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Libertés
Reconquérir une parole libre

Usant de lois liberticides et d'intimidations idéologiques, la macronie tente d'étouffer la dissidence. Face à cet assaut, il est plus que jamais vital de retrouver le sens de la critique et du débat.

Reconquérir une parole libre
Anne-Sophie CHAZAUDPhilosophe
Publié le 23 juin 2020

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Depuis que Saint-Just, l’Archange de la Révolution, a formulé le fameux oxymore "pas de liberté pour les ennemis de la liberté", la France, et notamment les Français qui s’inscrivent dans la filiation idéologique jacobine, nourrissent des rapports contrariés avec la liberté.

Dans notre pays, les pulsions liberticides se parent de vertus théoriques et pratiques, la fin justifiant manifestement les moyens. La liberté  d’expression est, à ce titre, l’objet d’attaques multiples, polymorphes, en apparence sans lien logique les unes avec les autres, mais qui, en réalité, font système dans un redoutable étau dissimulé sous la loi du  29 juillet 1881 dite "sur la liberté de la presse", laquelle s’est  transformée au fil des interventions infinies du législateur en un épais mille-feuille de restrictions (plus de 400).

La période la plus récente représente une acmé de cette passion liberticide. Passion encouragée tout à la fois par la folie du militantisme sociétal et victimaire que par la répression des mouvements de contestation sociale et politique exprimés par un peuple français cherchant tout simplement protéger ses intérêts (à l'exception notable des mouvements communautaristes qui, parce qu'ils sont les alliés objectifs et idéologiques du pouvoir néo-libéral, bénéficient de son infinie complaisance).

Cette passion liberticide se nourrit également de la judiciarisation et la criminalisation de l’expression. Ne nous y trompons pas: ce qui est visé à travers la liberté d’expression est toujours ce dont elle est porteuse, à savoir la liberté de conscience et d’opinion. Il s’agit de formater les esprits. Il n’est que de voir la déferlante hystérique qui s’est abattue dès l’annonce du projet du nouveau média Front Populaire, avant même que tout contenu ait été publié, pour comprendre la difficulté éprouvée par certains à tolérer l’idée même d'une expression d’opinions divergentes, qu’il s’agisse de la critique des institutions européistes dans leur forme actuelle de démantèlement des souverainetés nationales et populaires, ou de la remise en question du modèle multiculturel et communautariste.

L’ère macronienne incarne la quintessence de cette logique systémique liberticide. L’expression de l’opposition sociale et politique y a connu une répression sans précédent depuis la période de la guerre d’Algérie. Ont été visés les infirmières, les pompiers, les urgentistes, les ouvriers, les retraités et tant d’autres… auxquels le pouvoir n'a rien trouvé de mieux à répondre, lors de la crise sanitaire qu’il a si mal gérée, que par de pitoyables remerciements en lieu et place de l’écoute et de la considération qui eussent été de mise.

L’exécutif n’a pas eu de mots assez méprisants et violents ("Gaulois réfractaires", "foules haineuses" etc.) pour s’acharner sur les Gilets Jaunes puis sur les opposants à la réforme inepte du système de retraites, avant que ces mêmes opposants ne soient opportunément phagocytés par l’ultra-gauche et autres black blocks, lesquels sont autant d’idiots utiles du pouvoir dans leur habituelle besogne de décrédibilisation des mouvements populaires.

La liberté d’expression, dont le droit de manifester est une des composantes collectives indispensables, a fait ces deux dernières années l’objet d’une répression intraitable, ne bénéficiant curieusement pas de la mansuétude exprimée ces derniers jours par le ministre de l’Intérieur à l’égard des activistes communautaristes à qui l’on reconnaît subitement la primauté du principe de "l’émotion" sur la notion d’ordre public pourtant constamment opposé au peuple français:  tel était bien l’objectif de la loi dite "anti-casseurs", fournie clé en main à la majorité par une proposition LR au Sénat (dispensant ainsi le  gouvernement d’en prendre l’initiative) pour en réalité casser toute  velléité d’expression d’une souveraineté populaire retrouvée.

L’application à géométrie variable des mesures de maintien de l’ordre au motif (prétexte ?) de l’état d’urgence sanitaire, a permis de vérifier ce paradigme pervers: le pouvoir est faible avec les violents, les délinquants et les militants sociétaux les plus activistes, mais il est intraitable avec les plus humbles, le petit peuple et les Français soumis loyalement ou répressivement à la loi.

Ces derniers jours, des restaurateurs souffraient de ne pas pouvoir rouvrir correctement leurs établissements tandis qu’immédiatement après le déconfinement se tenait un rassemblement toléré de sans-papiers (en situation donc doublement illégale) en plein Paris, puis des manifestations de récupération racialiste complaisamment flattées dans le sens du poil. "Chaque Français a quelque part en lui un risque de racisme" a déclaré  la décidément consternante Nicole Belloubet, surfant sur la sémantique stalinienne du ministre de l’Intérieur qui évoque quant à lui la notion perverse de "soupçons avérés" de racisme à l’encontre des forces de l’ordre, inversant, comme toutes les pensées totalitaires, la charge de la preuve.

Il n’y a pas si longtemps, le petit peuple, réputé raciste, était impitoyablement mis à l’amende pour le moindre petit faux pas dans l’application des normes de contrôle social mises en œuvre au  prétexte de la crise sanitaire. Tout le monde a gardé en tête l’image de ces personnes âgées verbalisées pour s’être attardées durant le confinement sur un banc quelques minutes de trop, pour être allées se  dégourdir les jambes un peu trop loin sur la jetée du port, pour avoir tenté de parler au travers d’une vitre avec un conjoint résidant en  Ehpad et placé à l’isolement, et de tous ces Français qui n’ont pas pu se rendre au chevet de leurs proches mourants ou qui furent privés de cérémonies funéraires dignes de ce nom.

Pour le virus indigéniste, décolonial, racialiste, prompt à venir en soutien d’une  délinquance parfaitement décomplexée, en revanche, c’est "open bar ": le risque sanitaire semble subitement et magiquement s’être évaporé dans  la stratosphère qui, comme chacun sait, est la couche de l’espace se  situant immédiatement après la mystérieuse fachosphère invoquée ad  nauseam lorsqu’on est à court d’arguments (c’est-à-dire souvent).

L’extension du biopouvoir (pour reprendre l’expression foucaldienne) et le contrôle du "parc humain" (selon la terminologie du philosophe Peter Sloterdijk) par la verbalisation continuelle, la ponction fiscale et, au besoin, par la mise en place du traçage numérique, ne trouvent subitement plus à  s’appliquer, Emmanuel Macron allant jusqu’à évoquer la difficulté pour certains jeunes d’avoir eu à subir le confinement.

Parce que, naturellement, pour les personnes âgées privées de leurs familles  pendant des mois, pour les résidents d’Ehpad condamnés à l’isolement voire au triage non curatif pour cause de saturation des structures de soins, pour tous les adultes actifs qui vont désormais devoir affronter la plus grave crise économique depuis des décennies et une vague de  chômage sans précédent, le confinement n’a pas du tout été une  souffrance… Il semblerait pourtant que les places de deal n’aient, quant  à elles, pas trop souffert du confinement, ce fut sans doute même une  vraie partie de plaisir.

Ces mesures de contrôle idéologique et social à géométrie variable ont donné lieu, depuis quelques années, avec  un rythme renforcé par le macronisme, à une ribambelle de lois  liberticides visant le verrouillage de l’opinion non conforme. A la loi  dite "anti-casseurs" s’est ajoutée la loi Avia, aux contours flous et orientés idéologiquement (avec cette notion "d’islamophobie" pourtant  inexistante en France au regard du droit de critiquer les religions) et  la loi contre les fake news vient, qui a instauré une sorte de ministère de la Vérité dont le juge des référés serait le nouvel arbitre en période électorale.

L’empressement du pouvoir à faire passer en droit français la directive européenne sur le secret des affaires (laquelle permet l’étouffement du journalisme d’investigation et des  lanceurs d’alerte) avait quant à lui dégagé le terrain pour les professionnels de l’information subissant déjà l’hyperconcentration des intérêts entre les mains de quelques grands patrons de l’industrie et de  la finance. Charmant paysage pour les esprits libres…

Décrédibilisation de la parole dissidente (accusée de complotisme), psychiatrisation des  opposants (au motif de leurs prétendues "phobies"), valorisation de la  censure activiste des minorités les plus militantes et inquisitrices  (soit par le biais de l’instrumentalisation judiciaire soit directement  par délégation aux opérateurs privés du numérique): telles sont quelques  une des principales armes déployées contre la libre expression. Pour la réprimer, il y a les pressions exercées, par porosité idéologique par un monde judiciaire qui leur est largement acquis (l’affaire du "mur des  cons" en fut le piteux révélateur), mais aussi par une "élite" médiatico-mondaine qui ne représente plus qu’elle-même (mais qui fait encore beaucoup de bruit et qui sert de courroie de transmission à un  pouvoir sans scrupule scrupules) sans oublier le milieu intellectuel et culturel où règnent de plus en plus ouvertement la censure et l’autocensure sur fond de bien-pensance inquisitrice.

Seulement, en dépit de tout cela, ou peut-être à cause de tout cela, les voix dissidentes qui valorisent la reprise en main par le peuple de sa propre  destinée, culturelle, économique,  industrielle, civilisationnelle, rencontrent toutefois un succès grandissant qui plonge du reste les  représentants du monde dominant dans la panique. Le succès, en dépit des  innombrables pressions et tentatives de censure, de ces nouveaux espaces de paroles, plus libres, moins conformistes, plus audacieux, sont un des outils indispensables permettant au peuple de reconquérir sa  souveraineté, au sens noble du terme (c’est le "lecteur-électeur" dont  parlait le philosophe Robert Damien), c’est-à-dire de redevenir le  souverain au nom duquel et pour lequel doivent être conduites les politiques publiques.

Il ne s’agit de rien de moins que de reconquérir l’espace public de la parole par ceux à qui elle appartient de droit.

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