International
Algerie
La diaspora algérienne en France, une arme diplomatique pour l’Algérie Abonnés

ARTICLE. Entre Paris et Alger, les tensions se suivent et commencent à se ressembler. Le 20 octobre, le Quay d’Orsay a appelé l’Algérie à respecter la souveraineté française, en réaction aux propos de l’ambassadeur d’Algérie en France, la semaine précédente. Le diplomate appelait la communauté algérienne en France à peser au niveau de la politique de l’Hexagone…

La diaspora algérienne en France, une arme diplomatique pour l’Algérie

Dans un contexte pour le moins tendu avec Paris, l’ambassadeur d’Algérie en France s’est permis une bien étrange sortie. Lors d’une commémoration de la répression meurtrière d’une manifestation d’Algériens à Paris par la police française le 17 octobre 1961, Mohamed Antar Daoud a plaidé pour que la communauté algérienne en France intervienne « non seulement dans la politique algérienne, mais (aussi) au niveau de la politique française ». Le diplomate a considéré « inadmissible que l’Algérie, qui possède la plus grande communauté étrangère en France, avec 18 consulats, ne puisse pas constituer un levier de commande » dans notre pays.

Dans sa conférence de presse du 20 octobre, le quai d’Orsay a commenté sobrement la sortie de l’ambassadeur d’Algérie en France. Il a tout d’abord souligné que le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères « a rappelé la semaine dernière le profond attachement de la France au respect de la souveraineté algérienne » puis a terminé, laconique, en expliquant qu’il allait « de soi que nous attendons aussi de tous nos partenaires le respect de notre souveraineté ».

La réduction des visas, le début de la crise

Mohamed Antar Daoud se trouvait à Alger, car le 2 octobre, son pays avait décidé de le rappeler « pour consultations ». La phase de tension entre les deux pays avait débuté quand le gouvernement français avait décidé, le mercredi 29 septembre, de réduire le nombre de visas accordés aux ressortissants du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie. Paris reprochait à ces pays de rechigner à rapatrier les immigrés illégaux en refusant de leur délivrer les laissez-passer indispensables au retour au pays.

La tension est montée d’un cran quand, le 2 octobre 2021, le Monde a relayé un échange entre Emmanuel Macron et « dix-huit jeunes gens issus de familles qui ont intimement vécu la guerre d’Algérie ». À propos des visas, le chef d’État a expliqué que l’ « on va plutôt ennuyer les gens qui sont dans le milieu dirigeant, qui avaient l’habitude de demander des visas facilement ». Mais ce n’est pas cette phrase qui a mis le feu aux poudres.

« Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? »

Le président a ensuite évoqué une « histoire officielle » qui serait « totalement réécrit[e], qui ne s’appuie pas sur des vérités » et surtout qui reposerait sur « un discours qui, il faut bien le dire, repose sur une haine de la France » évoquant même une nation algérienne qui se serait construite « sur une rente mémorielle ». Pis encore pour le gouvernement algérien, le chef de l’État français est allé jusqu’à soulever cette question taboue : « La construction de l’Algérie comme nation est un phénomène à regarder. Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? »

Le lendemain, l’ambassadeur de France en Algérie avait été convoqué au ministère des Affaires étrangères algérien pour recevoir « une protestation formelle du gouvernement ». L’Algérie refusait ensuite le passage à deux avions militaires français. Dans cette même interview au Monde, Emmanuel Macron soulevait un parallèle intéressant. Au Maghreb, expliquait-il, existe « une propagande » habituellement portée « par les Turcs » qui « [réécrivent] complètement l’histoire ». En appelant la diaspora algérienne à peser sur la politique française, l’Algérie par la voix de son ambassadeur a totalement justifié cette comparaison. Erdogan serait fier…

Publié le 23 octobre 2021
commentaireCommenter

Nation

Europe