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Crise des sous-marins : Macron, vassal docile de Bruxelles et de Biden Abonnés

ARTICLE. Joe Biden et Emmanuel Macron se sont appelés mercredi 22 septembre pour résoudre la crise diplomatique entre les deux pays. À l’issue de l’entretien, les deux pays ont publié un communiqué commun où la part belle est laissée à l’Europe et à la place de la France dans le dispositif géopolitique américain pour l’Indo-Pacifique.

Crise des sous-marins : Macron, vassal docile de Bruxelles et de Biden


France : 3 — Europe : 6. Ce score représente le nombre d’occurences des mots « France » et « Europe » dans le communiqué commun (d’une vingtaine de lignes) co-signé par Paris et Washington. Plus précisément : entre le président français Emmanuel Macron et son homologue américain Joe Biden. Devant la crise diplomatique que traversent les deux pays depuis l’abandon de la vente pour 56 milliards d’euros des sous-marins français à l’Australie poussée par les États-Unis, le successeur de Donald Trump avait tenu à joindre le chef d’État français. Ce communiqué conjoint place l’Union européenne (pas la France) au cœur des enjeux géopolitiques à venir dans la région Indo-Pacifique. Une Union européenne qui a pourtant été plus qu’inaudible alors que la crise diplomatique battait son plein.

Joe Biden a tout d’abord admis que pour éviter les tensions, « des consultations ouvertes entre alliés sur les questions d’intérêt stratégique (…) auraient permis d’éviter cette situation ». Facile. Au-delà de cette contrition (de façade ?) louée par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal ce jeudi matin sur France Inter, les deux chefs d’État apportent une précision notable. Cette consultation aurait dû concerner « la France et les partenaires européens ». Comme un symbole, les deux présidents envisagent une rencontre au mois d’octobre. Non, pas en France, pourtant pays outragé, mais « en Europe ». Ils y valideront un « processus de consultations approfondies, visant à mettre en place les conditions garantissant la confiance et à proposer des mesures concrètes pour atteindre des objectifs communs ». Beaucoup de mots pour ne pas dire grand-chose à l’arrivée. On commence à s’y habituer.

Vassalisation consentie ?

Si les États-Unis réaffirment « que l’engagement de la France et de l’Union européenne dans la région Indo-Pacifique revêt une importance stratégique », ils précisent qu’il se fait dans « le cadre de la stratégie de l’Union européenne pour la coopération dans la région Indo-Pacifique ». Le rôle incontournable de la France dans la région se voit ainsi effacé derrière l’Union européenne. Sans que l’on comprenne bien de quelle légitimité ils se saisissent pour exprimer cette bienveillance confinant à la condescendance, les États-Unis « reconnaissent également l’importance d’une défense européenne plus forte et plus capable »qui contribuerait « positivement à la sécurité globale et transatlantique et est complémentaire à l’OTAN ». L’Amérique se permet donc de donner leur avis sur le débat qui entoure la défense européenne, comme elle accorderait des bons points à un élève bien docile. Le tout avalisé par Emmanuel Macron, qui n’est plus à une humiliation près dans ce dossier.

C’est la diplomatie française qui a dû convaincre l’Union européenne que le camouflet infligé à l’Hexagone allait au-delà d’un simple désaccord commercial. Manifestement, la diplomatie européenne n’avait pas alors conscience qu’au travers de cette vente de sous-marins annulée se jouait l’avenir géopolitique de la région indopacifique concernée par le pacte de sécurité — AUKUS — conclu entre les États-Unis l’Australie et le Royaume-Uni. Lundi 20 septembre, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’était enfin manifestée et s’était fendue, sur la chaîne américaine CCN, d’un commentaire frileux, en jugeant que le traitement infligé à la France avait été « inacceptable ». Elle avait également exigé des éclaircissements : « Nous voulons savoir ce qui s’est passé et pourquoi ». Le même jour, en marge de l’Assemblée générale annuelle de l’ONU, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a également donné de la voix, qualifiant la séquence d’évènement allant « à l’encontre de tous les appels à plus de coopération avec l’Union européenne dans l’indopacifique ». On râle, mais on ne se mouille pas trop.

Grands discours et petits communiqués

Pour autant, il n’est pas question d’attaquer de front l’Amérique de Joe Biden. Ce dernier en est d’ailleurs parfaitement conscient. L’UE comporte en son sein des pays particulièrement atlantistes, notamment la Pologne ou les Pays baltes. L’Allemagne n’a pas non plus envie de froisser celui qui est le premier importateur de ses produits. En guise de sanction, le conseil "Commerce et technologie" qui doit avoir lieu en Pennsylvanie entre l’Union européenne et les États-Unis fin septembre pourrait non pas être annulé, mais simplement reporté de plusieurs jours. On a évidemment connu réactions plus fermes. En revanche, l’Australie pourrait payer pour Joe Biden et son administration. Bruxelles envisage de reporter à une date indéfinie l’accord de libre-échange négocié en ce moment entre l’UE et Canberra.

Cette crise était française. Emmanuel Macron a tenu à en faire un enjeu européen, avec les encouragements de l’Amérique. « Ensemble, on est plus fort », nous serine-t-on depuis des décennies. L’absence de réaction forte de l’UE ne peut qu’alimenter la condescendance qui transparaît dans chacune des interventions de Joe Biden à l’international. Mais comme à chaque accroc qui concerne de près ou de loin l’Union européenne, des voix s’élèvent, comme celles de Clément Beaune, pour réclamer plus d’Europe. Le secrétaire d’État chargé des affaires européennes a estimé cette semaine à Bruxelles que l’Europe et ses membres devaient « être plus souverains, plus autonomes, plus capables de défendre nos intérêts ».

Une vision chimérique de l’Europe, donc. Quelles que soient désormais les déclarations de Bruxelles et de ses partisans, le silence de l’Union européenne pendant les cinq premiers jours de la crise en a dit plus long que ces grands discours. Ou que ces petits communiqués !



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