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Judiciarisation de la politique : le premier qui dit la vérité… Abonnés

OPINION. Mercredi dernier, Éric Zemmour était à nouveau cité à comparaître pour ses propos jugés polémiques. Un épisode qui montre encore une fois la tentation malsaine de notre société à vouloir confronter nos visions du réel dans les prétoires.

Judiciarisation de la politique : le premier qui dit la vérité…


« Le premier qui dit la vérité, il doit-être exécuté… » comme le chantait si bien le barde Guy Béart… dont la progéniture, toute séduisante fut-elle, laisse aujourd’hui à désirer. Exécuter ceux qui disent le réel, c’est le mythe de Cassandre remis au goût du jour : comment faire taire les messagers pour mieux planquer le message qu’on ne veut surtout pas voir sous le tapis poussiéreux ?

Voici développée ci-dessous la stratégie des indignés : si l'on tient à conserver sa carte du parti de la République Populaire et Démocratique de France ainsi que tous les chics avantages d’apparatchiks y étant attachés, on ne peut qu’approuver et le constat et la sanction… Mais sous quel mode opératoire ? Le garrot ? Cette cravate espagnole est trop connotée viva la muerte… En outre, la langue qui jaillit et les râles émis en gargouillis sont indécents et seraient susceptibles de choquer les enfants. La pendaison ? La gigue est distrayante et, avec un peu de chance, on pourrait récolter, sous le gibet, quelques racines de mandragore ensemencées par le sperme éjaculé lors de l’ultime bandaison. Tout de même un peu trop moyenâgeux. Le bûcher est bien sûr très spectaculaire, marquant au fer rouge les esprits hérétiques… mais ce n’est pas bon pour le taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, protesteraient sans coup férir les Khmers verts. Sans autre forme de procès, laissons aux états-uniens leurs injections chimiques qui virent trop souvent en foireuse alchimie de même que leurs barbecues électriques à griller la cervelle jusqu’à en faire sauter tous les plombs du comté.

Mille sabords, morbleu et millediou ! Personne n’a donc songé à la grande tradition républicaine ? Tout se perd, ma brave dame ! Que sont nos vieilles gloires devenues ? Où est donc passée la faiseuse de veuves favorite des tricoteuses ? La guillotine prend la poussière, remisée dans notre musée Grévin des horreurs… Mais son couperet est usé, à trop avoir raccourci des particules, décolleté des têtes emperruquées et tant d’autres éclairées comme celle de Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! Alors, revenons aux valeurs sûres de la rigueur militaire. Douze balles dans la peau, ça a quand même plus de gueule ! Une dernière cigarette, un verre de cognac, pas de bandeau sur les yeux, une ultime déclamation pour l’Histoire… Et pan ! Douze détonations, mais onze munitions véritables plus une cartouche à blanc, ce qui est bien suffisant pour faire passer l’arme à gauche tout comme faire passer l’envie de recommencer, et, qui plus est, a l’avantage, pour la bonne conscience de chaque membre du peloton, de préserver avec délicatesse la possibilité de ne pas avoir réellement participé.

Voici venue l’heure du choix : réhabiliter le mont Valérien, les fossés de Vincennes ou rétablir les galériens, agrandir le zoo de Vincennes. Étant humanistes,

progressistes, choisissons le dernier. Quelques cages de plus pour les nouvelles bêtes immondes seraient les bienvenues, casées entre le parc des grands singes, les chevaux de Prjevalski et la fosse aux lions. Sur le panonceau, on pourrait lire, en lettres délicatement déliées d’une plume sergent-major :

Homo Réactionnarus Modernicus. Espèce en voie d’extinction. Spécimen dangereux capturé dans la forêt de Brocéliande. A pour habitude de montrer son cul à la foule puis de balancer ses excréments sur les badauds. Seul cri intelligible : Merde ! Séance de nourrissage à 13 h. Ne pas lui donner de cacahuètes.

Alors, quelle peine appliquer aux déviants de la pensée unique pour l’ensemble de leurs œuvres, pour leurs propos outranciers, pour leurs crimes odieux… ? Eux qui osaient proclamer, avec une fantaisie, un aplomb et une obsession confinant à l’absurde que la Terre est bel et bien ronde, alors que tout un chacun sait pertinemment qu’elle est définitivement plate — vérité d’une telle évidence qu’il serait inutile de le démontrer à nouveau — ainsi que tant d’autres ignobles affirmations de fantasmagories fantasmatiques telles que : « En France, les prisonniers sont en majorité de culture musulmane… », et aussi : « Les mineurs isolés sont tous des voleurs, des violeurs, des assassins… enfin, presque tous… » Comme encore « La souveraineté est la condition sine qua non du gouvernement du peuple, pour le peuple, par le peuple ». Quelles sanctions seraient à l’aune de leurs errements, à la hauteur de leurs erreurs ? Comment les faire expier ?... Le pire des supplices pour des hommes publics : le bannissement, le rejet par leurs anciens pairs, leurs exécutions médiatiques ! Auxquels peuvent s’ajouter des condamnations aux dépens stratosphériques suite à des procès politiques dignes du Politburo ; prophylaxies radicales pour resserrer le cordon sanitaire préservant les âmes pures de la contagion de la peste brune comme de la lèpre populiste.

Réveillons-nous, ébrouons-nous et extrayons-nous de ce Meilleur des mondes légèrement dystopique ; cauchemar pourtant bien réel pour les rebelles des œillères. En toute humanité, comment peuvent-ils faire preuve d’autant de barbarie ? Procès publics pour délit d’opinion ? Que nenni ! Plutôt exécutions sommaires pour expressions de vérités pas bonnes à dire. Mais les partisans de la mise à mort sociale savent qu’exécuter des condamnés politiques, c’est toujours une chance d’assassiner des innocents ! Pour le clergé autoproclamé, tous les moyens seront bons pour préserver leurs magistères, pour faire perdurer leurs privilèges. Il faut dire qu’ils ont la trouille. Après avoir été guidés par leurs certitudes, ils entrent dans un grand moment de solitude et c’est maintenant la peur qui les agite. Ils en frémissent, sentant poindre la chute de leur régime, car ils savent, sans encore vouloir se l’avouer, que leur heure aussi bientôt va sonner ! C’est Victor Hugo, le médium transcendantal, qui leur a chuchoté à l’oreille pendant que, durant une séance de fumette sous le mur des cons du soviet suprême où ne manquaient que leurs autoportraits pour compléter le florilège, ils faisaient danser le guéridon sur les parquets marquetés, sous les ors des cimaises, sous les plafonds en caissons… quand ils invoquaient les esprits de leur futur radieux.

La bocca della verita romaine, bouche d’ombre hugolienne, leur a dit : Il n’est rien au monde d’aussi puissant qu’une idée dont l’heure est venue. Citoyens, avec ou sans culottes, voici venue l’heure de l’apparition et de la parution de l’Aurore dont le titre pourrait être cette fois-ci : « J’absous les uns, mais j’accuse les autres. » Il faut réhabiliter les résistants comme il faut innocenter le capitaine Zemmour…

avant qu’il ne se suicide d’une balle dans le pied en dérapant dans le décor du Boulevard du Crépuscule, entrainant au fond de la piscine des nécessités torpillées. Les hommes comme les partis ne comptent pas. Peu importe qui les portent, seules les idées prévalent


Source illustration : capture YouTube @Eric Zemmour

Publié le 23 novembre 2021
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