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La France du mépris n’a plus de limites Abonnés

OPINION. Malgré la diversité apparente des phénomènes sociaux qui vampirisent l’actualité depuis plusieurs années, le quinquennat présidentiel charrie son lot d’invariants. Le premier d’entre eux : un mépris élitaire pavoisant pour tout ce qui, de près ou de loin, se démarquerait du Cercle de la raison.

La France du mépris n’a plus de limites

Du référendum de 2005 à la crise des Gilets jaunes, nous avons pu observer à plusieurs reprises l’inclinaison au mépris par une large part des élites politiques, intellectuelles et médiatiques françaises, à l’égard du peuple récalcitrant à leur vision. Mais avec la crise du Covid 19, la France du mépris s’en donne à cœur joie. Plus les oppositions populaires s’expriment, plus les questions indélicates se font pressantes pour demander des justifications aux mesures de restriction des libertés sans précédent pour la totalité de la population, plus les analyses critiques sur la gestion politique et sanitaire se structurent, plus la France du mépris se replie sur ses certitudes. Du haut de son magistère lié à son intelligence progressiste, elle explique (en vain) aux gueux ce qu’elle est la seule à comprendre.

On a méprisé immédiatement les réticents à la vaccination en les traitant d’incultes scientifiques, on a convoqué Pasteur pour leur faire la leçon sur un ton qui, quelquefois, dans la cacophonie des médecins devenus stars télévisuelles, nous aura rappelé Thomas Diafoirus. Cette condescendance à l’égard des Français dubitatifs qui ne pouvaient pas se satisfaire des éléments de langage répétés sur toutes les ondes renforça de facto le camp ultra minoritaire des anti-vax aisément séduits par les théories fumeuses. La responsabilité des pouvoirs publics ainsi que certains médecins médiatiques est grande dans l’augmentation numérique du camp anti-vax. Et on peut craindre que le discours gouvernemental (et médical) à venir sur la quasi-obligation vaccinale des 12-17 ans va encore faire grossir ses rangs, tant cette stratégie est insensée alors que la population à risques (sujets âgés, malades chroniques, diabétiques, hyper-tendus, obèses) n’est pas encore totalement vaccinée. C’est vers elle, et elle seule, que les efforts des pouvoirs publics devraient se démultiplier, car c’est elle qui risque de venir occuper les lits de réanimation (dont le nombre sera resté insuffisant durant la crise).

Hormis les anti-vax définitivement fermés sur le sujet, on peut estimer à un quart le nombre de Français qui expriment des doutes raisonnables sur la stratégie vaccinale. Or le pouvoir continue de les mépriser. Certains intellectuels soutiens du gouvernement les traitent désormais en quasi-délinquants, bientôt des criminels. Pourtant, on se rappellera qu’un des premiers à avoir exprimé ses doutes sur la fiabilité des vaccins anti-Covid dans des délais si courts de fabrication fut Emmanuel Macron lui-même il y a moins d’un an. On se souvient de lui persiflant sur les programmes ambitieux de Trump et Johnson. Le professeur Fischer aussi doutait publiquement des vaccins à ARN messagers, sans parler du mélodrame Astra Zeneca qui a découragé tant de Français de se faire vacciner, préférant attendre un hypothétique vaccin Sanofi qui ne viendra qu’en 2022.

À l’instar de la crise des Gilets jaunes, une opération de discréditation massive a été rondement menée « grâce » à la pancarte antisémite de la manifestante du 7 août à Metz qui devra bientôt répondre de sa bêtise crasse devant la justice. Lors des manifestations de Gilets jaunes, des propos antijuifs (et antisionistes) avaient été entendus ; rapidement l’occasion fut saisie d’avilir le mouvement dans son ensemble. Tous les Gilets jaunes se virent soudain taxés d’antisémites, de prêcheurs de haine, par ceux des experts-commentateurs ou des élus qui nourrissaient une véritable haine à l’égard de ce mouvement populaire inédit. Peu importe que les Français juifs assassinés ou agressés depuis vingt ans l’aient été par des islamistes (qui manifestent rarement avec des pancartes à visage découvert), le confort de la dénonciation de « l’antisémitisme d’antan » n’a pas d’équivalent. Il permet à tous ceux parmi les antiracistes professionnels, qui ne voulaient pas voir le déploiement de l’antisémitisme islamique criminel dès la fin des années 1990, de se redonner un peu de lustre. L’entre-deux tours de 2017 en fut le parfait exemple : silence général pour l’assassinat de Sarah Halimi, mais déploiement commémoratif du candidat Macron pour lier l’histoire de l’extermination des juifs au « danger fasciste aux portes du pouvoir ». On convoqua les « heures sombres de notre histoire », comme avec les dérives de quelques Gilets jaunes ou la pancarte de cette enseignante. Le point Godwin est rapidement atteint dans ces circonstances d’hystérie collective de toutes parts. À force d’user et d’abuser de la référence à Hitler, non seulement on banalise l’histoire spécifique à laquelle il se rattache, mais on renforce l’intérêt à son égard d’une génération déculturée biberonnée à l’entre-soi des réseaux sociaux (en particulier YouTube).

Cette unanimité politico-médiatique à essentialiser un mouvement aussi hétérogène que celui des manifestations anti passe sanitaire, en faisant passer chaque manifestant sinon pour un suppôt de l’antisémitisme nazi du moins pour son effroyable complice, aura pour effet mécanique de faire grossir le camp des complotistes dont on sait depuis des siècles qu’il est largement alimenté par l’antijudaïsme le plus primaire. Au lieu de prendre la juste mesure de la présence de cette pancarte, la condamner avec la fermeté juste et proportionnée qu’elle méritait, le camp des « Seuls raisonnables » en a fait le drapeau des 237 000 manifestants. Le paradoxe est que ceux qui se prêtent à cette généralisation sont par ailleurs les accusateurs de toute forme d’essentialisme ! « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ».

Ultime exemple du triomphe de la France du mépris qui nous dirige : la situation sanitaire aux Antilles. Après un an et demi de crise sanitaire, l’impréparation de la campagne vaccinale s’y conjugue à l’absence de réarmement des hôpitaux de Martinique et Guadeloupe alors que tout le monde savait que la saison estivale conduirait à un brassage de population qui exposerait les îles à des contaminations plus importantes. Si les vaccins sont arrivés plus tardivement aux Antilles qu’en métropole, c’est la responsabilité du gouvernement, si les populations à risques (plus nombreuses proportionnellement qu’en métropole) n’ont pas été ciblées, idem. En outre, dans des territoires où les inégalités n’ont cessé de se creuser depuis vingt ans ce qu’appuient toutes les études économiques (y compris de source publique), la fracture numérique est importante, une part significative de la population n’a pas été en mesure de passer par la plateforme doctolib pour prendre rendez-vous, quant aux centres de vaccination, nombre de témoignages rapportent les heures d’attente difficiles à supporter pour les personnes fragiles. Rien n’a été entrepris par les pouvoirs publics pour encourager la vaccination, pour aller vers les populations à risques ou pour convaincre les sceptiques. L’ARS a attendu le 19 juillet pour lancer une enquête en ligne afin de comprendre les ressorts de la réticence à la vaccination. De qui se moque-t-on ? Des Antillais assurément. Car les accusations, les admonestations aux « rétifs » comme les a qualifiées de façon englobante le Premier ministre fin juillet, sont allées bon train.

On a tout entendu : les Antillais sont impunément qualifiés de semi-arriérés superstitieux, préférant la prière à Marie ou un sirop local aux plantes, quand ils ne furent pas assimilés à des illettrés dans un discours oscillant entre paternalisme et suffisance un brin raciste. Ces « gens-là » l’ont bien cherché avec leur 16% de taux de couverture vaccinale : c’est ce que nos compatriotes des Antilles entendent en arrière-fond quand ils écoutent les débats parisiens des radios ou des chaines info, voire les conférences de presse de certains ministres. Non, les Antillais ne sont ni responsables ni coupables de ce qui leur arrive. Ce sont les pouvoirs publics qui n’ont pas été à la hauteur des enjeux spécifiques de ces îles au regard de cette crise sanitaire. Et comme toujours depuis le début de ce quinquennat, plutôt que jouer profil bas, et déployer avec humilité et fraternité les moyens nécessaires, l’exécutif fait la leçon aux Antillais (hier et aujourd’hui encore empoisonnés au chlordécone et autres sargasses). Nous voyons à l’œuvre depuis quelques jours un exécutif sans la moindre compassion pour ceux qu’il a déconsidérés, qui ne pense pas une fois à présenter ses excuses pour son irresponsabilité à l’égard de ces territoires lointains, où l’on aime venir se détendre, mais si possible sans voir la fragilité des infrastructures du quotidien, la pauvreté et le chômage endémique. Là encore, que les élites dirigeantes ne s’étonnent pas de la défiance citoyenne, du désamour démocratique, de la désaffiliation avec la République qui peuvent s’exprimer chez de plus en plus de militants politiques antillais et qui se transformeront en abstention, en vote de contestation voire en manifestations explosives. La crise sanitaire qui est en train de se répandre là-bas a un coupable, le variant delta, elle a un responsable, l’amateurisme de l’exécutif qui n’a pas donné aux Antilles les moyens de se protéger. Ce virus n’est pas un cyclone, le pouvoir avait le temps de le voir arriver. Il devra répondre, seul, d’un désastre humain et économique s’il advenait.

Il devra, seul aussi, répondre, le moment venu, en avril 2022, de son mépris constant à l’égard des groupes de Français, aussi hétérogènes idéologiquement que composites socialement, qui n’ont pas souhaité obéir de façon grégaire et mécanique à sa politique économique, sociale, sociétale et sanitaire. Ces groupes ont été l’opposition politique qui aura tant fait défaut durant ce quinquennat. Leurs maladresses, excès, désorganisation, inaboutissement dans les mobilisations devraient aussi rendre plus humbles tous les partis d’opposition qui n’ont jamais été en mesure de confronter efficacement le pouvoir macronien, abandonnant une partie du peuple à des formes de contestations impuissantes qui risquent d’alimenter le sentiment d’abandon et de dégout qui permettra à la France du mépris de maintenir ses privilèges et son pouvoir.

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