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L' "Étoffe de l'Europe" a été inaugurée à Bruxelles... aux frais du contribuable français Abonnés

ARTICLE. Inaugurée le lundi 10 janvier à Bruxelles, l’« Étoffe de l’Europe » habillera les bâtiments du Conseil de l’Union européenne pendant 6 mois, le temps de la présidence tournante française. Ces toiles feront « écho » aux « défis majeurs » que sont les transitions numériques et écologiques. Et c’est le contribuable français qui régale.

L' "Étoffe de l'Europe" a été inaugurée à Bruxelles... aux frais du contribuable français


Ainsi le veut la tradition, lors de chaque présidence du Conseil de l’Union européenne, les bâtiments du Conseil accueillent un projet artistique élaboré par l’État membre qui assure la présidence tournante du Conseil : c’est désormais au tour de la France, et par elle de la Macronie. Le lundi 10 janvier, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, accompagnée du secrétaire d’État chargé des Affaires européennes Clément Beaune, ont inauguré l’« Étoffe de l’Europe », dans le bâtiment bruxellois, nom pompeux pour désigner la matière que « tissent ensemble les États européens » (dixit le dossier de presse de l’Institut français qui accompagne la mise en œuvre de l’ouvrage).

Plus concrètement, cette « Étoffe de l’Europe » comprend notamment deux gigantesques toiles tissées, composées des 37 couleurs issues des 27 drapeaux des États membres. Elles encadrent l’allée de l’atrium Justus Lipse. Sept productions artistiques à base de tissus sont ainsi disposées au sein des bâtiments du Conseil de l’Union européenne.

Pour Roselyne Bachelot, l’Étoffe de l’Europe « célèbre la puissance et la créativité de l’Europe et des Européens qui la constituent et en tissent la toile au quotidien ». Le dossier de presse évoque un projet qui « symbolise l’appartenance de 450 millions de citoyens tout en exprimant la diversité de leurs cultures ». Les sept espaces décorés seraient « l’incarnation d’une Europe dans le maillage de liens, les relations entre les nations, les flux de personnes et de marchandises », mais aussi « les réseaux d’échanges de data et d’informations tant au sein de l’Europe qu’avec le reste du monde ». Rien que ça.

Des œuvres censées représenter les transitions numérique et écologique

Attention, si de ce « data-tissage, complexe en apparence » est né « un motif évolutif, pétillant, joyeux, où tous et chacun se reconnaît », l’affaire a été traitée très sérieusement en haut lieu. Chaque ruban a fait l’objet, au cours de l’élaboration du projet, d’une validation diplomatique avec les ambassades en France de chacun des États membres de l’Union européenne. Un incident est si vite arrivé, d’autant qu’il s’agit de célébrer ces femmes et des hommes qui depuis la naissance de l’UE « tissent patiemment les mailles d’une Europe institutionnelle ».

Il fallait bien franchir le cap de la métaphore sur le tissage pour rentrer dans le concret de la présidence à venir. L’Étoffe de l’Europe doit symboliser le triptyque cher à Emmanuel Macron, « relance - puissance – appartenance ». Au-delà de cette bien curieuse interprétation, elle doit également s’appuyer sur la notion de tissage et la métaphore du textile. La France nous apprend que ces deux notions « convoquent précisément les deux enjeux majeurs, que sont les transitions numérique et écologique, auxquels la présidence française du Conseil de l’Union européenne entend associer sa gouvernance ». Pour expliquer cet étrange cheminement intellectuel et artistique, l’Institut français évoque la programmation du tissage Jacquard, spécialité française, qui « a inspiré l’ancêtre de l’ordinateur ». Conclusion : « il n’y a qu’un pas à franchir du textile au numérique ». Soit.

340.000 euros aux frais du contribuable français

Le projet a été mené à bien par les Ateliers Adeline Rispal en lien avec l’agence de design graphique SI (Studio Irrésistible). Interviewée par l’Institut français, Adeline Rispal explique le bien-fondé de sa proposition artistique, validée en concours en juin 2021 : « Le textile renvoie à la métaphore des liens qui se tissent dans le travail long et patient de la construction européenne : faire, défaire, refaire, etc. ». Et l’artiste de vanter les vertus du tissu, « un matériau vertueux, léger à transporter et d’empreinte écologique faible selon les matériaux qui le constituent ». Un outil qui permet « de transformer complètement un espace à peu de frais ».

Sur ce point, le peu de frais reste à nuancer : l’appel d’offres de la Direction des services administratifs et financiers (DSAF) (validé le 17 novembre) fait état d’une valeur totale du marché de 340 000 euros. Somme intégralement payée par le contribuable français, aucune aide européenne n’étant versée à cette occasion. La tradition, on vous dit !

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