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Chèque inflation : les Gilets jaunes valent-ils un chèque de 100 euros ? Abonnés

ARTICLE. Le Premier ministre Jean Castex a annoncé la distribution d’un “chèque inflation” de 100 euros pour les Français gagnant moins de 2 000 euros net mensuels. Alors que le prix de l’essence va continuer de progresser et que celui du gaz a augmenté de 44 % depuis le 1er janvier, cette mesure permettra-t-elle d’éviter une deuxième crise des Gilets jaunes ? Rien n’est moins sûr.

Chèque inflation : les Gilets jaunes valent-ils un chèque de 100 euros ?


100 euros pour les Français qui gagnent moins de 2 000 euros net par mois : c’est la réponse du gouvernement à l’augmentation du coût de la vie. Ce “chèque inflation”, proposé ce jeudi 21 octobre au 20 h de TF1 par le Premier ministre Jean Castex, s’annonce comme une réponse à la crise inflationniste qui frappe les Français depuis plusieurs semaines. Le gaz, l’électricité, l’essence, tous ont connu une envolée drastique de leurs tarifs. Augmentation qui s’accompagne d’un envol mondial du coût des matières premières et de l’alimentaire. Bref, les Français s’apprêtent à perdre — beaucoup — en matière de pouvoir d’achat, à l’aube d’une nouvelle année électorale lourde d’enjeux.

Relire la Boétie

Ce chèque sera établi sur la base des revenus du mois d’octobre, et versé en décembre pour les salariés du privé, les retraités ou bien les chômeurs, et janvier pour les employés du public. Petite subtilité de taille, alors que cette annonce se fait dans un contexte de grogne sociale sur le coût de l’essence, le Premier ministre ne réduit pas la réponse gouvernementale au carburant : « La question de l’inflation ne concerne pas que [l’essence], nous devons avoir une approche plus large », a-t-il affirmé. Ce chèque concernera donc l’intégralité des Français se trouvant sous le seuil de 2 000 euros net mensuels. Soit quelque 38 millions de Français. Vous avez dit manœuvre électorale ?

Etienne de la Boétie expliquait en son temps, dans son Discours de la servitude volontaire, que « Les tyrans faisaient largesse du quart de blé, du septier de vin, du sesterce, et c’était pitié alors d’entendre crier : "Vive le roi !". Ces lourdeaux ne s’avisaient pas qu’ils ne faisaient que recouvrer une part de leur bien, et que cette part même qu’ils en recouvraient, le tyran n’aurait pu la leur donner si, auparavant, il ne la leur avait enlevée ». Bien entendu, il n’est ici ni question de « tyrans », ni de « lourdeaux ». En revanche, le raisonnement s’applique à merveille à la logique macronienne exprimée par Jean Castex ce lundi. Donner d’une main, ce que l’on a pris de l’autre, espérant étouffer la grogne.

Un chèque gratuit pour l’État
 


Réactualisation oblige, il faudrait ajouter une suite à cette parabole : « le tyran n’aurait pu la leur donner si, auparavant, il ne la leur avait enlevée »… et leur enlèvera à nouveau. Pour les salariés véhiculés concernés par la hausse des prix du gazole et de l’essence, le chèque ne couvrira même pas le coût de deux pleins. Et la moitié du prix dépensé reviendra dans les caisses de l’État via des taxes : sur un litre au prix fixé à 1,5 €/L TTC, l’État encaisse 0,86 euro, soit 57 % ! Pour le gazole, elle est de 49,1 %. Concernant le gaz, le montant des taxes à la consommation avoisine les 36 %, TVA incluse, alors que le prix a progressé de 44 % depuis le 1er janvier. On réalise bien comment sera financé ce “chèque inflation” d’autant que cette prime devrait être, selon toute vraisemblance, également soumise à l’impôt sur le revenu.

Du côté de l’opposition, si Fabien Roussel (PCF) évoque « une mesure qui soulagera un peu les Français », il rappelle que le « compte n’y est pas ! ». Le député LR Damien Abad dénonce quant à lui une politique électoraliste : « Acheter la paix sociale avec des chèques cadeaux, c’est bien. S’attaquer aux causes de la hausse des prix du carburant, gaz, électricité, alimentation, c’est mieux ». Ce qui reviendrait en partie à baisser la taxation, piste non privilégiée par le gouvernement.

À voir si ce qu’il convient de considérer comme une obole temporaire sera suffisant pour éviter un nouveau soulèvement des Gilets jaunes, particulièrement sensibles à la question du carburant. Pour l’instant, ce « chèque inflation » donne plus l’impression d’être un petit pansement posé sur une plaie béante.

Publié le 22 octobre 2021
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