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Le gouvernement veut mettre fin aux jouets « genrés » Abonnés

ARTICLE. Noël approche. Trois ministres (Élisabeth Moreno, Agnès Pannier-Runacher et Adrien Taquet) ont signé le 29 novembre 2021 l’édition 2021 de la charte « d’engagements volontaires pour une représentation mixte des jouets avec les acteurs du secteur ». Au programme : lutte contre les stéréotypes de genre… et pose des « bases d’un nouveau modèle de société ».

Le gouvernement veut mettre fin aux jouets « genrés »


« Pour la troisième année consécutive, la signature de cette charte corrobore la volonté du président de la République de faire de l’égalité femmes-hommes la grande cause du quinquennat ». Mais de quoi est-il donc question pour mériter tant d’enthousiasme ? De lutte contre les inégalités salariales ? Contre les violences domestiques ? Contre ce qu’il est convenu d’appeler « féminicide » ? Non. Il est en réalité question de la signature le 29 novembre 2021 par trois ministres (Élisabeth Moreno, Agnès Pannier-Runacher et Adrien Taquet) de la 3e édition de la « charte d’engagements volontaires pour une représentation mixte des jouets avec les acteurs du secteur ».

Pour Élisabeth Moreno, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, « les inégalités entre les femmes et les hommes prennent racine dès l’enfance ». Elle est rejointe dans cette analyse par Adrien Taquet, secrétaire d’État en charge de l’Enfance et des familles qui explique que « nous avons tous — parents, professionnels, institutionnels — des moyens d’agir sur ce que nous leur [les enfants, ndlr] transmettons ». Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie, considère qu’une attention toute particulière doit être portée sur les jouets scientifiques, ce qui permettra « de rendre les métiers scientifiques et techniques plus attractifs et plus désirables pour les filles comme pour les garçons ».

Adapter les jouets aux « compétences » des enfants

Les signataires (associations, fabricants, distributeurs…) s’engagent sur la durée « afin de bâtir les bases d’un nouveau modèle de société ». Deux axes sont privilégiés pour 2021 : la production ainsi que la représentions de jouets et métiers scientifiques. Les ministres considèrent qu’il faut intéresser non seulement les garçons, mais aussi les filles qui percevraient ces jouets « comme un levier d’action face aux défis que nous rencontrons, dont le défi climatique ». Il s’en est fallu de peu pour que l’on nous parle du défi de la malnutrition mondiale ou de la recherche médicale contre le Covid. Rappelons que nous parlons ici de jouets à destination des moins de 14 ans. Les déguisements devront également éviter « le différentiel genré (sic) dans la représentation des fonctions qui impliquerait de moindres ambitions pour les filles que pour les garçons ».

La charte propose un certain nombre d’actions, dont celles des acteurs publics qui « s’engagent à sensibiliser leurs acheteurs de jouets et jeux sur l’intérêt de privilégier l’achat de produits non genrés ». Ce qui les forcera à œuvrer « auprès des acteurs de la petite enfance, de l’Éducation nationale et des activités périscolaires » afin de promouvoir « une action portant sur les jouets scientifiques adaptés aux âges des enfants et à leurs compétences ». Rappelons à nouveau ici que nous ne parlons pas de lycéens en filière professionnelle, mais de collégiens… pour les plus âgés. Mais ce vocabulaire « start-up nation » est-il si surprenant ? La ministre Agnès Pannier-Runacher ne parlait-elle pas de « magie » en parlant, bien maladroitement, des chaînes de montage de l’industrie, le 7 octobre lors de la 7e édition de Bpifrance Inno Génération ?

Un prix du « jouet qui lutte contre les stéréotypes genrés »

Depuis la première édition de la charte en 2019, les distributeurs sont incités à « proposer des visuels neutres ou mixtes, à supprimer la catégorisation filles/garçons dans les catalogues ». Les marques qui auraient développé des univers « filles » et « garçons » doivent « développer des références (jouets, déguisements) à la technique et la technologie pour les filles » et à l’inverse, développer « des références aux sujets domestiques et aux soins dans les univers ciblés “garçons” ». Le document prend tout de même bien soin de préciser que cette caractérisation par le genre « a vocation à disparaître ». Les catalogues de fabricants sont également tenus de supprimer la catégorisation jouets filles/jouets garçons afin de « promouvoir la mixité et/ou la neutralité dans la scénographie des catalogues ».

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) s’engage également à veiller à la représentation mixte des jouets dans les médias audiovisuels « afin de lutter contre les stéréotypes de sexe, dans le cadre de son bilan de la charte d’engagements volontaires pour la lutte contre les stéréotypes sexuels, sexistes et sexués dans la publicité ». Les fabricants s’engagent quant à eux à créer un prix du « jouet qui lutte contre les stéréotypes genrés ».

Pour les trois ministres, cette charte constitue « un premier pas vers la déconstruction des stéréotypes véhiculés dès l’enfance par les jouets ». L’ensemble des signataires l’assurent, il s’agit ici « d’agir dans l’intérêt des enfants et respecter la réglementation relative à la protection de l’enfance ». Toute similitude avec des caprices d’adultes adeptes de la « déconstruction » serait donc fortuite. Nous voilà rassurés.

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