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De Brigitte Macron à Jean-Michel Trogneux : des nouvelles de l’extrême droite la plus bête du monde Abonnés

ARTICLE. Une rumeur folle a surgi sur la toile ce lundi 13 décembre. Le média d’extrême droite Faits&Documents prétend que Brigitte Macron (née Trogneux) s’appellerait en réalité Jean-Michel Trogneux. Une « enquête » qui a trouvé un écho surprenant, et que la « complosphère » a rapidement récupérée.

De Brigitte Macron à Jean-Michel Trogneux  : des nouvelles de l’extrême droite la plus bête du monde


Ce n’est pas la première fois que l’actuelle première dame de France fait l’objet de rumeurs, mais celle-ci est particulièrement surprenante. Dans son édition du mois de septembre, Faits&Documents — lettre confidentielle mensuelle d’extrême droite — a publié une enquête de la journaliste Natacha Rey qui aboutit à cette étrange conclusion : Brigitte Macron serait en réalité son frère, Jean-Michel Trogneux. Bien qu’abondamment moquée, cette conclusion a tout de même été copieusement relayée par la complosphère — par exemple, grâce au chanteur Francis Lalanne — via les réseaux sociaux.

Il ne fallait pas se pencher bien longtemps sur le texte de cette « enquête » pour débusquer la vacuité de l’analyse de Faits&Documents. Le média s’étonne dans un premier temps de ne voir qu’une seule photo – il n’y en a pourtant guère plus, concernant les sœurs de la femme du président — de Jean-Michel Trogneux, publiée en 2018, alors qu’il n’était qu’un petit garçon d’une dizaine d’années. Ce cliché est comparé à celui de Brigitte Macron, enseignante dans les années 1980. Les deux portraits présentent des traits similaires : voilà une preuve qu’il s’agit d’une seule et même personne. Vraisemblablement, la seule génétique ne pourrait être la raison de cette ressemblance physique. Qui a déjà vu un frère ressembler à sa sœur ?

Faisons un bond dans le temps. Faits&Documents s’interroge sur le parcours de Brigitte Macron en Alsace. En 1989, aux élections municipales de Truchtersheim, on lui propose d’intégrer la liste d’un candidat sans étiquette. Les auteurs du texte parlent désormais de « légende officielle ». Trouvant « aussi extravagant qu’improbable » la candidature de Brigitte Macron à un village — rappelons-le, elle n’est pas encore première dame de France, mais juste professeur de province — Natacha Rey considère que cet épisode « pourrait faire L’objet d’une enquête plus approfondie » et estime que « tous renseignements complémentaires seraient les bienvenus ».

La preuve par le skateboard

Des témoignages sont cités. Ils sont extraits du livre de la journaliste (Vanity Fair et JDD), Sylvie Bommel, Il venait d’avoir dix-sept ans, consacré au couple Macron. On y lit ceci : « Elle était enthousiaste (…) elle voulait créer un skatepark ». L’article s’attarde sur ce passage, manifestement important à ses yeux : « En plus d’être saugrenue, cette histoire de skatepark sonne faux, de par les racines et de par les origines sociales de “Brigitte” », affirme-t-il, avant d’enfoncer le clou « mais aussi parce que ce type de structure n’existe alors en France qu’à Lège-Cap-Ferret ». Ce sport serait venu de Californie en 1991 nous explique-t-on, « or la “légende officielle de Brigitte ne mentionne aucun lien avec la Californie avant 2014 et aucun lien avec Lège-Cap-Ferret ». Cette anecdote suffirait donc à en déduire l’existence d’une « légende ». Au sujet des skate-parks, des photos de skateboardeurs envahissant le Trocadéro (aménagé pour l’occasion) à la fin des années 70, suffisent à démontrer le grotesque de cet argument.

Continuons. Lors de son discours de mariage avec Brigitte, Emmanuel Macron se serait adressé aux enfants de son épouse : ‘​​Je vous remercie de nous avoir acceptés, de nous avoir aimés comme nous étions (…) vous avez fait ce que nous sommes aujourd’hui, c’est-à-dire quelque chose de pas tout à fait commun. Un couple pas tout à fait normal, même si je n’aime pas beaucoup cet adjectif ». Pour le média, « cette description du couple ne sonne pas comme se référant simplement à une différence d’âge ni même à un détournement de mineur. Comme s’il y avait autre chose», insinue-t-il. Une différence d’âge de plus de 24 ans entre les deux époux, le fait que l’une ait été la professeur de l’autre au lycée, qu’elle ait divorcé pour le rejoindre n’est-il pas suffisant pour expliquer ce passage ?

Plus délirant enfin, l’équipe de Faits&Documents affirme que les trois premiers enfants de Brigitte Macron seraient en réalité la progéniture que Jean-Michel Trogneux (pas encore devenu Brigitte) aurait eu avec Catherine Audoy-Auzière. Auzière étant le nom du premier mari de Brigitte, André-Louis, décédé en 2019 et dont le média complotiste remet en cause également l’existence. Comme les enfants de la première dame de France auraient le tort de ressembler de loin à cette femme, c’est alors évident : Catherine Audoy-Auzière ne peut être que la véritable mère de cette progéniture. Et Jean-Michel Trogneux, son époux.

« On peine à croire qu’il s’agisse d’un simple divorce »

Faits&Documents se pose alors quelques questions : « Jean-Michel Trogneux était-il atteint de ce trouble psychiatrique qu’est la dysphorie de genre ? Aurait-il eu recours à une opération ? Après sa ‘réassignation’, aurait-il choisi ‘Brigitte’ comme prénom ? ‘Brigitte’ et Jean-Michel Trogneux ne sont-ils qu’une seule et même personne ? » À nouveau, la lettre mensuelle se livre à une interprétation très personnelle des propos de la première dame de France : « à quel choix ‘vital’ « Brigitte» fait-elle référence à Elle (18 août 2017) ? On peine à croire qu’il s’agisse d’un simple divorce quand on lit : ‘je sais que j’ai fait du mal à mes enfants et c’est la chose que je me reproche le plus. Mais je ne pouvais pas ne pas le faire. Il y a dans votre vie ou vous faites des choix vitaux. Et pour moi ça l’a été ».

Toutes les questions posées ci-dessus n’étaient que rhétoriques. Pour Natacha Rey, la cause est entendue : Brigitte Macron serait bel et bien en réalité Jean Michel Trogneux et aurait changé de sexe à la fin des années 80. Des preuves pour valider une telle théorie ? Aucune si ce n’est quelques faisceaux d’indices biaisés comme ceux mentionnés tout au long de cet article ou cette relative opacité qui régnerait autour de l’entourage de Brigitte Macron. Sylvie Bommel ne semble pas avoir rencontré exactement les mêmes difficultés dans son enquête. Aucun témoignage de proche ou moins proche ne vient étayer un faux séjour en Alsace, un faux mariage, ou un changement de sexe.

Et pourtant, une partie des internautes s’est engouffrée dans le pire des complotismes de bas étage, sans aucune réserve. Il y a ceux qui veulent y croire par antimacronisme. Il y a ceux qui croient toutes les thèses complotistes, sans aucune réserve. Enfin, il y a ceux qui ont pu lire l’article et le relayer, l’estimant crédible. À ce stade, il n’y a plus qu’à soupirer et à lâcher un laconique : ‘Adieu les cons’ ! Au fait, a-t-on déjà vu Albert Dupontel et Jean Castex dans la même pièce au même moment ?

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