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Démantèlement de Fessenheim : peut-on encore faire machine arrière ? Abonnés

OPINION. Même si la mission d’information sur le suivi de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim a rendu son rapport mercredi dernier, tout n’est peut-être pas perdu pour les partisans de sa réouverture.

Démantèlement de Fessenheim : peut-on encore faire machine arrière ?


L’achèvement de la préparation au démantèlement proprement dit des infrastructures industrielles de Fessenheim appelée Full System Decontamination (FSD) est l’étape du chantier qui, une fois franchie, rendra définitivement irréversible l’indisponibilité des deux tranches.

La vocation de cette FSD est de débarrasser les équipes d’intervention, l’environnement, déchets et effluents de contaminations « labiles ou non fixées » et « fixées ». Après s’être déposées sur un support, sous forme d’aérosols, de poussières ou de liquides, les premières dites superficielles peuvent être facilement remises en suspension. Le risque de leur dispersion est, de ce fait, élevé, lors d’opérations de démantèlement nécessitant par exemple des découpes mécaniques.

Les contaminations « fixées », quant à elles, sont des contaminations intégrées au support ou à sa couche superficielle — couche de corrosion ou de peinture… — qui ne peuvent être éliminées que par arrachage ou par érosion de cette couche. Dans le cas du lessivage du circuit primaire, cette opération confère un caractère rédhibitoire à la possibilité de réutiliser ce dernier.

Le FSD du scénario de démantèlement de Fessenheim a certes privilégié une décontamination chimique douce en N cycles d’oxydoréduction suivis d’un rinçage et d’un traitement des effluents sur résines échangeuses d’ions. Mais même s’il n’a pas fait appel à la chimie dure, il y a plus qu’urgence à stopper le chantier, avant la mise à exécution de cette décontamination signant la mort définitive des deux tranches. Or, ainsi qu’en atteste le planning ci-dessous, l’opération doit commencer courant mars 2022 et s’étaler sur les deuxième et troisième trimestres de l’an prochain.

Il n’y a donc plus une minute à perdre pour y faire barrage, peut-être — pourquoi pas ? — en introduisant un recours parasite dans l’instruction du volet règlementaire de cette phase décontamination, en cours jusqu’à mars 2022.



Mais c’est plus sûrement des syndicats d’EDF, des personnels de la centrale, des collectivités territoriales et locales élues et de la population alsacienne la plus large possible, en soutien public et ostensible des premiers, qu’une communauté française récemment prise à la gorge est en droit d’attendre qu’ils se chargent de mettre à exécution ce blocage. Car le piège qu’a sournoisement tendu une camarilla écolo socialiste complaisamment accompagnée par les amis de Chirac et de Sarko, depuis la fin des années 90, vient non seulement de se refermer sans échappatoire possible sur cette communauté, mais en plus, nombre de compatriotes ne vont avoir d’autre choix qu’en payer des années durant le prix de leur confort, de leur santé et même, pour certains, de leur vie. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter l’édifiant état des lieux réalisé par l’Ifrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques).

Le drame, c’est qu’on ne remet pas à niveau en quelques mois un potentiel national de production électrique aussi dégradé, de même qu’on ne fait pas facilement un sort au dévoiement commercial aggravant cette situation, née d’une volonté bruxelloise souveraine à Élysée et à Matignon. Et ce n’est pas le grotesque bouclier tarifaire de Castex, paraît-il, financé par les recettes exceptionnelles tirées des énergies renouvelables (!), qui peut durablement épargner à nos compatriotes les plus déshérités la pénible condition qui les attend. C’est pourquoi seule la remise en service rapide des deux tranches de Fessenheim est décemment en mesure de limiter des dégâts économiques et sociaux s’annonçant considérables, dans les délais requis.

Ainsi, les finances publiques se souviendront-elles longtemps des trois drapeaux que l’inénarrable ambassadrice des pôles leur aura plantés, au cours d’une délétère carrière politique loin d’être achevée. Après celui, notoire, planté à la région Poitou-Charentes, il conviendrait d’ajouter à celui des 4 à 6 millions d’euros de remboursement des 44 radars et des 5 portiques détruits en 2013 par les bonnets rouges le coût des séquelles des Gilets jaunes que son obsessionnelle marotte écolo fiscale a indéniablement induites.

Heureusement, il est encore possible qu’une inébranlable détermination populaire et/ou politique parvienne comme ci-après à épargner aux finances publiques certains préjudices du troisième drapeau en cours d’agrégation :

● Reconsidération du dédommagement consenti par EDF à des partenaires allemands et suisses rétablis dans leurs droits contractuels de tirage sur la production de Fessenheim — à hauteur de 17 % pour les premiers et de 15 % pour les seconds — trop heureux d’être rétablis par les temps qui courent !

● Rétablissement d’une production énergétique annuelle d’au moins 12 TWh dont il a été établi que pallier à leur absence va coûter, chaque année, à la collectivité nationale au moins 1 milliard d’euros supplémentaires, si l’on se réfère à une durée de vie de ces tranches de 50 ans, et près de 2 milliards d’euros dans le cas d’une d’une durée de vie poussée à 60 ans, comme à la centrale de référence de Beaver Valley aux USA, soit, au total, une ardoise d’au moins 10 milliards d’euros. Cette estimation repose sur l’hypothèse selon laquelle les TWh nucléaires précédemment produits à quelque 30 euros/MWh seraient compensés pour moitié par des éoliennes maritimes et terrestres au coût moyen de 150 euros/MWh (220 pour l’off-shore et 80 pour le terrestre), et, pour moitié, par de l’électricité provenant de centrales à cycle combiné au gaz, soit 110 euros/MWh (avec un coût du carbone de 50 €/t).

Certes, il faudrait déduire d’une telle restauration des profits à venir le coût des nécessaires travaux de remise à niveaux de sûreté du site, de même que celui des engagements pris et des dépenses déjà faites dans le cadre du programme de démantèlement. Mais, outre que ces dédommagements ne seraient pas accordés en pure perte, comme ce fut le cas pour les portiques et les radars, la remise en état de marche des deux tranches donnerait un salutaire grain à moudre à une économie locale et à la dynamique industrielle concernée en totale capilotade.

Le vent de l’opinion étant en train de tourner, il y a désormais fort à parier que la plupart des favoris à l’élection présidentielle considèrent recevable la revendication de ce projet, sous réserve d’examen sérieux de sa faisabilité. C’est pourquoi tout doit être fait sans délai pour empêcher que le franchissement de l’étape de décontamination chimique des circuits primaires ne rende cet examen sans objet.

L’heure n’est donc plus aux postures médiatiques, ni au foisonnement de bavardages se neutralisant les uns les autres dans des délais de plus en plus courts, mais à combattre directement les errements socio-économiques menaçant à court terme les intérêts vitaux la société française : c’est donc le moment ou jamais de s’y coller, car notre démocratie électorale se déconsidérerait gravement en n’acceptant pas d’empêcher que les conséquences d’une forfaiture politique ne deviennent irréversibles, au moins par respect du corps électoral qui l’a combattue et auquel cette démocratie devrait être tenue de donner une seconde chance, en avril 2022.

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