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« Avec le système des parrainages, on a renoncé à la démocratie au nom de la transparence. » Abonnés

En France, tout candidat à l’élection présidentielle doit, s’il veut être officiellement autorisé à faire campagne, s’assurer de la « présentation » d'au moins 500 élus locaux. Nous avons demandé à l’un de nos plus grands constitutionnalistes de retracer l’histoire de cette procédure aux règles toujours plus complexes et aux effets toujours plus pervers.

« Avec le système des parrainages, on a renoncé à la démocratie au nom de la transparence. »


F.P. : Durant la campagne présidentielle de 2022, la question des parrainages a été centrale, davantage que les années précédentes. Comment l’expliquez-vous ?

Frédéric Rouvillois : La question des parrainages a toujours été un problème, en tout cas depuis 1981 et la mise en œuvre de la nouvelle procédure établie par la loi organique du 18 juin 1976. Elle l’a toujours été, mais pas autant que cette fois-ci, comme le montre l’espèce de panique qui a saisi le gouvernement et conduit le Premier ministre à battre, en vain, le rappel des élus locaux afin d’éviter un cataclysme politique de premier ordre. Or, si le problème a été aussi anormalement grave, c’est en raison d’une conjonction de facteurs. Le fait, d’abord, que trois candidats « antisystème », représentant potentiellement 45% des voix, risquaient de se retrouver sur le carreau, ce qui aurait constitué un scandale démocratique entachant par avance la légitimité du futur Président ; seconde cause, la visibilité inédite du problème, accentuée par la situation d’une Anne Hidalgo boudée dans les sondages, mais plébiscitée par les élus locaux issus du Parti socialiste ; troisième cause, le peu d’empressement des parrains potentiels à soutenir des candidats jugés sulfureux, alors que le mode de publication pluri-hebdomadaire institué par le Conseil constitutionnel dramatisait encore la chose, et permettait aux réseaux sociaux de désigner en temps réel les édiles méritant l’opprobre et le lynchage. Bref, jamais la situation n’avait été si explosive et fait l’objet d’une telle médiatisation, le « mercato des candidats » prenant la place du Covid et des épidémiologistes sur les plateaux des chaînes d’information continue.

F.P. : Vous expliquez que le système des parrainages a d’abord connu une voie gaullienne. Comment fonctionnait-il et sur quelle base reposait-il ?

F. R. :  En 1958, alors que le Président est élu par un « collège élargi » d’environ 80 000 personnes, chaque candidat...

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