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La France schizophrène Abonnés

OPINION. La réaction chaotique de la France à la crise sanitaire a révélé l’état schizophrénique vers lequel notre civilisation évolue. Écartelés entre craintes et aspirations contradictoires, le gouvernement et le peuple peinent à trouver leurs repères et à fixer un cap.

La France schizophrène


Depuis quelques mois on compte chaque jour les cas positifs, les morts, le nombre de tests. Certains, plus honnêtes, tentent de compter également les dégâts encore peu tangibles : suicides d’enfants, fermetures d’entreprises, séparations de couples. Dans une société où tout ce qui ne peut pas être chiffré n’existe pas, où tout ce qui ne rentre pas dans une case administrative ne sera jamais pris en compte, où seuls le pro et l’anti ont voix au chapitre, il est au contraire de notre responsabilité de tendre l’oreille pour entendre ce qui est enfoui.

Et ce que l’on constate, c’est un mal-être qui explose à tous les niveaux de la société. Depuis les adultes qui ont dû gérer les chamboulements de la vie professionnelle et familiale jusqu’aux aînés qui vivent dans la crainte de la maladie et maintenant les enfants qui se voient appliquer les mêmes règles contraignantes que les adultes, dans un moment où ils doivent pourtant se construire en faisant l’expérience de la liberté, la souffrance est là. Elle s’exprime de manière différente, mais de plus en plus exacerbée : on prend position de manière virulente pour ou contre, on s’énerve plus facilement contre les autres, ou bien on enfouit toujours plus profondément ses sentiments en tombant dans une apathie morbide. Si encore les efforts demandés étaient constants et clairs, dans un objectif commun précis : celui de vivre en bonne humanité.

Comme des électrons ivres

Aujourd’hui, les exigences contradictoires sont telles qu’on se demande encore comment la France, ce grand corps schizophrène, tient encore debout. Pour ceux qui avaient compris les revendications initiales des Gilets jaunes, il est évident que la pandémie n’est qu’un catalyseur des problèmes qui grandissent depuis bien longtemps en France. De manière plus générale, les Français deviennent fous sous l’effet de la différence entre les annonces de façade et la réalité. Entre les promesses de justice et d’égalité et les incivilités qu’ils subissent au quotidien. Comment supporter plus longtemps, non seulement de se faire voler son vélo, casser sa voiture ou cambrioler sa maison, mais en plus devoir subir coup sur coup l’impuissance de la police lors du dépôt de plainte et l’inhumanité des démarches d’assurance et de banque pour obtenir réparation. L’honnête citoyen se sent démuni et les restrictions liées au coronavirus ont eu raison de ses dernières échappatoires, au restaurant entre amis, en famille à Noël et même simplement pour faire du sport ! La succession de mesures contradictoires (masques ou pas masques, vaccination pas obligatoire puis une, deux et trois doses, fermer puis ouvrir les commerces, etc.) et d’annonces catastrophistes pour les faire accepter — se révélant finalement fausses — ne semble pourtant pas entamer la confiance d’une grande partie d’entre nous envers nos dirigeants. Comme si la recherche du confort matériel et moral était plus forte que la pénibilité liée à l’application de décisions stupides. Se rendre malade plutôt que de changer de comportement, voilà la maxime moderne.

Cette société qui se dit fatiguée ne cesse en effet de courir dès qu’on lui permet à nouveau : après les derniers objets à la mode, après le plan de carrière, après le toujours plus grand, plus luxueux, le toujours plus photogénique. Elle se fatigue aussi à longueur de journée pour des causes contradictoires : comment être à la fois pro-mondialisation et se revendiquer écologiste à longueur de journée sans comprendre que c’est justement l’explosion des flux (d’hommes, d’argent et de données) qui tue la planète ? Comment peut-on être en quête de l’épanouissement personnel en poussant l’individualisme au maximum dans ses pratiques amoureuses, sociales et professionnelles alors que le bonheur est une question d’harmonie ? Pourquoi ne cesse-t-on d’admirer ce qui fait la différence chez les autres cultures tout en détruisant notre propre identité et les piliers de notre civilisation ? L’esprit et le corps tiraillés par tant d’incohérences, les Français zigzaguent et s’entrechoquent comme des électrons ivres.

Le plus terrible c’est que cette schizophrénie s’est propagée par le haut, depuis ceux qui sont censés donner l’exemple et le cap. Les outils de communication de masse ne servent depuis quelques décennies qu’à faire passer leurs déviances pour la normalité. Les valeurs se sont inversées peu à peu et l’important est passé du fond à la surface des choses. Le paraître prend le pas sur l’être, l’argent sur le temps, la mesquinerie sur l’honneur. Une élite gâtée et capricieuse, totalement déracinée, a fait passer ses désirs pour des droits. Et voilà que l’on se retrouve avec une société française écartelée où l’on souhaite l’impossible, détruisant ainsi le réel. La liste est infinie de ces revendications modernes irréconciliables : l’égalité par la concurrence, le clocher sans la croix, le présent sans le passé, le pouvoir sans Weinstein, Nespresso sans les dosettes, l’amour sans la haine, Mélenchon sans Le Pen. Il ne faut pas s’y tromper, nombreux sont les gagnants — au moins financièrement — de cette fuite en avant.

Retrouver la noblesse des aspirations humaines

En plongeant la population dans la peur et l’incertitude permanente, il est prouvé scientifiquement que les comportements compulsifs deviennent plus fréquents et qu’ils sont plus facilement influençables. En corrompant les buts, cette élite accapare les moyens. Il faut dire que, ne subissant jamais les conséquences de leurs contradictions (ils continuaient de voyager, de dîner au restaurant quand tout était fermé par leurs soins ; ils vivent dans les quartiers préservés de la misère qu’ils importent ; ils accaparent l’argent public durement gagné et le font même ruisseler vers leurs intérêts privés), nos dirigeants sont donc tentés de poursuivre toujours plus loin leurs obsessions. Si l’Europe ne marche pas, c’est qu’il n’y a pas assez d’Europe ; si le vaccin ne marche pas, c’est qu’il faut encore une dose ; si l’immigration est un échec, c’est qu’il faut ouvrir encore davantage les vannes. Pourquoi cette schizophrénie ne nous mènerait-elle pas plus loin encore ? Si les différences de couleurs de peau continuent de poser problème alors, créons une seule race ; si les États continuent de se chamailler alors, laissons les grandes entreprises prendre les rênes de la gouvernance mondiale au nom de l’efficacité ; encore mieux : si l’humain continue d’être mauvais et de détruire la planète alors il faut le télécharger sur le « metaverse » de Marck Zuckerberg ou dans les navettes spatiales de Jeff Bezos. Voilà le monde plat et inhumain qui risque de naître.

La recette est donc simple : il s’agit de retrouver la noblesse des aspirations humaines pour échapper à l’aliénation des moyens. L’État doit se démachinifier, se désadministrer pour laisser la place à l’Homme. S’en remettre à des algorithmes et des QR codes pour sauver ce qu’il reste de vie humaine, c’est déjà abandonner tout espoir de vie véritablement humaine. Nous devons collectivement retrouver le plaisir de faire ensemble, et redonner au temps sa valeur suprême. C’est le temps et l’humain qui s’allient pour bâtir la confiance, la beauté et la vertu d’une société saine. Il est venu à nouveau le moment annoncé par Antoine de Saint-Exupéry : « il est arrivé parfois qu’un désastre ayant détraqué la belle machine administrative, et celle-ci s’étant avérée irréparable, on lui a substitué, faute de mieux, de simples hommes. Et les hommes ont tout sauvé. »

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Arménie
A Marseille, Michel Onfray et Stéphane Simon s’engagent à nouveau pour l'Arménie Gratuit
La rédaction
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Michel Onfray et Stéphane Simon ont tenu à marquer à leur manière le triste anniversaire de la défaite des Arméniens de l’Artsakh (Haut-Karabakh). En répondant à l’invitation de SOS Chrétiens d’Orient, pour une table ronde consacrée au conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ils ont pu converser avec Guy Teissier, député LR des Bouches du Rhône à l’origine de la reconnaissance du Haut-Karabakh par la France et François-Xavier Gicquel. L’occasion pour les fondateurs de Front Populaire de réitérer leur plein soutien à l’Arménie, engagée selon eux dans une « véritable guerre de civilisation ».