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Bienvenue chez les Helvètes : splendeurs et misères du modèle suisse Abonnés

Il n’y a, on le sait, de véritable démocratie que directe. Et cette expression renvoie immanquablement à la Suisse qui, non contente d’élire ses représentants, vote ses lois au moyen d’instruments référendaires bien rodés et en s’appuyant sur ce qu’on appelle, là-bas, les droits populaires. Que penser de ce modèle politique ? Pourrait-il servir d’inspiration à la France de demain ?

Bienvenue chez les Helvètes : splendeurs et misères du modèle suisse


Être tout à la fois, comme c’est mon cas, suisse, démocrate et patriote pourrait passer pour un truisme, trois manières presque interchangeables de manifester son « helvétitude ». Ce n’est pourtant pas le cas et cela s’apparente même, dans certaines circonstances, à une forme de dilemme. Lorsque je suis chez moi, je me montre volontiers critique à l’égard de mon gouvernement et de mes institutions : elles ne sont pas aussi démocratiques, pas aussi justes, pas aussi équilibrées que pourrait l’espérer un Helvète qui aime son pays ; mon patriotisme et mes convictions démocratiques me situent donc de facto dans un rôle d’opposant. Lorsque je suis à l’étranger, en France notamment, tout est tellement pire, tout semble aller tellement plus mal que je ne peux, par contraste, m’empêcher de ressentir un certain chauvinisme et défendre, sur un ton légaliste et quasiment conservateur, le gouvernement que j’ai tant critiqué lorsque j’étais de l’autre côté de la frontière. Étrange tiraillement. Pourtant, dans les deux cas, c’est non seulement le même amour du pays qui s’exprime, mais aussi le même idéal politique, celui de la démocratie directe.

Il m’a fallu de longues années d’introspection pour établir, dans mon rapport à la démocratie suisse, une voie médiane que je qualifierais de « révolutionnaire conservatrice ». Révolutionnaire parce que cette démocratie est imparfaite, qu’elle comporte de nombreux angles morts et qu’il conviendrait de la faire progresser pour la rendre, un jour peut-être, pleine et entière. Conservatrice parce que cette démocratie, aussi incomplète soit-elle, est la cible permanente de pressions étrangères (maastrichtiennes, pour faire court) qui voudraient l’anéantir en la dissolvant dans le grand jacobinisme européiste. Ceux de mes compatriotes qui tiennent à la démocratie suisse sont nombreux à l’avoir compris : il importe tout à la fois de la défendre face à Bruxelles (une défense...

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