Analyses
journalistes
Tribune de Mediapart : la deuxième mort d’Albert Londres Abonnés

OPINION. Dans une tribune récemment publiée sur Mediapart, 150 journalistes ont appelé à « invisibiliser » certaines « personnalités politiques » jugées haineuses. Une initiative malvenue de la part d’une gauche qui ne sait pas balayer devant sa porte.

Tribune de Mediapart : la deuxième mort d’Albert Londres


« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ». Albert Londres est aux journalistes ce que le serment d’Hippocrate est aux médecins. Et pourtant, une nouvelle forme de journalisme est née, celle qui consiste à porter la plume dans la plaie en « invisibilisant » : voici donc les nouveaux faiseurs d’histoires, réunis dans une tribune parue le 23 octobre dans Mediapart sous le titre très engagé « Journalistes, nous ne serons pas complices de la haine ».

Et pourtant. En alignant en rang d’oignons les termes non clivants de fascistes, racistes, xénophobes, sexistes, homophobes et négationnistes, ils entonnent la douce musique qui « fait plaisir » aux oreilles des défenseurs du politiquement correct. Ils déterminent, par la même occasion, les domaines du non politiquement correct sur lesquels ils avouent leur incompétence, faute de savoir les définir et encore moins les confronter.

Et en revanche, ils parviennent très bien à démontrer qu’on peut faire preuve de « contradiction fluid », pour parodier le terme de « gender fluid », et être ainsi non binaire du genre, mais très binaire idéologiquement. Dans le choix de la couverture médiatique, si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous. Comme Georges W. Bush en son temps, ils sont donc venus libérer la pensée, avec la négation de l’autre en guise d’arme d’attraction massive.

Pour cela bien sûr, les « journalistes pas complices socialement engagé-es pour la défense de ces droits fondamentaux » ne tendent pas leur micro avec jubilation à des personnalités publiques vomissant leur haine de l’autre. À la place, ils encensent d’autres idées, celles bien évidemment qu’ils ne jugent pas « nauséabondes et contraires aux respects des droits humains » comme celles d'Houria Bouteldja pour laquelle, « si une femme noire est violée par un noir, c’est compréhensible qu’elle ne porte pas plainte pour protéger la communauté noire » (Les Blancs, les juifs et nous, ed. La Fabrique). Le viol étant un canon conforme du respect humain comme chacun sait. Face à la levée de boucliers, il fallait tendre le micro, cette fois à une députée, Danièle Obono, pour laquelle Houria Bouteldja est « une camarade ». Au loin donc la magie de l’invisibilité.

Les idées nauséabondes des « journalistes pas complices socialement engagé-es pour la défense de ces droits fondamentaux » ne concernent pas non plus l’ouverture des plateaux de télévision à des redoutables défenseurs des agressions contre des homosexuels en banlieue, puisque l’homophobie islamique est compréhensible et justifiée. Tout comme sont justifiées les réunions non mixtes lorsqu’elles excluent les « Blancs », excusés les criminels dès qu’ils ne sont pas blancs, mâles et hétérosexuels, défendues la liberté des femmes à l’asservissement tant qu’il s’agit d’un acte politique.

Les « journalistes pas complices socialement engagé-es pour la défense de ces droits fondamentaux » aiment à valoriser ces statues qu’on déboulonne au nom d’un négationnisme de l’histoire, comme l’ont fait les talibans en détruisant les Bouddhas en Bamiyan en mars 2001, ces chapitres qu’on retire des livres, ces professeurs qu’on interdit de s’exprimer dans les universités. Les « journalistes pas complices socialement engagé-es pour la défense de ces droits fondamentaux » aiment à sublimer le schéma anglo-saxon du communautarisme, comme si Rosa Parks avait existé en France. Mais rien d’ad nauseam, pas même l’ombre d’une interrogation.

Les « journalistes pas complices socialement engagé-es pour la défense de ces droits fondamentaux » proposent de défendre la vertu du silence contre le vice de la critique, de l’opposition.

Ce métier est pour eux un tremplin pour une idéologie du politiquement correct, tracée par des maîtres à penser dont le seul objectif est d’anéantir le débat et la critique sur l’identité et la souveraineté afin d’être certain de mieux régner sur des communautés de droits individuels. Pantins d’une politique du marché mondial à l'affût de niches et porte-plume d’une destruction culturelle, les « journalistes pas complices socialement engagé-es pour la défense de ces droits fondamentaux » sont pourtant là non pas pour « porter la plume dans la plaie », mais pour, disent-ils, combattre les idées rances et dangereuses. Ils ne les nomment pas, mais tout le monde avait compris que derrière le masque des idées dénoncées, on parle de celles d’Éric Zemmour, classifié dans la catégorie des fascistes, racistes, xénophobes, sexistes, homophobes et négationnistes, sans définition ni contre-argument. Piètre défaut pour un journalisme qui veut défendre la femme et l’orphelin que celui de manquer d’arguments, d’éloquence et de courage.


Source photo :  Esther Vargas, Flickr

commentaireCommenter