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Covid-19 : la vision churchillienne de Macron ? Abonnés

OPINION. En sacrifiant libertés, interactions sociales et forces économiques au profit de sa « guerre » contre le Covid, Emmanuel Macron se la joue Winston Churchill… en tout cas, seulement dans les apparences.

Covid-19 : la vision churchillienne de Macron ?


Les spéculations sur le résultat de la prochaine présidentielle vont bon train. Macron caracole en tête des sondages. En 2017, les médias vantaient (vendaient) son absence de programme comme la novation rafraîchissante d’une campagne d’un style nouveau. En 2022, l’objectif de la campagne de Macron reste d’assurer que son bilan — son boulet — ne soit jamais discuté. Il dispose pour cela de deux options, nullement mutuellement exclusives. La première est d’assurer un deuxième tour contre Marine Le Pen : alors, ni le bilan ni le programme ne comptent plus puisque l’avenir avec Le Pen sera par définition infiniment pire. Et donc Macron se présente comme le rempart contre l’extrême droite. Il fait don de sa personne à la nation comme le dernier salut avant l’apocalypse. Et ça tombe bien, il n’a à peu près que ça à offrir aux Français. Mais aux trois derniers scrutins, européen, municipal et régional, le RN a devancé la République en Marche encalminée : les remparts qui se trouvent derrière l’ennemi, ça s’appelle la ligne Maginot, une ligne qui n’a jamais arrêté que ceux qui n’ont pas compris qu’il suffisait de la contourner.

Désormais, la dernière chance de Macron, selon quelques observateurs éclairés, est le COVID. C’est le Macron gaulliste et son « Appel du 16 mars » déclarant « la guerre » contre le COVID ! Car la crise est opportune : ah ! ces réformes grandioses que nous aurions conduites si le COVID ne nous avait pas contrariés. D’autant que le COVID a été l’excuse de l’arrosage permanent à l’orée de la campagne des vertes prairies françaises à coup des milliards d’euros de la relance, dont Macron a eu l’outrecuidance de dire que l’Europe les paierait, quand ils ne font que grossir la dette colossale que Jupiter érige en piédestal. « Quoi qu’il en coûte ! », avait-il promis, mais il n’a pas dit sur le compte de qui.

L’idée surprend, car la gestion de cette crise n’apparaît pas comme un haut fait d’armes de la macronie, quand l’hôpital public, sur lequel la totalité de la réponse COVID a reposé, déjà fort dépourvu au début de la crise l’est encore plus aujourd’hui. En février 2021, le site du Figaro publiait une excellente tribune de l’acteur Patrick Mille où l’auteur interpelle audacieusement le président par « Rouvrez tout ! Soyez churchillien, Monsieur le Président ! ».

On connaît la pusillanimité du « président » actuel de l’Élysée qui a confiné en mars 2020 par manque de courage et qui n’a pas reconfiné une troisième fois en début 2021, contrairement à ce qui était attendu, uniquement par peur. On sait que c’est ce qu’il aurait souhaité, mais il a craint la réaction éruptive de la cocotte-minute des Français qui commençaient déjà à en avoir ras la casquette de ces mesures punitives inutiles — les émeutes de l’époque aux Pays-Bas contre le confinement y sont probablement pour beaucoup. Les Français sont capables de soutenir des restrictions sévères, mais pas pour rien. Macron aurait souhaité une vaccination obligatoire, mais a prudemment préféré un passe sanitaire inutile (les vaccinés peuvent être contaminés et restent contaminants) pour empoisonner la vie des refuzniks qui ne font pas confiance aux vaccins.

Macron connaît son histoire d’Europe. Il sait que Churchill est arrivé au pouvoir après l’échec des « appeasers » de Chamberlain et Lord Halifax. Son programme à la tribune des Communes était d’une rude simplicité : du sang, de la sueur, de la douleur et des larmes d’une part, et la guerre sur les plages, dans les collines, dans les rues, dans les champs d’autre part. C’est un peu le discours martial que Macron a copié le 16 mars 2020, avec six fois « nous sommes en guerre ! ». Mais sans la mobilisation de l’État qui suivit.

Les confinements, pudiquement rebaptisés « mesures de freinage », ont été décrétés non pas pour protéger la population — comme le dit Philippe de Villiers dans son virulent Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au nouveau monde(Fayard 2020) : « Dans l’ancien monde des nations, on confinait les mal-portants. Nous, nous avons choisi de confiner les bien-portants. » — mais pour protéger l’hôpital… de la population. Dix-huit mois plus tard, 20 % des lits ne sont plus disponibles faute de soignants surmenés. On est toujours en guerre, mais on démobilise : ce n’est pas un hasard si Castex, le Monsieur déconfinement de Macron, a été nommé Premier ministre.

C’est donc la drôle de guerre que Macron-Gamelin convoque avant de se retrancher dans son palais où les diverses mesures imposées pendant dix-huit mois aux Français, telles la règle de six à table ou la distanciation sociale, le port du masque dans les sauteries élyséennes, etc. ne sont pas respectées. Macron est un homme de paroles, pas de parole.

Churchill avait son Montgomery. Mais Macron n’a que Jérôme Salomon. Ce directeur général de la santé qui a trahi les Français, ne commandant qu’une petite fraction des masques que ses services lui recommandaient d’acheter. Puis, ajoutant l’insulte à la blessure, a tenté ensuite de cacher son forfait en demandant la modification des recommandations qui lui avaient été faites. Jérôme Salomon est toujours là, en poste avec ses prébendes, prêt à recommencer ses prouesses, sa fonction indemne en dépit de son impéritie, n’acceptant d’en sortir que contre un autre poste digne de son illustre grandeur. C’est surtout ça, la macronie : les copains d’abord.

Mais Macron sait surtout que cinq ans de lutte et la victoire sur les nazis de Churchill ne l’ont pas fait réélire en 1945. Les Anglais, lassés par la guerre, ont choisi Clement Attlee, le travailliste qui avait conduit the grand coalition avec lui. La guerre, c’était Churchill, la paix sera Attlee. La grandeur churchillienne est, si on en juge par ses mémoires de guerre, qu’il aurait refait les mêmes choix, car il n’y en avait pas d’autres, pour vaincre le IIIe Reich, dût-il perdre encore les élections.

Macron, lui aussi, est prêt aux sacrifices dans sa guerre du COVID. Au sacrifice de la démocratie, au sacrifice des libertés individuelles, au sacrifice des interactions entre les Français, au sacrifice de la « convivialité », comme il disait le 13 avril 2020. Mais pas au sacrifice de son propre destin. Laisser les Français vivre quitte à en mourir (d’ennui), comme disait sa belle-fille Tiphaine Auzière dans sa chronique du 15 octobre 2020 lyrisant la déclaration de la veille de son beau-père-président sur Europe 1, en fin de compte, lui va assez bien. Ce n’est pas tout à fait idiot : depuis la nuit des temps, on n’a recensé personne qui aurait survécu à la vie. Le président est irresponsable de par sa fonction, mais il veut se couvrir : on ne pourra pas lui reprocher d’avoir favorisé les contaminations. Car rappelons-nous : les Français infectés l’ont été d’abord pour ne pas avoir respecté ses consignes : « Nous avons aussi vu du monde se rassembler dans les parcs, des marchés bondés, des restaurants, des bars qui n’ont pas respecté la consigne de fermeture »fustigeait-il le 16 mars 2020 pour justifier le confinement. Morigéner les Français fait partie de la geste présidentielle. Donc, oui, Monsieur le Président : soyez churchillien ; rouvrez tout comme le demandait l’auteur de la tribune du Figaro ! Mais il ne rouvrira rien, en tout cas pas avant d’avoir ségrégué les Français par son passe sanitaire.

Relevons cependant la gageure, pour ne pas dire l’oxymore, d’associer les noms de Macron et de Churchill dans une même idée. Imaginons la scène d’un Macron, la poitrine gonflée d’orgueil et d’allégresse lui rendant visite dans sa propriété de Chartwell. Le vieux lion ne pourrait probablement pas retenir les mêmes mots cruels prononcés dans l’amertume de la défaite aux élections de 1945 qui lui échappèrent lorsque Attlee vint pour prendre sa place : « Une voiture vide s’est approchée, et Clement Attlee en est sorti. »*

*En anglais la citation (possiblement apocryphe) est la suivante : « An empty car drew up, and Clement Attlee got out ».

Publié le 22 novembre 2021
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