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Erdogan
L-A. du Plessis : "L’arrivée d’Erdogan au pouvoir eût été impossible sans l’aveuglement occidental." Abonnés

ENTRETIEN. Comment Ergodan est-il passé du statut d’ami à celui de bête noire de l’Occident ? Auteur de l’ouvrage Erdogan ou la haine de l’Occident (éd. Jean-Cyrille Godefroy), le journaliste Laurent Artur du Plessis a répondu à nos questions.

L-A. du Plessis : "L’arrivée d’Erdogan au pouvoir eût été impossible sans l’aveuglement occidental."


Front Populaire : Erdogan est aujourd’hui régulièrement dépeint dans les pays Occidentaux comme une menace, mais en a-t-il toujours été ainsi ?

Laurent Artur du Plessis : Non, bien au contraire. En 2003, les élites occidentales ovationnèrent l’accession d’Erdogan au poste de Premier ministre suite à la victoire de son parti, l’AKP –  Adalet Ve Kalkinma Partisi, Parti de la justice et du développement – aux législatives de l’année précédente. Elles se grisaient des proclamations de l’AKP (dès sa fondation en 2001 par Erdogan) pour l’intégration de la Turquie à l’Union européenne (UE) et les valeurs démocratiques occidentales. Ces positions novatrices tranchaient sur le radicalisme anti-UE et anti-Occident de Necmettin Erbakan, charismatique leader de l’islamisme politique turc depuis les années 60, fondateur du mouvement islamique Vision nationale (Milli Görüs), Premier ministre de juin 96 à juin 97, et ex-mentor d’Erdogan !

Le tableau idyllique que donnait à voir l’AKP s’enrichissait de promesses conformes à ces « Critères de Copenhague » auxquels doit satisfaire tout pays candidat à l’entrée dans l’UE : garantie de l’État de droit, de la démocratie et des droits-de-l’homme, respect et protection des minorités. Une fois au pouvoir, dans un premier temps l’AKP exécuta ses promesses. Décidément comblés, les Occidentaux plébiscitaient Erdogan comme un « islamo-démocrate », doux reflet musulman de leurs paisibles chrétiens-démocrates.

En avril 2005, dans l’un de mes livres, 10 questions sur la Turquie et 10 réponses qui dérangent  (éditions Jean-Cyrille Godefroy), je soutenais que les Occidentaux, en empêchant l’armée turque – gardienne de la laïcité kémaliste mais tributaire de leur soutien financier et logistique – de faire interdire l’AKP, faisaient le lit d’une future dictature islamiste : une fois les militaires privés des leviers de commande de leur despotisme laïciste par les réformes démocratiques d’Erdogan, celui-ci, désormais à l’abri...

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Publié le 29 janvier 2022
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