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De Gaulle, 1969 : sortir de l’Histoire Abonnés

OPINION. 9 novembre 2021, 51ème anniversaire de la mort du général de Gaulle. Ce qu'il a fait pour la France, sa présidence, son référendum déçu, sa démission, son héritage... Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Rétrospective historique (et mise en contraste avec aujourd'hui) par Régis de Castelnau.

 De Gaulle, 1969 : sortir de l’Histoire


La chaîne « Toute l’Histoire » diffusait lundi soir un documentaire sur le référendum perdu par le général de Gaulle le 27 avril 1969, et sur son départ du pouvoir le lendemain. Réactivation des souvenirs et des émotions et renforcement une nouvelle fois de la conviction que ce jour-là, la bourgeoisie française procéda au congédiement de celui qu’elle détestait et qui lui rendait bien : « Le peuple a la tripe nationale. Le peuple est patriote. Les bourgeois ne le sont plus ; c’est une classe abâtardie. Ils ont poussé à la collaboration il y a vingt ans, à la CED il y a dix ans. Nous avons failli disparaître en tant que pays. Il n’y aurait plus de France à l’heure actuelle. »

On décrivait dans ce film l’attitude de ceux que l’on pouvait considérer comme les fondés de pouvoir du Capital : Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing. Le premier nommé, remplacé au poste de Premier ministre l’année précédente après les événements de mai, faisait savoir avec insistance qu’il se tenait prêt à la succession en cas de départ de de Gaulle. Et prévoyant la défaite de celui-ci au référendum, il allait jusqu’à annoncer à un représentant de l’ambassade des États-Unis qu’il serait président « avant la fin de l’année 1969 ». Giscard, quant à lui, soucieux également de voir l’homme du 18 juin faire place nette, mettait tout son poids politique dans la balance en appelant au vote « Non ». Leurs ambitions furent satisfaites probablement au détriment de celles de la France. Pour la première fois, grâce aux sondages de sortie des urnes, le résultat fut annoncé à la télévision juste après 20 heures. Je me suis rappelé les visages radieux de ces jeunes bourgeois, croisés ce soir-là à une réception dans le 16e arrondissement, qui jubilaient à l’annonce de la défaite de de Gaulle. Avec leurs parents, ils avaient eu si peur en mai 68. Non pas du monôme étudiant qui avait vu les enfants s’agiter, mais du grand mouvement ouvrier dont ils rendaient de Gaulle responsable.

Dans le documentaire, on entendait des témoins, en général des proches, expliquant et décrivant comment celui-ci, prévoyant assez tôt sa possible défaite, avait fait de sa sortie de l’Histoire un moment sublime. Avec sa démission annoncée le 28 avril à minuit dix par une déclaration, chef-d’œuvre de concision aux antipodes de la communication bavarde que l’on nous inflige désormais : « Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi ». Il veillera à être absent de France au moment de l’élection de son successeur et fit savoir qu’il ne s’exprimerait plus jamais sur les affaires de la France. Avant de se retirer à Colombey pour y rédiger ses mémoires.

Charles de Gaulle était rentré dans l’histoire le 18 juin 1940 : « seul et démuni de tout, comme un homme au bord d’un océan qu’il prétendrait franchir à la nage. ». Il en sortit avec grandeur mais tout aussi seul.

Le film terminé, je zappais distraitement sur une chaîne d’info, pour tomber sur Gérald Darmanin que l’on voyait et entendait, occupé à caqueter sur je ne sais quel sujet. Pour ressentir fugacement une petite bouffée de désespoir. « Nous avons failli disparaître en tant que pays… ».

Failli ? La France est-elle sortie de l'Histoire avec lui ?

Publié le 11 novembre 2021
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