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Économie
La démocratie au péril de la démondialisation Abonnés

Alors que l’on s'est longtemps plu à croire que l’économie était enchâssée dans la démocratie, nous avons découvert qu’en réalité, au travers de la mondialisation, c’était bien souvent la démocratie qui était enchâssée dans l’économie. Mais la mondialisation est-elle la seule en cause ? Le problème n’est-il pas plus profondément enraciné dans les mythes du libéralisme ?

La démocratie au péril de la démondialisation


La mondialisation se défait sous nos yeux, et ce de manière accélérée depuis le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Dès lors se pose une question : à quoi peut ressembler une démocratie par temps de démondialisation ? Et pourrait-elle à cette occasion se libérer de certains présupposés du libéralisme ?

Commençons par démentir un lieu commun. La mondialisation n'est pas qu’un simple phénomène économique. Par le jeu d’effets induits, elle a également eu des conséquences politiques majeures(1). L’une d’elles, très délétère, fut la remise en cause de la souveraineté des peuples, fondement même de toute démocratie. Une démocratie, rappelons-le, a pour condition d’existence première la reconnaissance du peuple (ce corps proprement politique, en ce sens qu’il n’est défini ni par des critères ethniques ni en fonction de considérations religieuses) comme autorité suprême dans un espace territorial donné et défini par des frontières(2).

There is no alternative

Or, depuis les années 70, la combinaison du libre-échange et de la financiarisation des économies a donné aux marchés financiers et plus généralement aux déterminants économiques, une influence de plus en plus nette sur les décisions politiques, se substituant donc à la voix des peuples. Souvenons-nous de ce que disait la Première ministre britannique Margaret Thatcher dans les années 1980 pour défendre son programme économique : « Il n’y a pas d’alternative. » On rappellera aussi le « tournant de la rigueur » opéré par François Mitterrand en 1983 à l’exact opposé des « 110 propositions » qui l’avait fait élire Président deux ans plus tôt.

Plus proche de nous, il y eut aussi le cas de la Grèce, où, en 2015, Alexis Tsipras dut obéir aux créanciers de son pays et renoncer à la politique antiaustéritaire pour laquelle il venait d’être nommé Premier ministre suite aux élections législatives. Certes, les forces des marchés, mais aussi les hommes politiques se...

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