Analyses
Complotisme
Die Große Konspiration Abonnés

OPINION. En matière de complot, il est coutume de dire qu’il y a deux erreurs à ne pas commettre : en voir partout et en voir nulle part. Notre lecteur décrypte ce phénomène qui enflamme le débat public avec un humour non dénué de pertinence.

Die Große Konspiration


Que les agités du bocal qui se lèchent les babines en pensant lire dans cet article des révélations fracassantes retournent se coucher en avalant leur camomille. Non, la Terre n’est pas plate ! Non, Thomas Pesquet n’est pas un pantin manipulé par la finance internationale ! Non, Macron n’est pas un reptilien venu du nuage d’Oort afin d’asservir la Terre avec la complicité de l’alien Mutti Merkel qui en était la reine mère ! Pourtant — nul n’étant parfait — mon petit doigt me disait avec insistance que le masque tout à la fois ferme et placide de notre cousine germaine cachait quelque chose d’inhumain… proche d’un comportement extraterrestre.

Les conspirationnistes sont des obsessionnels compulsifs qui voient du complot partout. Ils ont toutefois une logique qui leur est propre. Ils sont ainsi persuadés que le cataclysme qui vient de ravager leur jardin potager est la conséquence d’un sombre dessein de papillons conspirateurs ayant battu des ailes à l’autre bout du monde. Les conspirationnistes ne supportent pas la théorie du chaos. Ils veulent mettre mordicus du but et de la raison dans chaque événement qu’ils jugent négatifs. Ce sont les spécialistes des pièces montées. Il suffit qu’ils ajoutent assez de caramel liant leurs multiples choux pâtissiers pour que leurs théories bancales leur paraissent bien bâties. Eux seuls ont découvert la pierre de Rosette qui permet de décrypter le monde dans toute sa complexité : toute finalité doit avoir une cause. À prolonger jusqu’au terme leurs pentes savonneuses, la vie et la mort ne peuvent être qu’une conspiration divine pour nous affliger d’une angoisse existentielle.

Le secret est enfermé dans un coffre dont la clef est au fond d’un puits.

Néanmoins, en toute honnêteté intellectuelle, dire que la « Große Konspiration » n’est pas partout ne signifie pas qu’elle n’est nulle part. Ainsi, le Protocole des sages de Sion était bel et bien une conspiration de la Russie impériale tout comme le prince Youssoupov et ses nobles conjurés rassemblèrent le poison, les pistolets et les poignards afin d’éliminer le moine fou Raspoutine the sex machine. L’obsolescence programmée fut le résultat d’une réunion secrète des industriels des ampoules jugeant que leur durabilité était préjudiciable à leurs intérêts financiers tout comme l’assassinat de J.F.K fut élaboré par on ne sait qui — mais avec la plus grande précision — par des réfugiés cubains, le complexe militaro-industriel, la mafia, la CIA… Autant de conspirateurs possibles à combiner selon vos préférences.

Mais que je sache, la Trilatérale, le Club du Siècle, le Conseil de l’Europe, Georges Soros & consorts… ne se réunissent pas encagoulés dans des caves, mais dans de luxueux chalets suisses éclairés en plein soleil alpin, ce qui n’empêche pas que, dans cet entre-soi élitiste, ils soient synchrones au diapason quant aux buts à atteindre. Le plus souvent, il n’y a pas de conspiration ; il n’y a que des conjonctions d’intérêts comme des convergences de convictions.

Pour ne pas décevoir certains et, surtout, pour ne pas perdre trop de lecteurs, je vous livre, à mes risques et périls un joli nonos à ronger, une information de première fraîcheur pas piquée des vers, un scoop puissance 4 : Oui, E. M. a une éminence grise, un visiteur du soir, un complice qui lui chuchote à l’oreille ! En voici la preuve : Sous sa cape de Nosfératu, l’homme fluet rase les murs de la rue des Saussaies, regarde derrière lui, pénètre dans une cour, s’assure que personne ne l’observe et, furtif, soulève une plaque d’égout. Il descend les barreaux gluants et rouillés. Le souterrain est éclairé de torches vacillantes. Les ombres palpitent en un ballet fantasmagorique. Comme tous les soirs de rendez-vous discrets, Alexandre B. l’attend au détour d’une sombre encoignure. Il guide l’homme encapuchonné dans les catacombes dont le plan a été effacé des archives municipales par les services super secrets de la section 51. Après un cheminement sinueux parsemé de chausse-trappes à la mode moyenâgeuse, Alexandre B. actionne le dispositif qui ouvre le pan de la fausse bibliothèque où ne se trouvent que des livres factices remplis, dont on ne sait quoi. E. M. est campé devant la haute fenêtre. Il semble contempler la nuit qui recouvre le parc. « Monsieur le président, Monsieur Z. est arrivé. » Damned, les voilà !

J’ai tout juste eu le temps d’envoyer ce message à mon aimable correspondant que mon ordinateur vient de flamber sous mes yeux globuleux… Les preuves viennent d’être carbonisées dans un grand flash bizarre. C’est sûr ! Ils utilisent la zorglonde, cette arme du futur pourtant interdite par la convention de Tatouine, cette arme qui envoie des rayons destructeurs vers les puces siliconées gardiennes des mémoires vives… Les Men In Black sont déjà sur ma terrasse.... J’entends leurs pas feutrés de ninjas sans pitié… vont-ils me néantiser la cervelle ? Adieu, fidèles lecteurs, voici venue la fin d’un noble lanceur d’alerte, le dernier des Séléniens. Il ne me reste plus qu’à prier de mes huit tentacules… Zzzaaaap !!!

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