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Combattre le dépérissement français en 2022 : les causes (partie 2) Abonnés

OPINION. Pour le camp souverainiste, la prochaine présidentielle sera une élection charnière dans la crise existentielle que traverse notre pays. Avant de combattre le dépérissement français, analysons-en les causes.

Combattre le dépérissement français en 2022 : les causes (partie 2)

Dans la première partie, nous avons dressé le constat du dépérissement français. Il est désormais nécessaire d’en appréhender les causes pour mieux les combattre. Ces causes sont de même nature, même si elles ont des origines différentes : la perte de liberté est parfois externe, mais elle peut être aussi interne. La perte de liberté externe c’est l’attribution de pouvoirs décisionnaires à des entités extra-nationales, non démocratiques, comme l’UE, l’OMC, la CEDH. Et l’OTAN, qui a embringué la France dans les aventures stupides, en définitive inutiles (sanctions contre la Russie), si ce n’est contre-productives (Syrie, Libye), quand elles n’ont pas endeuillé des familles françaises (plus de quatre-vingt-dix morts français en Afghanistan et des centaines de blessés).

Mais si la France est malade de sa soumission à des entités internationales (cf. notre précédente chronique sur Front Populaire), les Français le sont aussi du dépérissement de leur pays à cause de la perversion de leur république. Il en résulte une perte de confiance, une anomie, ou même une défiance de plus en plus vive à l’égard de l’ensemble du système politique, administratif, juridique, judiciaire, médiatique. Ce que la Caste méprisante ne manque pas de leur reprocher !

Les causes du dépérissement politique

On daube souvent la IVe république pour ses gouvernements fugaces : quelques mois de durée parfois. Mais pendant que les politiciens jouaient entre eux, les Français d’après guerre reconstruisaient leur pays qui devint très riche. Puis la France a subi aussi, pendant 59 ans (de 1958 à 2017), un autre régime des partis ; deux partis seulement : la droite parlementaire et l’union de la gauche (en 1981). La France est ainsi devenue un pays figé, toujours à cause des partis et du système électoral qui a installé durant 60 ans un duopole politique : le FN/RN piétine depuis 30 ans. Seul Emmanuel Macron a réussi son imposture, financé par de gros intérêts discrets, et aidé par l’effet répulsif de Marine Le Pen et de son père. La loi électorale avec son mode de scrutin majoritaire à deux tours a bloqué, jusqu’en 2017, la vie des idées politiques, ce qui s’est traduit par un grand conformisme politique (ne parlait-on pas alors d’« UMPS » ?). Emmanuel Macron en a proposé une traduction concentrée, parfaite, relookée, une sorte de parti unique avec un discours inconsistant, flou, et attrape tout, servi par un bon acteur. Un grand enfumage.

Or désormais quatre millions de nos concitoyens ne sont plus inscrits sur les listes électorales, guère plus de la moitié seulement des 46 millions d’électeurs inscrits votent et, parmi ces derniers, un nombre important et croissant vote blanc ou nul (près de 2 millions)… Cela signifie que 60 % des Français en âge de voter ne se sentent plus concernés par la vie politique de notre pays. Ce sont eux qui détiennent le sort de la France entre leurs mains. Encore faudrait-il ajouter que, sur les 40 % qui s’expriment, ce sont les candidats d’un des gros partis duopolistiques, représentant au premier tour guère plus d’environ 10 % des Français » réels », qui l’emporteront. Aucune démocratie ne peut survivre à cette tragique farce. Mais les énarques, gens sans vrai métier, et désormais sans grande culture, se satisfont d’un système qui leur permet de jouer la carte de leur carrière ; ils sont surreprésentés dans les couloirs des ministères pleins d’intrigues.

Les causes du dépérissement juridique, administratif et judiciaire

Pendant des siècles, le droit fut, avec la religion (dont il était d’ailleurs une traduction humaine), la grande référence politique, économique et sociale. Le droit-jus était le reflet pratique du droit naturel. Cela lui conférait une grande stabilité et un grand respect par les juges d’avant. Pour juger une cause, ces derniers recherchaient avant tout l’esprit des lois (Montesquieu) et des droits (Josserand), leurs fondements profonds, vénérés avec beaucoup d’humilité.

Désormais la Cité (et ses hommes de loi) croule sous une monstrueuse prolifération anarchique de textes de loi, proposés par des ministres incompétents et avides de reconnaissance, rédigés par les légistes approximatifs, et votés par une Assemblée nationale ignare ou servile. Cette logorrhée pseudo-juridique est souvent incompréhensible, lacunaire, inapplicable, ou simplement inutile et confusionnante (réforme du Code civil). Et cette plaie est encore surinfectée par les directives et règlements européens qui s’y superposent. De plus, la masse informe des lois mute sans cesse au gré des changements ministériels, chaque ministre voulant laisser sa marque.

Ce grand désordre législatif a permis et aggravé le désordre judiciaire. Plusieurs facteurs y ont contribué :

● D’abord, le mépris budgétaire dans lequel est tenue la Justice, pourtant garante de ce bien précieux qu’est l’état de droit, et donc de la confiance des citoyens dans la République. Le budget de la justice est le pire de tous les pays européens et aboutit à un manque de juges, de personnel et une diminution du nombre et de la proximité des tribunaux. Quant à la place que le budget français consacre à la justice, la Commission européenne (avril 2019) relève qu’il est moitié moindre (avec 72 € par habitant) qu’en Allemagne (146 €) et loin du Royaume-Uni (155 €). Comme par hasard, ce sont l’une, un modèle économique, l’autre un modèle démocratique…

● Ensuite, la conjonction de législations profuses et confuses avec les insuffisances judiciaires, génère des décisions de plus en plus mauvaises tant pour les délais de réponse, que pour la technique juridique et l’équité (les 70 000 avocats le constatent et s’en désolent). Mauvaises à tel point qu’un des palliatifs est, très officiellement, l’encouragement à la conciliation, la médiation, la transaction… C’est-à-dire l’effacement du juge.

● En outre, la qualité des juges a baissé. La qualité technique du raisonnement d’abord : il n’est que de lire des décisions d’il y a 40 ou 50 ans pour en être convaincu. La cause en est la baisse intellectuelle des facultés de droit et le formatage par l’école de la magistrature. La qualité des relations avocats-juges n’a cessé de se dégrader pendant que l’opinion publique a une opinion de plus en plus exécrable de la justice de la République. Les scandales (Outreau, Mur des cons, Fillon…) et la gangrène du corps judiciaire par des vices rarissimes il y a 50 ans (servilités politiques des deux bords, juges rouges du Syndicat, réseaux divers, affairistes, corrompus) ont dévalué l’image de l’ensemble de la profession, ce qui est certes injuste pour la majorité des juges vertueux, mais semble désormais irrattrapable. Car les juges demeurent ultra-protégés par leur statut d’irresponsabilité juridique et par leurs réactions de protection corporatiste. En même temps sévissent un carriérisme et un caporalisme centralisé. La hiérarchie demande du rendement en nombre de décisions, ce qui est stupide s’agissant de dire le bon droit (opération inévitablement posée et lente) et pousse de nombreux juges consciencieux à la rupture.

● En termes de confiance et de respect de l’institution judiciaire, le résultat est catastrophique : les Français très majoritairement n’ont plus confiance dans leur justice. Selon une étude de la Commission européenne, pour le budget de la justice rapporté au PIB la France se classe 37e sur 45 pays européens. Et si on considère le rapport du budget au nombre d’habitants, la France est 18e (61 € par habitant et par an), loin derrière l’Allemagne (114 € par habitant et par an), l’Angleterre (98 €), la Belgique (89) ou encore l’Italie (77). Un sondage IFOP (oct. 2019) sur ce point affirme qu’à peine plus de la moitié des Français font confiance à la justice, les 2/3 estiment qu’elle fonctionne mal et seulement la moitié estiment que les juges ont « une conduite moralement irréprochable » et qu’ils sont « indépendants des intérêts économiques ». Et beaucoup de justiciables hors des critères de l’aide juridictionnelle ne peuvent pas supporter le coût de procédures : une justice coûteuse cela veut dire que des citoyens sont privés de l’état de droit alors que la justice est supposée être gratuite. Tout cela est très grave, intolérable.

● Enfin, il y a l’intrusion de l’ordre juridique supranational (anti-souveraineté) qui vient imposer ses règles, non votées par le peuple français, aux juges de la République. Un grave oxymore politique.

Ainsi, pour la CEDH, le protocole numéro 16 développe la compétence de la Cour européenne des droits de l’homme pour l’interprétation ou l’application des droits et libertés définis par la Convention ou ses protocoles. Certes, ni cette procédure ni les avis rendus ne sont supposés lier le juge national, mais rapidement ce mauvais pli a été pris. Ainsi, aussi, pour l’Union européenne (art. 267/280 du TFUE). Mais l’intrusion est ici bien plus grave, car « lorsqu’une question [sur l’interprétation des traités] est soulevée dans une affaire pendante devant une juridiction nationale dont les décisions ne sont pas susceptibles d’un recours juridictionnel de droit interne, cette juridiction est tenue de saisir la Cour. » Cela concerne même, en partie, les questions de politique étrangère (art.275) ! Et les arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne ont force exécutoire en France (art.280).

Les causes du dépérissement médiatique

La presse a pour mission d’utilité publique d’informer objectivement le citoyen, et, par les chroniques ou les débats, de l’aider à se forger une opinion. Trois maux minent la presse : la politisation, la financiarisation, la « sous-pipolisation » (émissions débilitantes aux heures de grande écoute). À quelques mois d’une élection présidentielle dont chacun comprend qu’elle sera décisive pour la sauvegarde du pays, tous voient bien que la caste médiatique qui a fait prospérer la pensée unique (et qui a en fait ses choux gras) se raidit en même temps qu’elle se réduit, alors que différents médias dissidents volent de succès en succès : les citoyens votent avec leur télécommande et leur souris. L’esquisse d’une solution, qui sera le sujet de la troisième et dernière partie de cette chronique sur la souveraineté française en 2022.

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