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La diabolisation de l'adversaire politique : une impasse pour la démocratie Abonnés

Depuis avril dernier, le « théâtre de l’antifascisme » (pour reprendre l’expression de Lionel Jospin) est à nouveau sur tous les écrans et toutes les estrades. Pour Céline Pina, il ne s’agit pas là simplement d’une imposture intellectuelle, mais d’un mépris inquiétant pour la démocratie.

La diabolisation de l'adversaire politique : une impasse pour la démocratie


Les élections présidentielles se suivent et se ressemblent. Pas seulement parce que, une fois de plus, les mêmes adversaires se sont retrouvés face à face au second tour. Mais aussi parce que la mise en scène, et donc la mise en sens, de ce moment démocratique, a été identique à celle de 2017, alors même que le contexte est fort différent. Nous assistons en effet au retour de la guerre sur notre continent, alors que nous avions cru que la convergence des intérêts économiques et les nécessités du commerce international étaient une garantie de paix. Ainsi, au lieu d’assister à la consécration du soft power de l’Union européenne, nous sommes à présent renvoyés à notre impuissance politique et à notre dépendance énergétique. Et cela alors que nous ne sommes toujours pas sortis de la crise du Covid.

Les optimistes prétendent que lorsqu’on commence à toucher le fond, c’est aussi l’occasion de prendre appui dessus pour, d’un coup de pied salvateur, entamer une remontée à la surface. L’élection présidentielle aurait pu jouer ce rôle-là. Lors de ce scrutin à forte dimension symbolique, la rencontre entre un homme, un peuple et un pays est scénographié. Elle est censée organiser la réactivation d’un imaginaire commun, chargé d’assurer la participation d’une majorité à un projet réel, adossé à une vision partagée de l’intérêt général. La présidentielle vise à faire émerger ce en quoi le peuple se reconnaît, l’image qu’il a de lui-même et de l’avenir qui lui paraît souhaitable. Cela passe par un affrontement civilisé, qui se résout par un choix exprimé le jour du vote. C’est ainsi que régulièrement est réactivée l’adhésion au cadre commun, ce contrat social et civilisationnel qui transforme une masse humaine en peuple, grâce à la ritualisation et au dépassement du conflit par l’élection. Dans le rituel démocratique, la...

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