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La participation, ou comment rendre les entreprises plus démocratiques Abonnés

À travers la mise en place de la participation, le général de Gaulle ne recherchait pas seulement une distribution plus juste des richesses mais aussi un mode de décision plus démocratique dans les entreprises. Pour Lionel Tourtier, coauteur avec Jacques Godfrain d’un rapport de référence sur la question, il est grand temps de reprendre ce chantier inachevé.

La participation, ou comment rendre les entreprises plus démocratiques


F.P. : Pour commencer, qu’est-ce que la participation au sens du général de Gaulle ?

Lionel Tourtier : Si l’on veut comprendre cette idée, il faut impérativement repartir du terme « association capital travail ». Le général de Gaulle l’utilisait communément, en particulier entre 1947 et 1953 quand il était à la tête du RPF (Rassemblement pour la France), le parti qu’il avait créé peu de temps après l’instauration de la IVe République. C’est dans ses propos et discours et dans les travaux internes du parti, notamment le projet de loi conçu par le député RPF Louis Vallon en décembre 1952, que l’on peut appréhender ce que cela représentait réellement pour lui : d’abord, une association des salariés œuvrant conjointement avec la représentation des actionnaires au développement de l’entreprise. Ce qui implique une union lors des décisions permettant une plus forte implication du personnel et une compréhension de la situation de l’entreprise ainsi que de ses enjeux, d'où il résulte une augmentation de la richesse produite et donc un partage plus légitime de celle-ci. Le salarié n’est plus considéré comme un « fournisseur », selon l’expression du haut fonctionnaire gaulliste François Bloch-Lainé (1912-2002), mais comme un associé contributeur, l’objectif étant non seulement de lui rendre sa dignité dans l’exécution de son travail, mais surtout de dépasser les conflits de lutte des classes. C’est un moyen non marxiste de combattre « l’exploitation de l’homme par l’homme » telle qu’elle a été décrite notamment par la philosophe résistante Simone Weill dans son livre La Condition ouvrière, publié en 1934 : « Pour moi, personnellement, voici ce que ça a voulu dire, travailler en usine. Ça a voulu dire que toutes les raisons extérieures sur lesquelles s’appuyaient pour moi le sentiment de ma dignité, le respect de moi-même ont été en deux ou trois semaines radicalement brisées sous le coup d’une contrainte brutale et...

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