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Sécurité routière : un budget disproportionné ? Abonnés

OPINION. Bien que chaque accident soit un drame, les statistiques de la sécurité routière ne sont pas affolantes. Au contraire de la communication gouvernementale qui, selon notre abonné, sert à justifier un budget disproportionné.

Sécurité routière : un budget disproportionné ?

Quand je dis que l’utilisation des statistiques par les organismes de sécurité routière, qui sont tant entendus sur les médias, est au minimum mensongère, sinon abusivement coûteuse, il se trouve que la Cour des comptes l’admet. Il y a des accidents, c’est terrible, mais ce n’est pas une raison pour terrifier à outrance les gens comme nous le faisons afin de justifier des investissements disproportionnés. Ainsi, dans un rapport sur la sécurité routière publié en juin 2021, la Cour des comptes indique les observations suivantes :

« Depuis 2013, le nombre des décès [sur les routes] a cessé de diminuer. Alors que le nombre de morts [sur les routes] par million d’habitants était passé en France de 69,4 à 52,2 entre 2008 et 2013, il est resté globalement stable à ce niveau depuis lors jusqu’en 2019. Or, il s’agit du principal indicateur de succès de cette politique [d’investissements massifs dans la sécurité routière]. Ce phénomène de “plateau” est commun à la plupart des pays européens, suggérant l’idée sinon d’un plancher infranchissable, du moins d’un rendement décroissant de la politique. » J’en retiens que les organismes de sécurité routière ont un intérêt évident à dramatiser en permanence. C’est toute leur légitimité qui est remise en question si la « lutte contre les accidents » a atteint sa limite.

« La variation du nombre des morts sur la route, d’une année à l’autre, doit être mise en perspective et complétée d’autres données pour apprécier pleinement les progrès de la sécurité routière. » J’en retiens que sur France 3 l’été dernier, on nous sortait les « statistiques brutes » sans même les situer dans un ordre de grandeur. Ils ne montraient que la mortalité de ces 5 dernières années de manière à affoler la population au moindre micro-changement.

« Les mauvais résultats des années 2014-2015 ont induit un changement de la position. La décision a été prise dès 2015 de déployer 500 nouveaux radars à l’horizon 2018 et de multiplier par quatre le nombre de surfaces sécurisées par le contrôle-sanction automatisé. » J’en retiens que quand on est sur un « plateau », à la première micro-montée des accidents, on débloque des dizaines de millions d’euros venus de la poche du contribuable et on annonce des objectifs insensés. Les chiffres viendront plus bas. Il y a beaucoup d’autres exemples.

« 25 % des contrevenants échappent à l’amende et au retrait de points. Compte tenu du taux de paiement des amendes, cela signifie qu’une proportion de contrevenants proche de 30 % échappe de fait à toute sanction. »J’en retiens que les gens qui payent les amendes et perdent des points ne sont que 70 % des contrevenants, alors qu’ils sont (pour le coup, c’est moi qui le dis) de 95 % des utilisateurs de la route. Pas besoin d’avoir bac+10 pour entrevoir qu’il y a de vrais dangers publics aujourd’hui qui n’ont pas de points à perdre sur leur permis, car ils roulent sur des voitures volées, probablement sans permis. On ne les identifie pas lorsqu’ils commettent une infraction parce qu’on s’appuie sur des radars « automatiques ». Ceux-ci font changer les habitudes des personnes honnêtes, mais lorsque les gens sont malhonnêtes, ils n’ont rien à craindre. Quand je bossais en station-service sur l’A10, les Anglais faisaient la course sur l’autoroute avec un vrai sentiment d’impunité : ils n’avaient pas du tout peur des amandes qu’on pouvait leur flanquer en France et ils le disaient.

« En 2018, 70 % des équipements installés photographiaient l’avant des véhicules, ce qui exclut les deux-roues motorisés. Selon plusieurs études, le sentiment d’impunité serait, de ce fait, supérieur au sein des conducteurs de motos et conduirait à un moindre respect des limitations de vitesse. » J’en retiens que lorsqu’on sait que les accidents graves concernent massivement et de plus en plus massivement les deux-roues ou les piétons, on a l’impression que ces radars automatiques sont une belle supercherie. Il y a d’ailleurs beaucoup à dire du choix de s’en prendre spécifiquement aux automobilistes français qui se déplacent en France le plus souvent pour travailler.

« 23 % des décès routiers interviennent lors d’un accident impliquant au moins un conducteur testé positif [aux stupéfiants]. » J’en retiens que voilà une statistique qui fait sens. Souvent, quelqu’un qui a un accident roulait « trop vite ». Mais se contenter de rappeler que la violence de l’accident est proportionnelle au carré de la vitesse et de dire que la vitesse est la première cause d’accident, ça n’aboutit à rien de concret, puisqu’à partir du moment où l’on roule, on se déplace à une certaine vitesse. On ne peut pas demander aux gens de rouler « lentement », cela ne correspondrait à rien. On ne peut que leur demander de rouler à une vitesse appropriée. À l’inverse, si un accident mortel sur quatre concerne un conducteur sous stupéfiants, là on a un message clair à donner aux automobilistes, qui s’impose.

Je passe la description des délégations qui mettent en œuvre la politique de sécurité routière pour en venir au fameux budget annuel de la Délégation à la sécurité routière (DSR) : le clou du spectacle. Ce budget, en 2008, était de 2,22 milliards d’euros. Depuis, il a crû sans interruption malgré le « plateau » décrit plus haut pour atteindre 3,745 milliards d’euros en 2019. Sur le rapport de la cour des comptes, on explique qu’une partie de ce budget n’est qu’officiellement en lien avec la sécurité routière ; voilà pourquoi ils avancent un total « minimum » de 11 milliards d’euros. 11 milliards d’euros, si vous voulez un ordre de grandeur, c’est le coût d’un mois de confinement général de toute la France d’après Bercy. Cela veut dire qu’à ce rythme, 12 ans de budget de sécurité routière ont déjà coûté autant qu’aurait coûté un an de confinement général de la France. Je veux bien admettre qu’il y a beaucoup de travail derrière, mais enfin, l’ordre de grandeur est démesuré et la démultiplication de ce budget est quand même choquante alors qu’on observe qu’on est sur un « plateau » historiquement bas de dangerosité des routes françaises.

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