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Éloge de l'abstention Abonnés

« En tant que citoyen authentique, je n’ai pas voté », déclare Éric Guéguen, honnête homme s’il en est et souverainiste résolu. Il explicite son choix dans ce texte tout à la fois personnel et philosophique.

Éloge de l'abstention


L’abstention ne suscite généralement aucun débat réel au-delà de l’indignation de certains. Entre les gens qui, par tradition, se conditionnent à aller voter et ceux qui n’ont pas, ou plus, la moindre conscience civique, il y a pourtant une frange plus ou moins flottante de la population qui, pour cette raison même, se pose probablement davantage de questions sur le suffrage, ses ressorts et sa pertinence. Ceux-là font parfois le choix de ne plus aller voter. S’ils ne sont certes plus électeurs, ils n’en demeurent pas moins citoyens. L’abstention est néanmoins un objet de réflexion sur lequel on n’hésite pas à plaquer des amalgames. Nombre d’abstentionnistes faisant œuvre de négligents, on s’imagine qu’ils le sont tous. Il n’en est rien. Démonstration.

Le vote passe pour le critère ultime des régimes dits « démocratiques ». Or, parler de « démocratie », c’est avant toute chose parler de « pouvoir ». Quel est véritablement notre pouvoir ? Comment pouvons-nous, aujourd’hui, nous opposer à des décisions prises en notre nom et contraires au bon sens le plus élémentaire ? Nous ne pouvons pas. La seule chose qui nous soit permise est de participer au casting suivant, dans l’espoir de voir l’emporter, si ce n’est une autre vision du monde, du moins un candidat partageant et défendant davantage nos convictions. Mais encore une fois, il ne s’agit pas d’un pouvoir au sens propre, ni même d’un contre-pouvoir, malgré cette barragite aiguë qu’est devenu tout scrutin. Il ne s’agit en définitive que d’un droit de regard, il faut en être conscient. Au mieux y verra-t-on la possibilité d’un pouvoir « en creux », d’un acte de retrait. Dans ce cas, l’abstention réfléchie et revendiquée n’est pas moins valable, dans la mesure où elle pousse la logique du retrait à son maximum. Elle s’apparente alors au...

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