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OPINION. Derrière le verni de modernité et de bienveillance, la start-up nation vendue par Emmanuel Macron cache une culture française d’entreprise malsaine et destructrice pour les salariés.

La France, France Télécom


Si ce n’est ni un scoop, ni une découverte, mais un bien triste constat, depuis 5 ans, la start-up France de Macron est managée par « délégation de responsabilité », aurait écrit Reinhard Höhn . Car, non, la France n’est pas gouvernée comme une nation dotée d’une population riche de son histoire et forte de sa diversité.

Faut-il rappeler que Macron est de cette génération de managers à la « France Télécom », devenue Orange ; un adepte bien discipliné de ces méthodes managériales délétères étendues à l’hôpital, à la SNCF, à La Poste, ou à EDF… Faut-il rappeler que l’ex-ministre du Travail Muriel Pénicaud fut administratrice d’Orange, que l’actuelle ministre du Travail est responsable de la réforme de la SNCF et que Pierre Ramain, Directeur général du Travail, cautionne les managers d’EDF qui demandent aux salariés de ne pas déclarer leur accident de travail.

L’idée essentielle d’un tel management est que le citoyen, comme le salarié, n’ait de choix que de se conformer au « règlement intérieur » ou de s’autodétruire ; que les récalcitrants sortent « par la porte ou par la fenêtre », aurait dit Didier Lombard. Car lorsque l’insupportable, l’intolérable, devient insoutenable, vous ne vous en prenez plus à ceux qui vous maltraitent ou qui vous harcèlent en permanence, mais vous retournez la violence vers vous-même pour que la souffrance s’arrête « quoi qu’il vous en coûte ».

Si les dirigeants de France Télécom ont pu harceler de façon institutionnelle sans jamais être inquiétés ne serait-ce qu’une seconde, pourquoi n’en serait-il pas de même d’une population entière, d’autant que l’immunité présidentielle vous protège. C’est ce que la Macronie met en œuvre depuis 5 ans avec encore plus d’application et de discipline que ces prédécesseurs comme l’exigent les actionnaires.

Après avoir détruit France Télécom, l’hôpital, l’éducation nationale, la poste, la SNCF, et EDF, etc., bref, toutes les institutions à caractère public d’après-guerre qui avaient à cœur de reconstruire et servir les citoyens et que les salariés avaient à cœur de servir, sont détricotées de leurs savoir-faire afin que la France puisse rentrer dans un tableur Excel avec des KPI ad hoc.

Macron n’a rien d’un président, mais tout du PDG, à la merci des actionnaires à qui ses prédécesseurs ont vendu la France par petits bouts : les pays membres de l’Union européenne et les lobbies. Et comme dans toute entreprise, les actionnaires toujours plus gourmands veulent toujours plus de pouvoir : ils demandent tant et plus de diriger eux-mêmes l’entreprise, afin d’en tirer plus de profits et donc d’en dégager plus de salariés. Pourtant, cette strate dans l’échelle hiérarchique que représente Macron, ce «n-1», permet de faire tampon ; l’Union européenne dirige à distance, harcèle — par sbires interposés — tant et plus sans jamais être inquiétée, comme le faisait l’équipe de Didier Lombard qui affirme insolemment « qu’il ne peut pas y avoir harcèlement puisqu’il ne connaissait pas personnellement les personnes qui se disent harcelées », voire se sont suicidées.

Dans la start-up France, c’est la même chose. Mais le jour où la ficelle deviendra trop grosse, il sera trop tard ; les liquidateurs seront déjà bien loin, tous à l’abri, ayant changé de poste et d’entreprise au moins trois fois, tous irresponsables de leurs actes, dilués dans l’histoire de ce monde amnésique du dilutif. Comme à France Télécom, comme à EDF. Aujourd’hui, on dilue tout ! C’est comme une goutte de sirop que vous mettez dans l’eau. Une goutte chaque jour pendant 5 ans, vous faites des accros au sucre comme aujourd’hui vous faites des accros à la parole présidentielle, des inaptes à penser pourvu qu’ils aient leur dose. C’est la grenouille que l’on met dans l’eau froide et que l’on fait chauffer à petit feu. Ramollie, ankylosée, elle n’a plus la force d’utiliser ses pattes pour s’extraire et meurt à gros bouillons.

De même, ankylosés, les citoyens-salariés de la start-up nation ont cessé d’utiliser leurs neurones. Incapables de la moindre réflexion, de la moindre analyse et du moindre libre arbitre, ils épongent tout ! Car penser demande du temps, demande du recul, demande de la logique et de la rationalité, des références, des connaissances et une certaine culture, bref cela demande quelques efforts. Or, le sucre a remplacé l’éducation, l’histoire, la mise en récit, excluant nos anciens non-accros avec tout ce qu’ils ont construit, créant un monde de l’immédiateté, où il n’y a plus de références, plus de passé, plus d’histoire et des vieux cons ! La seule référence c’est l’instant. Ce qui était vrai hier n’est plus vrai aujourd’hui… Ce n’est pas grave… pourvu que l’on prenne sa dose ou de devenir schizophrène !

Dans ce mouvement perpétuel, votre addiction et le covid — un facilitateur bienvenu — vous font perdre vos repères sans même voir que la France vit un plan social qui ne dit pas son nom, comme à France Télécom. Une précarisation à tour de bras, celle des chômeurs, des retraités, l’éviction de 30 % des soignants, de milliers de restaurateurs, et de tous les mis « hors d’état » de la société. Les « gestes barrières », qui, comme les entretiens individuels dans l’entreprise; vous isolent, supprimant tout espoir d’entraide.

Dans un cynique élan de générosité, Macron nous parle de « salaire minimum ». Vous vous tenez mal, on vous enlèvera une partie de votre salaire. Chez France Télécom, on réduisait votre bureau de 12 m² à 7 m², sans rien vous dire, ou vous disparaissiez de l’organigramme, comme à EDF d’ailleurs. Un crédit social à la française.

Vous êtes tous des salariés de la start-up France, on vous tient par les couilles. Voilà le triste avenir que l’on promet à nos enfants aujourd’hui, qui sera bien pire dans les semaines, les mois qui viennent. Une question me turlupine : est-ce pour cela que Macron n’a pas d’enfant ? Je ne pense pas, ces derniers auraient été épargnés, comme Benalla d’ailleurs ! Et Brigitte est trop vieille !

Et vous, Français, êtes-vous déjà complètement anesthésiés et amnésiques ? Comptez-vous sur les oppositions pour jouer le rôle des syndicats à ce jour insignifiants dans les entreprises ? Où est l’âme des résistants de nos parents qui se sont battus pour les libertés, pour nos libertés ? J’ai tout simplement honte, car, comme le dit si justement Idriss Aberkane : « L’humain libre est celui qui n’écoute que sa conscience, dans toutes les circonstances et qui ne se laisse jamais impressionner sous aucun prétexte ».

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