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Georges Kuzmanovic: "Les États-Unis, encore une fois, humilient la France. Il est temps de riposter" Abonnés

TRIBUNE. L'abandon du "contrat du siècle" entre le français Naval Group et le gouvernement australien, au profit des États-Unis et du Royaume-Uni, a fait l'effet d'un coup de poignard au quai d'Orsay. Georges Kuzmanovic, président de République Souveraine et candidat aux prochaines présidentielles, appelle à mettre fin à la naïveté géopolitique... et à enfin riposter.

Georges Kuzmanovic: "Les États-Unis, encore une fois, humilient la France. Il est temps de riposter"


La nouvelle est tombée comme la foudre : Naval Group, dont les arsenaux historiques ont été fondés par Richelieu, perd l'historique et colossal contrat de 56 milliards d’euros relatif à la vente à l’Australie de douze sous-marins à propulsion conventionnelle de classe Attack. C’est un coup dur pour l’industrie navale française, même s’il est vrai que le projet vendu à l’Australie par Naval Group était bancal : il s’agissait de vendre des sous-marins conventionnels à partir d’un modèle de sous-marins nucléaires, le contrat dérapait, et le risque de pénalités de retard très lourdes était réel.

Mais la raison de cet échec est bien plus profonde. Elle illustre le manque de vision stratégique industrielle au sommet de l’Etat et l’incapacité des gouvernants à défendre les intérêts de la France dans un contexte international où seuls les naïfs peuvent encore croire que nos partenaires de l’OTAN ou de l’Union européenne auraient des égards à notre encontre.

Alors que le contrat Naval Group-Australie était annulé, on apprenait que les États-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni et l’Australie concluaient un accord trilatéral stratégique, appelé AUKUS, dans la zone indo-pacifique, conforme au redéploiement stratégique des forces armées étasuniennes dans cette partie du monde pour contrer l’influence grandissante d'une Chine menaçant son hégémonie. Et ce partenariat s’accompagne... de la livraison de sous-marins à propulsion nucléaire à l’Australie.

Tout cela est annoncé en visioconférence, dans une bonne humeur tout anglo-saxonne, par le Premier ministre australien Scott Morrison, le Premier ministre britannique Boris Johnson et Joe Biden. Ce dernier, présidant l’événement à la Maison blanche, s'autorise une ultime humiliation envers la France en déclarant qu'elle est importante pour la sécurité dans le Pacifique. Encore une fois, on voit confirmé le célèbre adage du général de Gaulle selon lequel les pays n’ont pas d’amis, mais des intérêts. Il serait temps que nous nous en souvenions enfin.

Bien sûr, de telles évolutions stratégiques et de tels contrats d’armement ne se décident pas sur un coin de table, la veille pour le lendemain. Soit nos services de renseignement et de guerre économique sont ineptes et ont été incapables d’informer le Président de la République, et celui-ci doit remédier à cette situation de faiblesse, soit le gouvernement savait de longue date, mais est incapable de faire front face aux États-Unis quand ceux-ci défendent leurs intérêts. Je pense qu’Emmanuel Macron est le dindon – sûrement informé et consentant – de cette farce dont est victime la France. En juin, il visitait l’Australie et se gargarisait du succès de Naval Group, alors que plusieurs observateurs avertis déclarent qu’il était déjà au courant du retournement de ses hôtes. Il a donc au mieux fait preuve de désinvolture – alors que ce genre de contrats d’armement doivent être surveillés comme le lait sur le feu –, au pire sciemment privilégié les intérêts étasuniens plutôt que français, comme il l’avait déjà fait à plusieurs reprises.

Après cette annonce, le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, est monté au créneau pour tenter de donner le change en dénonçant une « décision regrettable ». Quel aveu d’impuissance ! Ou alors est-ce le masque pathétique de complices de longue date ?

Ainsi, des sénateurs français ont déclaré que l’affaire était sans précédent. Certes, l’envergure de l’échec français l’est, mais cette méthode a été appliquée maintes fois déjà et c’est parce qu’elle a été acceptée par les dirigeants français de gauche et de droite sans broncher que les États-Unis ont continué à monter les enchères à notre détriment.

On pense évidemment à l’imbroglio de la non-vente des navires Mistral à la Russie, sous pression américaine, cédés à l’Egypte (et payés – plus ou moins – par l’Arabie saoudite) en échange d’un soi-disant juteux contrat de cinquante hélicoptères Caracal à la Pologne… laquelle achètera finalement des hélicoptères étasuniens Black Hawk. On pense aussi aux écoutes du président François Hollande par la NSA, sanctionnées par... l’injonction faite à nos militaires de se doter d’ordinateurs sous système Windows pour le nouveau ministère de Balard. On pense à la déculottée après le retrait unilatéral des États-Unis, voulu par Donald Trump, du traité de Vienne sur le nucléaire iranien, qui condamna toutes nos entreprises majeures œuvrant en Iran… alors qu'on autorisait Ford à remplacer Peugeot quelques mois après. La liste est malheureusement longue comme le bras (Alcatel, Latécoère, etc.). Pourquoi les États-Unis se priveraient-ils d'accroître leur avantage face à des dirigeants français aussi mous ?

Mais cette fois encore, point d’orgueil, pas de réaction à la mesure de cette infamie, pas de panache blanc. Le Drian a déclaré : « La décision regrettable qui vient d'être annoncée (...) ne fait que renforcer la nécessité de porter haut et fort la question de l'autonomie stratégique européenne. Il n'y a pas d'autre voie crédible pour défendre nos intérêts et nos valeurs dans le monde ». Mais de quelle « autonomie stratégique européenne » parle-t-il exactement ? Celle de la défense européenne dont tous les textes cadres précisent qu’elle est inféodée à l’OTAN ?

C’en est même fini des éventuelles rétorsions de l’Union européenne vis-à-vis du Royaume-Uni de Boris Johnson à la suite du Brexit : l’Union ne sera jamais autorisée à sévir réellement contre une Grande-Bretagne dont le partenariat stratégique avec les États-Unis est clairement réaffirmé. D’ailleurs, Boris Johnson caracole et déclare : « Le Royaume-Uni, l'Australie et les États-Unis vont être liés encore plus étroitement, ce qui reflète le degré de confiance entre nous et la profondeur de notre amitié. » Le soi-disant isolement international après le Brexit prédit par la Commission européenne et Emmanuel Macron aura été un vain espoir des européistes les plus béats.

Par ailleurs, l’export par les Etats-Unis de sous-marins à propulsion nucléaire banalise dangereusement ce type de matériels militaires supposément ne devant pas proliférer. Or, dans le domaine de la propulsion nucléaire, puisque les règles internationales changent par la volonté unilatérale des USA, la France dispose encore d’un savoir-faire reconnu et de pointe, à l’inverse de ses concurrents traditionnels allemands et italiens. Il est nécessaire de l’avoir à l’esprit pour prévenir tout nouvel transfert de souveraineté vers l’union européenne dans ce domaine. C’est d’ailleurs, le danger qui nous guette si on se réfère au propos de Jean-Yves Le Drian cité plus haut. Le 1erjanvier prochain, la France prendra la présidence du Conseil de l’Union européenne, ce sera le moment idéal pour Emmanuel Macron de faire une proposition dont il a le secret pour avancer son projet de construction d’une improbable « souveraineté européenne » : affirmer que Naval Group n’aurait pas la taille critique pour affronter les océans de la mondialisation et qu’il serait urgent de constituer le « futur Airbus des sous-marins » avec l’Allemagne ou l’Italie – ce qui aurait la même conséquence que pour Airbus, ou KMW-Nexter ou encore le projet SCAF, un effondrement de notre industrie de défense.

À la Maison blanche, l’hilarité doit être de mise au souvenir du tweet d’Emmanuel Macron félicitant Joe Biden et Kamala Harris pour leur victoire à l’élection de novembre dernier et les enjoignant à « œuvrer ensemble ». Ou alors on y pense avec émotion à ce brave petit Frenchy qui a bien servi les intérêts étasuniens.

C’est en effet Emmanuel Macron qui fut le grand ordonnateur de la vente d'Alstom à General Electric, et pas réellement dans l’intérêt de la France – il a, au passage, permis à ses bons amis de Bouygues, de la Banque Rothschild et de la Bank of America de faire de considérables bénéfices –, ainsi qu’on peut le lire entre les lignes du rapport parlementaire sur cette vente, rédigé par le député LR Olivier Marleix. Alain Juillet, l’ancien haut responsable pour l’intelligence économique en France, avait clairement montré que la vente du fleuron industriel français Alstom était « une perte de souveraineté » essentielle à la République française. En effet, il ne s’agissait pas moins que du transfert aux États-Unis de la production des turbines mouvant les sous-marins français à propulsion nucléaire, clef de voûte de la dissuasion nucléaire française, soit une faute politique majeure – mais le fautif fut élu Président de la République. Il serait malheureux et tragi-comique que les brevets d’Alstom soient utilisés sur les engins que les États-Unis et le Royaume-Uni viennent de vendre à l’Australie. Mais cette coïncidence explique peut-être le caractère pathétique de la réponse française à l’affront étasunien.

Un gouvernement digne de ce nom, ayant à cœur de défendre les intérêts de la France et de son peuple, riposterait immédiatement. Le général de Gaulle, qui connaissait bien nos amis américains, savait qu’ils ne respectent que ceux qui ont le courage de leur tenir tête, et il n’a pas hésité à le faire à maintes reprises. C’est ainsi qu’il faudrait réagir à cette provocation : en signifiant à nos partenaires américains que le pillage doit cesser. La meilleure riposte serait de sortir immédiatement du commandement intégré de l’OTAN, pour montrer que la France est de retour et ne se laissera plus faire.

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