces verts du Marais, demeure toujours.

Saint-Nazaire est aussi une escale d’Hergé, un port de bateaux en tout genre, pour tous les goûts et tous les voyages : Voiliers, goélettes et trois-mâts amarrés des « voileux », bâtiments et frégates militaires, vedettes de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer) et les Abeilles, au nombre de 6 dans l’essaim de Saint-Nazaire, ces remorqueurs sollicités pour amener les navires de commerce à quai et faciliter l’amarrage des géants dont les noms ont marqué les époques comme les paquebots Impératrice Eugénie lancé en 1864, La Bretagne (1886), Normandie(1935), France (1960), Souverain des mers (1988), Queen Mary II (2004)… Cela a fait aussi toute l’attractivité du petit Maroc, quartier historique et réputé de Saint-Nazaire qui jouxte l’ancienne base sous-marine marquée par l’histoire, qui se visite aujourd’hui, elle-même adossée aux industries des bords de Loire.

Retour en Brière, de Saint-Nazaire à Saint-Joachim via Saint-Malo-de-Guersac (nous sommes bien en Bretagne) par les canaux dont le niveau est géré par les écluses de Penhoët ou par les chemins sur lesquels les anciens ont laissé leurs empreintes et usés les pneus des vélos. Le plaisir des Briérons de quitter l’activité industrielle des jours ouvrables à bord des bateaux en fabrication au profit de la culture des levées des soirées printanières et aussi pour les promenades en chaland en fin de semaine… Et la boucle est bouclée !

Une escale à ajouter sur vos séjours en France… venez causer dans les chaumières, vous serez les bienvenu(e)s en Brière. La région est aussi attractive avec les fêtes « du coin », suivant le périple de l’eau précité et pour pouvoir entre autres combiner festivités, folklore et dégustations. Fête de l’anguille (Saint-Joachim), fête de la Brière (Saint-Joachim), fête des métais (Saint Lyphard), Les nuits salines (Guérande et « On paye en sel »), Chalands fleuris (Saint-André-des-Eaux), fête de la Sardine (La Turballe) et le Festival des Escales à Saint-Nazaire, pour finir sur une note de musique.

Bon Vent, bonne Mer !

commentaireCommenter