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Entretien
Ce que le décès de David Sassoli dit de l'Union européenne Abonnés

ENTRETIEN. Le président du Parlement européen, David Sassoli, est décédé dans la nuit de lundi à mardi. Depuis lors, les médias tressent des couronnes de lauriers à celui qui a « consacré sa carrière à l’Europe ». Nous avons interrogé Charles-Henri Gallois, président de Génération Frexit, sur ce triste événement.

Ce que le décès de David Sassoli dit de l'Union européenne


Front Populaire : Le traitement de la mort de David Sassoli interroge. Les médias se pressent de raconter sa carrière par le menu. N’est-ce pas surtout parce qu’il était inconnu des Français ?

Charles-Henri Gallois : Il est normal de rendre hommage à un mort, même si je suis à l’opposé de ses idées politiques.  On peut en revanche considérer que nos médias en font en effet beaucoup alors que ce monsieur était strictement inconnu en France. C’est cela dit le cas de la plupart des eurocrates alors même qu’ils jouissent d’un pouvoir plus important que nos politiques nationaux. Ce paradoxe entre la notoriété et le pouvoir réel a le mérite de révéler le caractère antidémocratique de l’UE : le pouvoir a été transféré à des inconnus, la plupart du temps étrangers, très éloignés du peuple et qui n’ont aucun compte à lui rendre. Tout transfert de compétence à l’échelle de l’UE est par essence un affaiblissement de la démocratie.

FP : Hormis le fait qu’il était « bon vivant », « solidaire », « humaniste », « bon » et « démocrate », retenez-vous quelque chose de son mandat à la tête du Parlement européen ?

C-H G : Je ne le connaissais pas personnellement mais de l’avis général, c’était quelqu’un d’ouvert et agréable humainement. Maintenant, pour ce qui de son mandat à la tête du Parlement européen, il est inhérent au poste, c’est-à-dire qu’il avait plus un rôle d’apparat. Je veux dire par là que le Parlement européen n’est qu’une chambre d’enregistrements des décisions de la Commission européenne non élue. Dans ce contexte, son président travaille main dans la main avec la Commission pour faire passer les textes mais il est à la tête d’un Parlement totalement inutile et qui coûte cher. Certains diront qu’il en est de même avec les godillots En Marche. On ne pourrait les contredire mais il y a une différence de taille : l’Assemblée nationale peut proposer des lois et est donc un pouvoir législatif à part entière. Le Parlement européen quant à lui n’a pas ce pouvoir ou uniquement en co-décision avec la Commission. Il est là pour faire joli et donner l’illusion d’une soi-disant démocratie européenne. Dans les faits, en l’absence de de peuple européen, il ne peut y avoir de démocratie européenne. Dans le fonctionnement, c’est bien la Commission européenne non élue qui cumule les pouvoirs exécutifs et législatifs. Vous l’avez compris, tant sur le fond que dans son fonctionnement, l’UE est à l’opposé des principes démocratiques quand bien même elle n’a que les valeurs démocratiques à la bouche.

FP : C’est l’actuelle vice-présidente, la maltaise Roberta Metsola, qui est pressentie pour succéder à David Sassoli. Lui était de « gauche », elle de « droite ». Ce clivage a-t-il un sens à l’échelle européenne ?

CH-G : Ce « changement » va montrer une fois de plus que cela ne va rien changer. C’est de la cosmétique ou si vous préférez du théâtre. Un président de gauche n’a rien changé sur la fraude et l’évasion fiscales, sur le problème des travailleurs détachés, sur le dumping social et fiscal au sein de l’UE. L’UE est une démocratie de façade où les grands choix sont déjà gravés dans le marbre par les traités européens qu’on ne peut pas modifier. Il faut l’unanimité des 27 gouvernements et parlements nationaux pour changer une ligne d’un traité. Si vous êtes un tant soit peu lucide, vous savez pertinemment que personne ne peut et ne veut revenir sur ces traités de façon radicale. Les traités actuels sont déjà le fruit de compromis de 60 ans d’âge entre intérêts nationaux divergents, après des marathons de négociations bruxelloises. La vraie question qui devrait être posée aux Français, c’est celle de l’appartenance à l’UE puisque celle-ci ne changera pas et que sa politique ne leur plaît pas.

Si l’on veut avoir une élection présidentielle qui compte en 2022 et pour que les candidats soient crédibles, il est essentiel qu’ils intègrent un référendum sur notre appartenance à l’UE. Dans le cas contraire, nous connaissons déjà la politique qui sera menée lors des cinq prochaines années. Ce sera la même que lors des précédents quinquennats.

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