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Bernard Tapie, improbable ruffian Abonnés

OPINION. Ce matin, nous avons appris le décès, à 78 ans, de Bernard Tapie. Politique, affairiste, aussi fin débatteur que magouilleur... Que laisse-t-il derrière lui ? Par Régis de Castelnau.

Bernard Tapie, improbable ruffian


Comme ça, Bernard Tapie est mort. Nanard himself, improbable ruffian sorti de nulle part pendant les « années-fric » à qui courage, talent, absence de scrupules et d’illusions sur les hommes ont permis de faire tout et n’importe quoi.

Courage, parce que comme le décrivaient « les Guignols » du siècle dernier quand ils étaient encore drôles, « Nanard était sévèrement burné ». Talent, il suffisait de voir comment il écrabouillait systématiquement ses interlocuteurs dans les débats télévisés pour en être convaincu. Pour l’absence de scrupules, la lecture des quelques livres qui lui ont été consacrés est suffisamment édifiante. Bernard Tapie a même réussi à faire mentir l’écrivain Jean Ray qui disait : « il n’y a que la fortune pour faire d’un ruffian un honnête homme soumis aux lois » Doublement, parce que tout d’abord le saltimbanque, même richissime a continué à prendre des libertés avec le droit et la morale. Mais aussi, parce que l’entreprise de spoliation dont il a été la victime n’a pu se mener que par la violation par l’État de sa propre légalité. Et ce genre de forfaiture, il n’y a pas de quoi trouver ça formidable.

Bernard Tapie a été victime il y a plus de 20 ans, de la part du Crédit Lyonnais, d’une incontestable escroquerie à l’occasion de la vente de la société Adidas. Il s’en est remis à la Justice pour être rempli de ses droits, mais malgré l’évidence, il s’est heurté à la durée interminable des procédures. Il a donc préféré passer par un arbitrage qui lui a rapporté des sommes certes très importantes, mais sans commune mesure avec ce qu’il aurait pu obtenir au bout de la procédure. C’est-à-dire quelques années après son décès…

Après l’arrivée au pouvoir de François Hollande, la décision a été prise de faire rendre gorge à l’ancien ministre de François Mitterrand passé chez Sarkozy. Et acrobaties judiciaires après acrobaties judiciaires, ses ennemis ont réussi à le mettre à poil. Il fut possible encore une fois, à l’occasion d’une audience adjacente devant une juridiction belge, de mesurer le courage et le goût du combat d’un Bernard Tapie méconnaissable atteint d’un cancer de l’estomac. Il s’était trouvé une chambre correctionnelle du tribunal de Paris pour faire preuve de courage et le relaxer. Cela est assez rare pour être salué. Le parquet avait naturellement fait appel et la décision de la Cour sera rendue mercredi. L’enjeu sera le même qu’en première instance : respect du droit ou vendetta judiciaire. Allez savoir pourquoi, mais je penche pour la deuxième hypothèse.

Bernard Tapie une fois mort mérite autre chose que des injures, même s’il ne faut pas plaindre une victime qu’il ne fut pas. Alors, on va simplement lever son chapeau au passage du cortège funèbre. Et passer à autre chose.

Publié le 3 octobre 2021
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