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« Démocratie », itinéraire d’un mot piégé Abonnés

Arnaud Imatz tente de mettre un peu d’ordre dans l’intense confusion sémantique et idéologique qui règne autour du mot magique de « démocratie ». Et explique pourquoi, selon lui, notre régime est plutôt une « oligarchie élue par le peuple ».

« Démocratie », itinéraire d’un mot piégé


Qu’est-ce que la démocratie ? La réponse des manuels d’instruction civique et des traités de droit constitutionnel a le mérite d’être simple et claire. La démocratie tient ses origines du grec dêmokratia, formé de dêmos, « peuple », et de kratos, « pouvoir ». Elle est le pouvoir du peuple, le gouvernement du peuple ; un régime politique où le peuple est souverain. Proche de la république, elle ne se confond pas pour autant avec elle. Le mot « république » vient du latin res publica, qui signifie le bien public, la chose publique. La république c’est le système politique dans lequel le pouvoir n’est pas exercé par un seul, un monarque héréditaire, mais par des représentants du peuple élus. Démocratie et république ont donc des sens étymologiques fort proches, mais ils recouvrent des réalités historiques différentes. En théorie, dans la démocratie pure, la majorité votante a un pouvoir illimité, alors que dans la république pure, un ensemble de lois fondamentales, une constitution protège les droits de tous contre la volonté de la majorité. Évidemment, en pratique, les États-nations modernes ne sont ni de pures républiques ni de pures démocraties.

Juristes et politologues distinguent la démocratie directe, lorsque les citoyens réunis en assemblée exercent directement leur pouvoir, de la démocratie représentative, lorsque les citoyens choisissent des représentants pour exercer le pouvoir en leur nom. Ils soulignent qu’en démocratie, les gouvernants sont choisis par des élections libres reposant sur le suffrage universel et le scrutin libre et secret. Mais dire que le peuple doit être souverain ne veut pas dire qu’il l’est. Il y a l’idéal, admirable, et la réalité, prosaïque. Paradoxalement, le mot « démocratie » est devenu un cliché, un lieu commun démagogique, une superstition, une mystification. La démocratie s’est convertie au fil du temps en un substitut, un succédané, une apparence de foi, une sorte de religion séculière,...

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