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Le vrai-faux
Démocratie : le vrai-faux Abonnés

Comme tous les grand concepts, la démocratie a son lot d'idées reçues. Maxime Le Nagard dêmele le vrai du faux.

Démocratie : le vrai-faux


La démocratie, c’est le régime représentatif : COMPLIQUÉ

L’association conceptuelle entre la démocratie (régime où le peuple a le pouvoir) et le régime représentatif (système dans lequel des élus votent les lois) est un héritage de la pensée libérale. Cette association spécifiquement « moderne » (voire contemporaine), qu’on appelle aujourd’hui « démocratie représentative », paraît aller de soi, mais historiquement, il n’en est rien. Dans l’Antiquité, la démocratie originelle « directe » consistait à ce que les décisions soient prises sans intermédiaire par les citoyens, la délégation de pouvoir n’étant conçue que comme une exception, le plus souvent envisageable sur le principe du tirage au sort, et non du scrutin (1). Tandis que nos démocraties représentatives modernes fonctionnent essentiellement sur le principe électif (2) : le peuple élit des représentants pour voter les lois à sa place. L’opposition de principe entre « sort » et « élection » est une évidence pour les penseurs politiques anciens et modernes confondus. Aristote est clair : « Est considéré comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchique qu'elles soient électives (3). » Montesquieu aussi : « Le tirage au sort est de la nature de la démocratie : le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie (4). » Les révolutionnaires – républicains – français faisaient très bien la différence. En témoigne la phrase de Sieyès issue d’un discours du 7 septembre 1789 : « Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants (5). » Au XVIIIe siècle, le projet des « pères fondateurs » de notre modernité politique est la « République », pas la démocratie. C’est plus tard, par un effet rhétorique rétroactif...

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