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Soignants suspendus : Sten, Laurent, Diane et les autres… Abonnés

OPINION. Derrière les chiffres des suspensions de soignants, il y a des hommes et des femmes qui, après avoir été acclamés l’an dernier, vivent cette situation comme un violent mépris de l’exécutif.

Soignants suspendus : Sten, Laurent, Diane et les autres…


À l’hôpital psychiatrique Paul Guiraud de Villejuif, Diane est psychologue clinicienne, Laurent est psychiatre et Sten infirmier. Ils ne sont pas vaccinés, selon leur choix « libre et éclairé », mais surtout pas « antivax » comme on le répète à longueur de plateaux de télévision… et sont donc interdits de séjour sur leur propre lieu de travail, leur hôpital. Ils sont ainsi (mal) traités comme des délinquants par leur hiérarchie, par l’institution.

Sten, Laurent et Diane ont encore la force et le courage de combattre cette injustice. Ils sont soudés et solidaires, et eux-mêmes soutiennent et maintiennent un groupe de soignants. Il y a quelques mois, ils étaient 90 sur une ligne de discussion… et puis nombre d’entre eux ont baissé les bras : ils se sont soumis à la pression des crédits, aux dettes, aux études des enfants… ou sont tombés en dépression, en burn-out. Nos représentants institutionnels, de l’Assemblée et de la Chambre haute, de la majorité qui serre les fesses en vue de la prochaine élection ou de l’opposition classique qui se fait aussi de la bile, ayant baissé, eux, leur culotte en votant l’obligation du passe sanitaire en général, et l’obligation de la vaccination pour le personnel médical. Sans parler des socialistes, toujours nuancés et altruistes, qui ont proposé la vaccination obligatoire pour tous. À quelques exceptions… quelques députés et sénateurs courageux qui ont préféré leurs convictions à la stratégie.

Quand ces soignants se souviennent tristement des applaudissements de 20 h — qui coûtaient finalement bien peu mais qui donnaient bonne conscience —, les journalistes et les chroniqueurs leur répondent qu’ils sont des criminels qui font du chantage. En piqûre de rappel, les soignants rétorquent qu’à l’époque, on les faisait revenir de vacances, de week-end, de leur retraite, sans compensations automatiques ; qu’on les faisait travailler 24h sur 24, sans gants, sans masques, sans surblouses de protection ! Eux-mêmes ne pensaient même pas à se protéger en priorité. Car ce sont des soignants… c’est l’autre qui passe avant tout. Et bizarrement, en 2020, on ne leur cherchait pas de poux dans la tête ni d’indices d’un moindre manquement prophylactique. D’ailleurs, jusqu’au 15 septembre dernier, ils ont continué à soigner, guérir, redonner la vie physique et psychique, avec tous les gestes barrières, tous les stocks de masques enfin disponibles et tous les litres de gel hydroalcoolique jusqu’à plus soif.

Diane, Laurent et Sten trouvent encore la force de manifester chaque samedi, depuis trois mois. En blouse blanche, attirant les mots gentils et encore plus souvent les confidences ou les désespoirs des anonymes du cortège. Avant de parler d’eux et de leur suspension, ils les écoutent, les réconfortent, les orientent. Ce sont des soignants et c’est la douleur de l’autre qui prime. Ils retournent dans la manif organisée par Florian Philippot. S’ils refusent toute étiquette politique, ils préfèrent néanmoins les rassemblements paisibles, bien encadrés, bien sécurisés ; où les jours un peu chauds, on repère au moins deux voitures de police ; où toutes les générations sont représentées : des personnes d’un certain âge qui manifestent pour la première fois… parfois en fauteuil roulant… Ces soignants ne sont ni encartés ni militants du Frexit. Ils ne veulent pas sortir de l’Europe : ils veulent juste rentrer dans l’hôpital ! Comme personne ne souhaite les entendre médiatiquement, ils ont demandé à Philippot s’ils pouvaient prendre la parole, sur l’estrade, en fin de manifestation. Le président du parti des Patriotes a permis leur libre expression et ne leur a rien réclamé en échange.

Alors Sten a expliqué à quel point leur lettre de suspension avait été violente, pour eux, qui avaient toujours donné sans compter, toujours été reconnus dans leur travail, y compris à l’acmé de la crise. Laurent, qui a fait une forme légère de Covid et qui a donc des anticorps naturels, qui a surtout fait plus de dix ans d’études, n’a pas le droit de téléphoner à ses patients qui ont besoin de lui. On lui a même interdit de consulter en visio… le virus est virulent, mais de là à suivre la fibre ! Donc le véritable projet idéologique de cette obligation est tout sauf sanitaire. La motivation est bien politique. Il ajoute qu’en temps de crise, le « rôle d’un gouvernement est d’embaucher des soignants et pas de les suspendre, de favoriser l’accès aux soins plutôt que d’engager des vigiles pour interdire celui des hôpitaux ».

Diane souligne la souffrance psychique qui a explosé dès le début de la crise, les troubles anxio-dépressifs des patients comme des soignants, les passages à l’acte, les tentatives de suicide. Elle insiste sur le manque de moyens humains et pointe le manque de reconnaissance, la maltraitance institutionnelle. Car une suspension c’est « une suppression politiquement correcte ». Oui, les soignants sont suspendus, supprimés, effacés. Dans un hôpital déjà en sous-effectif, où des lits sont toujours fermés, où par voie de conséquence, on maltraite ainsi les patients, premiers impactés.

Sten, Laurent et Diane seront privés de salaire, privés de réalisation professionnelle, licenciés dans deux mois, malgré des CDI. Mais ils disent leur gratitude à ceux qui manifestent, à ceux qui les encouragent, à leurs collègues et à leurs patients. Ils disent leur reconnaissance aux personnalités qui « tiennent », comme l’éditorialiste Ivan Rioufol ou comme André Bercoff qui pose les bonnes questions, comme Florian Philippot, comme les sénateurs Alain Houpert et Loïc Hervé, l’ancien sénateur Yves Pozzo di Borgo, le député Olivier Marleix qui s’est élevé contre la vaccination des enfants et quelques autres élus. Que les autres parlementaires laissent encore bas leur pantalon ; une nouvelle dose les attend. Qu’ils ne se relèvent pas : un bon lavement se prépare. D’ailleurs, ils ne s’en relèveront pas.

Publié le 23 octobre 2021
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