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Michèle Tribalat : « Je ne vais pas tricher pour donner tort à Renaud Camus » Abonnés

ENTRETIEN. Démographe et anciennement chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (Ined), Michèle Tribalat s’attaque dans son dernier livre (Immigration, idéologie et souci de la vérité, éd. L’Artilleur) aux petits et gros détournements idéologiques au sujet de l’immigration. Nous l’avons interrogée à ce sujet. Retrouvez ses analyses sur : http://www.micheletribalat.fr/ 

Michèle Tribalat : « Je ne vais pas tricher pour donner tort à Renaud Camus »


Front populaire : Tout au long de votre ouvrage, vous faites référence à une « élite du bon goût » en matière d’immigration. Qui visez-vous exactement ?

Michèle Tribalat : Je vise journalistes, intellectuels, chercheurs et politiques qui cherchent à tout prix à démentir et à ridiculiser les perceptions communes des gens ordinaires sur la question de l’immigration. Ils se font fort de démontrer, par tous moyens, que ces gens se trompent et manquent de goût parce qu’ils soutiennent des opinions qu’ils jugent moralement inacceptables. Je ne prétends pas, ce faisant, que ces perceptions communes décrivent précisément la réalité telle qu’elle est. Mais je prétends que tous les moyens ne sont pas bons et qu’il n’est pas sain, en démocratie, que ceux dont c’est le métier de produire des informations rusent avec les faits pour réformer l’opinion publique.

FP : La notion de « solde migratoire » est régulièrement invoquée dans les médias et par les politiques, car elle cumule deux avantages : sa simplicité d’utilisation et sa scientificité. Pourquoi considérez-vous qu’elle est inopérante ?

MT : Je suis d’accord avec vous sur la simplicité. Le solde migratoire est censé faire le bilan des entrées et des sorties dans l’année. Mais je ne vous suis pas sur la scientificité, puisque ce solde migratoire n’est jamais mesuré en France. C’est un résidu. Est appelé solde migratoire tout accroissement de population qui, d‘un 1er janvier au suivant, ne s’explique pas par le mouvement naturel (naissances - décès) qui, lui, est bien connu. Sans parler des ajustements introduits certaines années par l’Insee, pour tenir compte d’un changement de qualité ou de méthode dans les recensements. Par ailleurs, recourir au solde migratoire pour décrire l’immigration étrangère en France c’est souvent la réduire à un petit filet car ce solde mélange les entrées et les...

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Publié le 22 janvier 2022
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