Nation
Gouvernement
Ces ministres macroniens qui prennent la plume… et ne vendent pas Abonnés

ARTICLE. Lors du conseil des ministres du 13 octobre, Emmanuel Macron aurait manifesté son (vif) mécontentement. À force de les voir publier des livres, « les Français vont finir par se dire que les ministres ne foutent rien ». D’autant que personne ne les lit, ces livres…

Ces ministres macroniens qui prennent la plume… et ne vendent pas


NB : Les présidentielles approchent. Après cinq ans de macronisme, l'heure est venue de dresser le bilan. "Macron, droit d'inventaire", le nouvel hors-série de Front Populaire, disponible le 19 octobre en kiosque, librairie et en ligne. Commandez dès maintenant votre exemplaire pour le recevoir plus tôt.

Ils sont partout et nulle part. Partout, dans tous les points de vente dont ils encombrent la devanture et les présentoirs. Nulle part dans les foyers et dans les bibliothèques de France qui persistent à les bouder. Ce sont les livres de politiques qui fleurissent à l’approche de la présidentielle 2022… ce qui n’est pas nécessairement pour plaire à Emmanuel Macron. Lors du conseil des ministres du 13 octobre et d’après le Canard Enchaîné, le président (toujours) en exercice aurait eu bien du mal à cacher son agacement : « Comme les sondages [pour 2022] sont bons, tout le monde pense déjà à la suite, mais les Français vont finir par se dire que les ministres ne foutent rien et qu’ils passent leur temps à écrire des livres ».

Marlene Schiappa : 64 exemplaires vendus

Ils sont nombreux, les ministres ou secrétaires d’État à avoir pris la plume cette année. Marlène Schiappa, Bruno Le Maire, Emmanuelle Wargon, Jean-Michel Blanquer, ou encore Olivia Grégoire sont, entre autres, concernés. Et si encore les ventes venaient récompenser le fruit de ce labeur… mais on est loin du compte. Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur chargée de la Citoyenneté a voulu récidiver, malgré l’ampleur du chantier ministériel, avec un nouveau roman. Après près de 23 livres à son actif (dont douze écrits sous le pseudonyme Marie Minelli, parmi lesquels Osez les sexfriends, 2013 ou Osez l'orgasme féminin, 2019), Marlène Schiappa est peut-être la plus en verbe des figures de proue de la Macronie, suivie par Bruno Le Marie, auteur de « seulement » 11 livres. Rappelons qu’en mai 2018, le cabinet de Marlène Schiappa (alors secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes) avait été épinglé par l’association Anticor pour avoir envoyé à des journalistes figurant dans son fichier presse une invitation à une dédicace d’un de ses romans, Si souvent éloignée de vous… Matignon avait alors plaidé l’ « erreur humaine ».

La dernière production littéraire en date de la ministre, Sa façon d’être à moi, a peut-être été la goutte de trop pour Emmanuel Macron, mais surtout pour les Français. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : d’après le site ActuaLitté, son dernier roman est loin d’avoir convaincu. Seuls 64 exemplaires ont été écoulés entre le 6 octobre et le 20 octobre. Douche froide à Beauvau.

Emmanuelle Wargon, Ministre chargée du Logement, n’a guère fait mieux avec quelque 75 exemplaires vendus de Bienvenue en politique : À ceux qui sont tentés de renoncer. Vers la renaissance industrielle, qu’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, a préfacé n’a atteint que 287 ventes. Jean-Michel Blanquer, pourtant poids lourd du gouvernement, n’a vendu que 620 exemplaires de son École ouverte. Bruno Le Maire, grand habitué des rayons de librairies, s’en sort mieux. L’ange et la bête. Mémoires provisoires a dépassé les 21 000 exemplaires. Contrairement à ses collègues, il est de notoriété publique que le ministre de l’Économie écrit lui-même ses livres.

Citons enfin l'intriguant cas d'Olivia Grégoire, secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable, qui publiait le 21 octobre dernier un essai, Et après ? Pour un capitalisme citoyen... préfacé par nul autre qu'Emmanuel Macron lui-même – bien mal avisé de critiquer les ambitions littéraires de ses ministres, puisqu'il y prend part en personne. En ce qui concerne les ventes dudit essai, affaire à suivre. 

Le flop, plus qu’une mode : une tradition

À chaque période (post) électorale sa production littéraire. Le gouvernement Castex n’a rien de très original tant l’exercice du livre – la plupart du temps formatés, bourrés de fausses révélations, d’éléments de langage et de coulisses en trompe-l’œil – pour ne rien dire est une arlésienne. Les flops ne sont pas non plus l’apanage de l’équipe d’Emmanuel Macron. Qu’est-ce que le parti chrétien-démocrate ?,  de l’ancienne ministre du Logement Christine Boutin et présidente du parti susnommé s’était vendu à 58 exemplaires. Je ne me tairai plus – titre accrocheur quoique vu et revu –, de Claude Bartolone (PS) s’était écoulé à un peu moins de 1000 copies.

Pourquoi écrire tant de livres qui n’intéressent personne ? Pour les ministres ou personnalités politiques de premier plan, il s’agit de bénéficier de l’effet sacralisation (particularité très française) qu’accorde l’objet... ainsi que des tribunes médiatiques auxquelles sa promotion donne accès. Mais cette farce est-elle bien raisonnable ? En ces temps de prise de conscience écologique, ne serait-il pas bon de se pencher sur le bilan carbone de ces livres que personne ne lit ?

Publié le 26 octobre 2021
commentaireCommenter

Nation

Europe