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Charles-Henri Gallois : « L’Europe supranationale est un concept ringard, inefficace et dépassé » Abonnés

ENTRETIEN. La France – et, à travers elle, Emmanuel Macron – a pris la présidence du Conseil de l’UE depuis le 1er janvier. Alors que le drapeau européen vient d’être retiré de l’Arc de Triomphe, nous sommes revenus avec Charles-Henri Gallois, président de Génération Frexit, sur le sondage récent (25 décembre) du JDD qui confirme l’attachement des Français à l’Europe des nations.

Charles-Henri Gallois : « L’Europe supranationale est un concept ringard, inefficace et dépassé »


Front populaire : Ce sondage est-il encourageant pour les souverainistes et leurs idées ?

Charles-Henri Gallois : Il est très encourageant. Si l’on exclut les indécis, cela veut dire que 58 % des Français sont favorables à une Europe des nations. Il convient maintenant de définir ce concept et quels sont les moyens d’y parvenir et c’est là que cela devient d’autant plus intéressant. Une Europe des nations est l’antithèse de l’UE. Qu’est-ce que l’Europe des nations ? Il s’agit uniquement de coopération internationale. Concrètement, vous mettez des moyens en commun sur tel ou tel projet et avec tel ou tel pays uniquement lorsque vous avez des intérêts convergents. C’est le cas avec Airbus ou Ariane. C’est l’inverse de l’UE supranationale, concept ringard, inefficace et dépassé au XXIe siècle : sur tous les sujets, à 27 pays, vous devez adopter la même ligne malgré des intérêts divergents. Cela ne marche pas et c’est totalement stupide. L’UE supranationale n’est imitée nulle part ailleurs dans le monde. Drôle de modèle auquel on s’accroche ! Si l’on va plus loin, ce qui a fait la richesse de l’Europe, c’est l’inverse du modèle de l’UE. C’est sa diversité ! La diversité des moyens de développement a fait sa richesse. Appliquer un même modèle à 27 pays est aussi aberrant que d’investir dans un seul et unique actif. Ce qui fait la solidité d’un portefeuille, c’est qu’il est diversifié et si une valeur baisse, une autre prend le relais.

Ce sondage montre en tout cas que les Français sont lucides et veulent récupérer la souveraineté au niveau national. Concernant les moyens de le faire, l’UE étant irréformable avec les traités qui se modifient à l’unanimité, le seul moyen cohérent pour avoir une Europe des nations est de se débarrasser de cette UE. C’est donc le Frexit. Bien évidemment, ce n’est pas encore perçu comme cela par une majorité de Français mais un vrai débat permettra d’arriver à cette conclusion.

FP : Pourquoi le sentiment d’appartenance à l’UE et l’idée de « souveraineté européenne » ont-ils selon vous autant de mal à susciter l’adhésion des Français ? Nos voisins semblent plus ouverts que nous à cette dernière idée, pourquoi ? (50% d’Italiens et 43% d’Allemands favorables)

C-HG : Je pense qu’intuitivement les Français comprennent qu’une souveraineté européenne, c’est une dépossession de la France. C’est par ailleurs un concept grotesque et un oxymore. La souveraineté ne peut être que nationale. Comme le disait le général de Gaulle, souveraineté et démocratie vont de pair. Or il n’y a une démocratie et une souveraineté que lorsqu’il y a un peuple. Vous pouvez le souhaiter, le rêver ou le fantasmer mais il n’y a pas de peuple européen. Dès lors, il ne peut pas y avoir de souveraineté et de démocratie européennes. C’est un concept totalement fumeux. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit porté par des Nathalie Loiseau, Clément Beaune et Emmanuel Macron. Des penseurs médiocres pour un concept vide.

Concrètement, la souveraineté européenne veut dire qu’on serait heureux de produire en Pologne ou en Bulgarie plutôt qu’en Chine. Je pense que l’ouvrier qui a vu délocaliser son usine dans les pays de l’Est se moque totalement que l’usine aille en Pologne plutôt qu’en Chine. Il voit surtout que son usine a quitté la France.

Il est étonnant que nos voisins italiens et allemands soient plus favorables à ce concept. Pour ce qui est des allemands, il est fort possible qu’ils voient dans la souveraineté européenne le moyen de récupérer notre industrie de défense, voire notre arme nucléaire et notre siège au Conseil de sécurité de l’ONU. C’est la logique même d’une souveraineté européenne. L’Allemagne dominant l’UE à tous les étages, ce serait donc un transfert vers et pour les intérêts allemands. On peut comprendre avec ce prisme qu’ils y soient plus favorables.

FP : Environ un tiers des Français sondés (31%) « ne savent pas » comment se positionner sur cette question pourtant fondamentale (souveraineté nationale ou européenne ?). Comment atteindre ces gens-là d’ici 2022, comment les convaincre ?

C-HG : Je pense que c’est une question de concept et de définition. Les deux notions restent assez vagues pour les Français. Si vous leur demandez ce que vous mettez derrière la souveraineté européenne, je pense qu’il y aura autant de réponses différentes que de personnes interrogées. Si l’on définit les concepts et les conséquences concrètes de l’adoption des deux modèles, je pense non seulement que l’immense majorité des indécis basculera du côté de l’Europe des nations mais que le nombre de réponses en faveur de la souveraineté européenne diminuerait encore plus. Il faut donc expliciter au maximum le concept et ses conséquences pour le grand public. La souveraineté européenne, c’est le fédéralisme européen. Je pense que cela représente tout au plus entre 10 et 15 % de l’électorat. C’est à peu près le noyau dur de l’électorat macroniste. Emmanuel Macron sait que son concept et d’une manière générale ses idées sont très minoritaires en France. Il s’en fiche et clive toujours plus pour raffermir son socle. Son espoir de réélection alors qu’il est très minoritaire est de se retrouver au 2e tour face à une personnalité encore plus rejetée que lui, comme ce fut le cas en 2017.

FP : Une campagne présidentielle que Macron va d’ailleurs aborder en tant que « président de l’Europe » ? Cela peut-il avoir une influence sur notre scrutin national ?

C-HG : Emmanuel Macron essaie bien évidemment d’en jouer pour se donner une stature internationale alors qu’il a échoué dans tous ses chantiers sur le plan européen ou même international. Dans les faits, il continuera à échouer sur l’Europe de la défense ou une Europe soi-disant plus sociale. La Finlande lui a d’ailleurs fait un bras d’honneur monumental en commandant les avions F-35 américains au moment où il commençait sa communication sur le sujet. Il présentera sans doute des avancées cosmétiques mais il n’y aura rien de concret. Je ne pense pas que cela aura une grande portée sur le scrutin concernant les indécis. Cela va sans doute renforcer sa base la plus fanatique qui sera en extase devant cet épisode. On le voit d’ailleurs avec la propagande de tous les bâtiments illuminés aux couleurs du drapeau de l’UE. Ce drapeau de la honte a même remplacé le drapeau français le 1er janvier sous l’Arc de Triomphe, au-dessus de la tombe du Soldat inconnu. Affront ignoble pour tous nos soldats morts pour la France, notamment pour la préserver de l’Allemagne impérialiste. Gros bras d’honneur aussi vis-à-vis des millions de Français qui ont voté NON en 2005 par référendum au TCE, seul texte où apparaissait les symboles de l’UE que sont le drapeau et l’hymne à la joie. Nous avons mis une pression énorme, notamment sur les réseaux sociaux et ils l’ont retiré le 2 au matin. En bref, il pourra au mieux gratter quelques points à l’électorat âgé de LR avec cette séquence de la présidence de l’UE. C’est sans doute son objectif.

FP : Au vu ce des résultats plutôt favorables à l’Europe gaullienne des nations, comment expliquer que les Français élisent des gens comme Macron ou Castaner qui nous expliquent sans sourciller que l’élection présidentielle est une élection « locale » européenne. Comment expliquer ce qui continue d’apparaître comme le grand paradoxe du souverainisme ?

C-HG : C’est tout le problème de l’élection présidentielle. On ne gagne pas la présidentielle sur la seule question de l’UE. Le scrutin présidentiel est une figure médiatique imposée où l’UE est traitée de façon minoritaire par les médias ou lors des débats. Cela sera un petit volet au milieu d’économie, écologie, agriculture, éducation ou santé. Il est bien évident que toutes ces thématiques sont liées à l’UE mais tout est segmenté lors de ce format. C’est d’ailleurs pour cela que le Frexit ne peut pas gagner à court terme lors d’une présidentielle. Pour le souverainisme au sens large, le problème vient plus de la personnalité qui l’incarne et de la possibilité de rassembler les 50 % + 1 voix. Les électeurs de Macron au 2e tour n’ont, dans leur majorité, pas voté sur la question européenne mais contre Le Pen. Par rejet. Pour traiter sérieusement de la question européenne, il est impératif d’avoir un référendum sur notre appartenance à l’UE. C’est là que l’on pourra avoir un vrai débat. Les Français se prononceront enfin sur cette question après un vrai débat contradictoire. Je suis sûr que nous l’emporterons. Je vous invite tous à soutenir la pétition qui va dans ce sens. Il est important que cette question soit centrale en 2022 et que les candidats à la présidentielle l’intègrent dans leur programme.

https://referendum-ue.org/

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